Où se cache le xylitol

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Trois noms désignent la même molécule : xylitol, sucre de bouleau, E967. Un emballage peut n’en porter qu’un seul, et rien n’oblige le fabricant à choisir le plus clair.

Mais la vraie question n’est pas « quels produits en contiennent ». C’est où l’étiquette a le droit de rester muette. Selon qu’un produit est un aliment, un médicament ou un cosmétique, il n’obéit pas au même texte, et l’écart entre les trois est considérable. Cette page suit cette logique-là.

Le raccourci qui divise la recherche par dix

Un édulcorant n’a pas le droit d’être employé partout. Le droit de l’Union ne l’autorise que dans un petit nombre de familles de denrées : celles à valeur énergétique réduite, celles sans sucres ajoutés, les produits non cariogènes, quelques denrées diététiques, et les édulcorants de table.

La conséquence pratique est nette : un biscuit ordinaire, une confiture ordinaire, un chocolat ordinaire ne peuvent pas contenir de xylitol. Avant de retourner le paquet pour déchiffrer la liste des ingrédients, regardez la face avant. Si elle n’annonce ni « sans sucres », ni « sans sucres ajoutés », ni « allégé en sucres », ni une promesse dentaire, la probabilité est très faible.

Une réserve, pour être exact : les polyols servent aussi à autre chose qu’à sucrer — support, humectant, agent de charge — et ces usages obéissent à d’autres autorisations. Le raccourci est un bon filtre, pas une garantie.

Le seul endroit où il ne peut pas se cacher : les boissons

C’est le point le moins connu de cette page, et le plus utile.

« De façon générale, le règlement (CE) n° 1333/2008 n’autorise pas l’utilisation des polyols dans les boissons en raison de leur potentiel laxatif. »
Règlement (UE) 2021/1175, considérant 5.

La raison est physiologique. Un liquide traverse l’estomac vite et arrive massivement dans l’intestin, où le polyol appelle l’eau. Ce qu’un bonbon fait passer, un verre ne le fait pas passer. Une boisson industrielle vendue dans l’Union ne contient donc pas de xylitol — les boissons « zéro » sont sucrées aux édulcorants intenses, aspartame, acésulfame-K, sucralose, glycosides de stéviol.

Chez soi, rien ne l’interdit, et c’est un autre sujet : voyez ce que donnent un chocolat chaud ou une citronnade selon le sucrant retenu — et pourquoi le xylitol y est justement le moins indiqué.

Second interdit : les édulcorants ne sont pas admis dans les aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants.

Là où il est vraiment

Les gommes à mâcher. C’est de loin le premier usage, et il n’est pas seulement gustatif : le xylitol n’est pas fermentescible par les bactéries de la plaque dentaire. C’est aussi la première cause d’intoxication canine.

Les pastilles et micro-confiseries pour l’haleine, où la dose par unité est faible mais où l’on en prend toute la journée.

Les confiseries sans sucres : bonbons durs, sucettes, bonbons à mâcher, gommes aux fruits, guimauve, réglisse, nougat, massepain. La liste n’est pas de nous : c’est celle des catégories où le règlement (UE) 2021/1175 a étendu l’emploi des polyols, sous condition de valeur énergétique réduite ou d’absence de sucres ajoutés.

Les chocolats sans sucres, les pâtes à tartiner et biscuits dits « pour diabétiques », certaines barres protéinées, et les édulcorants de table — sachets, poudres, cristaux — qui sont du xylitol à l’état pur.

Les médicaments : une autre grammaire

Le xylitol est un excipient courant : sirops contre la toux, solutions buvables, comprimés effervescents, pastilles à sucer, sprays. Il y masque l’amertume d’un principe actif.

Un médicament n’a pas de tableau nutritionnel et ne porte pas les mentions de l’étiquetage alimentaire. Le xylitol figure dans la rubrique composition, parmi les excipients. Et au-delà d’un certain seuil, l’ANSM le classe parmi les excipients à effet notoire : la notice doit alors porter une phrase précise.

VoieSeuilTexte imposé dans la notice
orale10 g« Peut avoir un effet laxatif. Valeur calorique 2,4 kcal/g de xylitol. »

En dessous de 10 g, aucune phrase n’est due : le xylitol n’apparaît que dans la liste des excipients, sans commentaire. C’est le cas de l’immense majorité des présentations. Si vous surveillez votre charge en polyols, la liste des excipients de vos médicaments habituels mérite donc un coup d’œil — personne ne pense à la regarder.

Les dentifrices et les cosmétiques : la zone la plus opaque

Dans l’Union, un dentifrice n’est pas un aliment : c’est un produit cosmétique, régi par le règlement (CE) n° 1223/2009. Trois conséquences, toutes défavorables au lecteur.

  • Pas de numéro E. L’ingrédient est désigné par sa dénomination INCI, qui est simplement Xylitol. Celui qui cherche « E967 » ne trouvera rien.
  • Pas de mention laxative, puisque cette obligation appartient au droit alimentaire.
  • Pas de quantité. La liste est classée par ordre de poids décroissant jusqu’à 1 % seulement ; en dessous, l’ordre est libre. Un dentifrice peut donc contenir 10 % de xylitol ou une trace, et l’étiquette ne permet pas de les distinguer.

