Le sorbitol (E420) : celui qui retient l’eau et empêche le sucre de grainer

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Le sorbitol est le polyol le plus produit au monde, et celui qu’on mange le moins : l’essentiel du tonnage part vers des usages qui ne sont pas alimentaires. Quand il arrive dans l’assiette, ce n’est presque jamais pour sucrer.

Cette page dit ce qu’il est et ce qu’il sait faire, puis ce que le xylitol sait faire de son côté : les deux se croisent dans le même chewing-gum, et ils n’y sont pas pour la même raison.

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Ce que c’est

Un polyol à six carbones, portant le numéro d’additif E420. Son nom vient du sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), dans les baies duquel il a été isolé pour la première fois au XIXe siècle. On le trouve dans quantité de fruits à noyau et à pépins — le pruneau en est la source alimentaire la plus riche, la poire et la pomme en apportent aussi, ce dont nos recettes de sorbet doivent tenir compte dans leur tableau nutritionnel.

Industriellement, il s’obtient par hydrogénation catalytique du glucose — la même opération qui donne le xylitol à partir du xylose. Le détail est sur la page fabrication du sorbitol.

Ses chiffres

  • Pouvoir sucrant : 0,5 à 0,6. Ce n’est pas un défaut mais une caractéristique : quand on cherche du moelleux sans trop sucrer, c’est précisément ce qu’il faut.
  • Valeur énergétique : 2,4 kcal/g, la valeur forfaitaire que l’annexe XIV du règlement (UE) n° 1169/2011 attribue aux polyols.
  • Indice glycémique : de l’ordre de 9.
  • Très soluble, davantage encore que le xylitol, et hygroscopique : c’est tout son métier.
  • Effet de fraîcheur réel mais discret, nettement moins marqué que celui du xylitol ou de l’érythritol.
  • Seuil de tolérance : 10 à 15 g en une prise chez l’adulte — le plus bas des polyols courants avec le lactitol.

Ce que le sorbitol réussit

C’est le polyol de la texture souple, et c’est un vrai métier. Le sorbitol est humectant : il retient l’eau et empêche un produit de sécher — d’où sa présence dans les pâtes à mâcher, les fruits moelleux, et dans presque tous les dentifrices, où il tient le tube au frais et souple jusqu’au bout. Il est aussi anti-cristallisant : ajouté à un sirop ou à une confiserie, il empêche le sucre de grainer. Il est enfin très stable, bon marché, et sert de cryoprotecteur dans l’industrie du surimi.

Hors de l’assiette, il est la matière première de la vitamine C et de l’isosorbide, et un humectant de la cosmétique et du papier. C’est ce qui explique son tonnage : le sorbitol alimentaire est un sous-ensemble d’une production chimique bien plus large.

Ce que le xylitol réussit

Son pouvoir sucrant de 1 en fait un remplaçant du sucre à poids égal : une recette écrite au sucre se refait sans rien recalculer. Il cristallise comme le sucre, ce qui donne du croquant à un sablé et du corps à une pâte. Et sa dissolution absorbe beaucoup de chaleur : c’est l’un des plus marqués des polyols pour l’effet de fraîcheur en bouche, recherché dans un chewing-gum ou une pastille.

Les deux partagent une propriété : les bactéries de la plaque dentaire ne les fermentent pas en acides comme elles le font du saccharose. Le règlement (UE) n° 432/2012 prévoit à ce sujet deux allégations de santé autorisées pour les succédanés du sucre, à la formulation imposée mot pour mot et sous conditions de composition. Le détail est sur xylitol et caries.

La tolérance digestive

Aucun des deux n’est complètement absorbé dans l’intestin grêle, et ce qui reste est fermenté dans le côlon. Le sorbitol est le moins bien toléré des deux : l’inconfort apparaît couramment vers 10 à 15 g en une prise, contre une vingtaine de grammes pour le xylitol. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il est employé en pharmacie comme laxatif osmotique — la même propriété, à la dose voulue. L’emploi du sorbitol comme médicament relève de la notice et du pharmacien, pas d’une page de cuisine.