Cela compte deux fois. Pour un jeune enfant qui avale son dentifrice, la charge en polyols n’est pas nulle. Et pour un chien qui trouve le tube.

Les compléments alimentaires, eux, relèvent du droit alimentaire : E967 y est déclaré comme dans un aliment. Les gommes vitaminées à mâcher en sont le cas typique, et le plus facile à laisser traîner.

La mention laxative, et ce qu’elle ne dit pas

Le règlement (UE) n° 1169/2011, à son annexe III, impose une mention aux denrées contenant plus de 10 % de polyols ajoutés : « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs ».

Elle est utile, et elle a trois limites qu’il faut connaître.

  • Elle n’apparaît qu’au-delà de 10 %. Un produit à 9 % de polyols n’affiche rien, et trois portions en apportent autant.
  • Elle ne dit aucune quantité. « Excessive » ne se calcule pas : le seuil de tolérance dépend du poids et de l’habitude. Notre calculateur donne le vôtre.
  • Elle parle de confort digestif humain. Elle ne dit rien du danger mortel pour un chien — et beaucoup de propriétaires la lisent comme un avertissement de sécurité générale. Ce que le xylitol fait au chien n’apparaît sur aucune étiquette européenne, parce qu’aucun texte ne l’exige.

Ce que l’étiquette ne dira jamais : combien

Un additif n’est pas quantifié. Aucune règle n’oblige à écrire « xylitol : 34 g pour 100 g ». Vous saurez qu’il y en a, jamais combien.

Il reste un indice : le tableau nutritionnel peut comporter une ligne « dont polyols ». Elle n’est pas obligatoire, mais quand un fabricant la donne, elle vous dit exactement ce que vous cherchez. À défaut, la position du xylitol dans la liste des ingrédients — elle, classée par poids décroissant — donne un ordre de grandeur. Notre décodeur d’étiquette fait ce travail pour vous.

Lire une étiquette en dix secondes

  1. La face avant d’abord. Pas de « sans sucres », pas d’allégation dentaire ? Passez votre chemin, sauf s’il s’agit d’un médicament ou d’un cosmétique.
  2. Cherchez trois mots, pas un : xylitol, sucre de bouleau, E967.
  3. Regardez où il tombe dans la liste. Premier ou deuxième, c’est l’ingrédient principal.
  4. Cherchez la ligne « dont polyols » dans le tableau nutritionnel. Si elle y est, tout est dit.
  5. Sur un médicament, lisez les excipients, pas la notice seule.
  6. Sur un dentifrice, cherchez « Xylitol » en toutes lettres. Il n’y aura ni numéro E, ni quantité.

Déclaration d’intérêts

L’auteur de ce site dirige une entreprise qui commercialise du xylitol. Cette page n’a aucun lien marchand et n’en aura pas. À propos de ce site.

Sources

Règlement (CE) n° 1333/2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 sur les additifs alimentaires, annexe II. — Règlement (UE) 2021/1175 de la Commission du 16 juillet 2021 modifiant l’annexe II du règlement (CE) n° 1333/2008 en ce qui concerne l’utilisation des polyols dans certaines confiseries, considérant 5. — Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, annexe III, point 2.1. — Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, article 19. — ANSM, Liste des excipients à effet notoire et informations pour la notice, mise à jour du 6 février 2020.

Jennifer K.

Jennifer s’intéresse avec passion aux grandes questions liées à la nutrition et à l’alimentation, et contribue activement aux articles de fond de *Sucres et Alternatives*. Curieuse, exigeante et attentive aux détails, elle met également son savoir-faire au service de la cuisine en testant les recettes élaborées à partir des différentes alternatives au sucre, afin d’en apprécier aussi bien la justesse que les qualités gustatives. Passionnée de gastronomie, Jennifer porte une attention particulière au plaisir de manger, à la qualité des ingrédients et à l’équilibre des saveurs. Entre curiosité culinaire et intérêt pour la nutrition, elle contribue ainsi à faire de *Sucres et Alternatives* un espace où l’information, l’expérimentation et le plaisir de la table se rencontrent.

4 réflexions au sujet de “Où se cache le xylitol”

    • Bonjour, et pardon pour ce délai. Le xylitol se trouve en Haute-Garonne comme ailleurs : magasins biologiques, pharmacies et vente en ligne. Nous ne citerons pas d’enseigne, l’auteur de ce site dirigeant une entreprise du secteur. Les points à vérifier sur l’étiquette sont l’origine, la matière première — bois ou rafle de maïs — et l’éventuelle certification biologique.

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    • Bonjour, et pardon pour ce délai. Il n’y a pas de catalogue : ce site est un blog d’information et ne vend aucun produit. La confusion venait sans doute d’encarts publicitaires alors présents dans les pages, retirés depuis.

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