Le seuil se calcule par kilo de poids corporel, et il s’additionne : deux polyols dans le même produit se cumulent. Au-delà de 10 % de polyols, l’annexe III du règlement (UE) n° 1169/2011 impose la mention « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs ». Voir la tolérance aux polyols.

Une confusion à lever : le sorbitol du fruit et celui de l’œil

On lit parfois que le sorbitol « provoque des cataractes ». La confusion mérite d’être défaite, parce qu’elle est répandue. Le sorbitol en cause dans ces travaux n’est pas celui qu’on mange : c’est celui que l’organisme fabrique lui-même à partir du glucose, par l’enzyme aldose réductase, dans certains tissus — cristallin, nerfs, rein. C’est la voie des polyols, étudiée dans le contexte d’une glycémie durablement élevée, et le sorbitol y est un produit intermédiaire du métabolisme, pas un ingrédient. Le sorbitol qu’on avale n’alimente pas cette voie : il est absorbé lentement, métabolisé par le foie, et la fraction non absorbée part au côlon.

Un point qui ne concerne que le xylitol : il est toxique pour le chien, même en petite quantité. Le sorbitol ne l’est pas. Ce qu’il faut savoir et que faire en urgence →

Ce que ces produits signifient dans une alimentation suivie se discute avec un médecin ou un diététicien : une information sur une denrée alimentaire ne lui attribue pas de propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d’une maladie humaine, et n’évoque pas de telles propriétés — article 7 du règlement (UE) n° 1169/2011.

Le sorbitol en une phrase

C’est le polyol qu’on emploie pour ce qu’il fait à la texture et non pour son goût : il retient l’eau, empêche le sucre de grainer, et sucre moitié moins que le sucre — avec le seuil de tolérance le plus bas de la famille. Pour sucrer à poids égal et cristalliser, c’est le xylitol qu’il faut regarder ; pour garder un produit souple, c’est lui.

Déclaration d’intérêts

L’auteur de ce site dirige une entreprise qui commercialise du xylitol, et ne commercialise pas de sorbitol. Les chiffres publiés ici sont les mêmes quel que soit le produit, y compris quand ils lui sont défavorables. Aucune marque n’est recommandée dans ces pages et aucun lien rémunéré n’y figure. À propos de ce site.

Sources

Règlement (CE) n° 1333/2008 sur les additifs alimentaires, annexe II — sorbitol E420. — Règlement (UE) n° 231/2012 établissant les spécifications des additifs. — Règlement (UE) n° 1169/2011, annexe XIV (2,4 kcal/g pour les polyols) et annexe III point 2.1 (mention des effets laxatifs). — Règlement (UE) n° 432/2012, entrées relatives aux substituts de sucres. — ANSES, table de composition nutritionnelle Ciqual 2025, teneurs en sorbitol des fruits. — Travaux sur la voie des polyols et l’aldose réductase, distincte du sorbitol alimentaire. — Données de tolérance digestive comparée des polyols.

Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.

2 réflexions au sujet de “Le sorbitol (E420) : celui qui retient l’eau et empêche le sucre de grainer”

    • Bonjour, et pardon pour ce délai. Nous ne donnerons pas de dosage précis, faute d’avoir testé la recette. Ce que l’on peut dire : dans une guimauve, le sorbitol s’emploie généralement en substitution partielle, rarement au-delà du tiers du sucre, pour son rôle d’humectant qui évite le dessèchement. Il ne peut pas remplacer la totalité du sirop cuit, dont la structure fait tenir la guimauve. Un avertissement pour finir : le sorbitol est le plus laxatif des polyols courants, et une guimauve se mange par poignées — la prudence s’impose sur les quantités.

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