L’EFSA réévalue les édulcorants un par un — et le xylitol n’est pas encore passé

Le 16 février 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a publié sa réévaluation du sucralose. C’était le cinquième édulcorant à passer devant son panel en trois ans. Quatre des cinq en sont ressortis mieux notés qu’ils n’y étaient entrés. Le cinquième est l’érythritol, et c’est celui qui nous concerne le plus directement — avec celui qui n’est pas encore passé.

Ce billet fait le point au 23 août 2026 : ce qui a déjà été décidé, ce qui reste à décider, et ce qu’on peut raisonnablement en déduire pour le xylitol — en distinguant soigneusement les deux.

Une révision programmée depuis 2010, pas une réaction à l’actualité

Le règlement (UE) n° 257/2010 a établi un programme : tous les additifs alimentaires autorisés dans l’Union avant le 20 janvier 2009 doivent être réexaminés, dossier par dossier. Les colorants d’abord, les conservateurs ensuite, les édulcorants en dernier.

Il faut le dire d’entrée, parce que la presse s’en dispense souvent : une réévaluation n’est pas la conséquence d’un scandale. Le calendrier a été fixé il y a seize ans. Qu’un édulcorant passe devant le panel en 2026 ne dit rien de plus qu’une chose : son tour est venu.

Ce que fait l’agence est simple à énoncer et lourd à conduire : elle relit l’ensemble du dossier toxicologique avec les méthodes d’aujourd’hui, y ajoute la littérature parue depuis, et recalcule l’exposition réelle de la population. Quatre issues sont possibles — maintenir la dose journalière admissible, la relever, l’abaisser, ou en fixer une là où il n’y en avait pas.

Cette dernière possibilité est celle qu’on oublie, et c’est elle qui a frappé l’érythritol.

Cinq verdicts en trois ans

ÉdulcorantAvisDJA avantDJA après
Aspartame (E 951)10 décembre 201340 mg/kg40 mg/kg
Érythritol (E 968)20 décembre 2023non spécifiée0,5 g/kg
Saccharine (E 954)15 novembre 20245 mg/kg9 mg/kg
Acésulfame K (E 950)20259 mg/kg15 mg/kg
Néotame (E 961)4 juillet 20252 mg/kg10 mg/kg
Sucralose (E 955)16 février 202615 mg/kg15 mg/kg

Doses journalières admissibles, par kilo de poids corporel et par jour. Attention aux unités : celle de l’érythritol est en grammes, les autres en milligrammes — c’est le rapport normal entre un édulcorant de charge et un édulcorant intense.

Trois hausses, et toujours la même mécanique

Saccharine, acésulfame K et néotame ont vu leur DJA relevée, et pour une raison de même nature dans chaque cas : une observation ancienne chez l’animal a été relue et jugée non transposable à l’homme.

Pour la saccharine, ce sont les tumeurs de la vessie du rat, dont le mécanisme s’est révélé propre au rat mâle. Pour le néotame, c’est une élévation des phosphatases alcalines chez le chien, que le panel de 2025 ne considère plus comme un effet indésirable en l’absence de tout autre marqueur hépatique — la DJA est passée de 2 à 10 mg/kg, soit cinq fois.

Une DJA relevée est un résultat autant qu’une DJA abaissée. Elle signifie que la prudence antérieure reposait sur quelque chose qu’on ne tient plus pour pertinent. C’est le sens ordinaire du mot réévaluation, et il joue dans les deux sens.

L’érythritol, seule exception — et le cas le plus instructif

Le 20 décembre 2023, l’érythritol est entré dans la procédure avec la mention la plus favorable qui existe, « DJA non spécifiée », celle qu’on accorde aux substances dont la toxicité ne définit aucune limite utile. Il en est sorti avec un nombre : 0,5 gramme par kilo de poids corporel et par jour.

Et il faut comprendre d’où vient ce nombre, parce que tout en dépend.

Cette DJA n’est pas fondée sur une toxicité. Elle est fondée sur la diarrhée. L’EFSA a retenu comme point de départ la dose la plus élevée n’ayant pas provoqué d’effet laxatif chez l’homme — ce que la toxicologie appelle un NOAEL — et cette dose vaut précisément 0,5 g/kg.

C’est un précédent important : l’agence a montré qu’elle était prête à fixer une dose journalière admissible sur un critère de confort digestif, et non sur un critère de danger. Retenez-le, il revient plus bas.

La phrase qui a fait les titres est la suivante, et elle est exacte : dans tous les groupes de population examinés, l’exposition à l’érythritol dépasse la nouvelle DJA, en aigu comme en chronique. L’avis recommande par ailleurs d’abaisser la limite de plomb admise dans l’additif, aujourd’hui fixée à 0,5 mg/kg.

Ce que cela veut dire, et ce que cela ne veut pas dire. Dépasser une DJA construite sur un seuil laxatif, c’est risquer d’être incommodé, pas d’être intoxiqué. Notre page sur la tolérance aux polyols le dit dans les mêmes termes : un excès de polyols est désagréable et réversible en quelques heures. Mais c’est désormais un nombre officiel, et un nombre officiel est un levier réglementaire.

Février 2026 : le sucralose, et le premier refus partiel

L’avis du 16 février 2026 maintient la DJA du sucralose à 15 mg/kg, et constate que l’exposition européenne reste en dessous dans tous les groupes. Sur ce point, rien ne change.

Mais le même avis examinait une demande d’extension d’usage, en pâtisserie fine, et l’EFSA a refusé d’en confirmer la sécurité sans limites de température et de durée. Le motif : une incertitude sur le transfert de chlore, du sucralose vers d’autres molécules, lorsque la substance subit une chaleur élevée et prolongée. L’agence étend explicitement la même réserve à la cuisine domestique — friture et cuisson au four.

Pour un site qui parle de cuisiner avec des édulcorants, c’est le point le plus intéressant du lot. C’est, à notre connaissance, la première fois qu’un avis de ce programme distingue aussi nettement l’édulcorant tel qu’on le consomme froid et l’édulcorant tel qu’on le cuit. Nous écrivons régulièrement ici que la chaleur change le comportement d’un sucrant — le caramel et les meringues en vivent. L’EFSA vient de dire qu’elle peut aussi changer l’évaluation de sa sécurité.

Ce qui reste : les polyols, xylitol compris

La file d’attente est connue. Neuf polyols ont fourni à l’EFSA les données demandées : sorbitol (E 420 i) et sirop de sorbitol (E 420 ii), mannitol (E 421 i), isomalt (E 953), maltitol (E 965 i) et sirop de maltitol (E 965 ii), lactitol (E 966), xylitol (E 967) et érythritol (E 968).

Un seul est sorti : l’érythritol. Les huit autres sont toujours en cours d’examen, et aucun calendrier public ne dit quand ils passeront.

Leur statut actuel est celui que l’érythritol avait avant 2023 : « DJA non spécifiée », accordée en 1985 par le Comité scientifique de l’alimentation humaine. C’est la note la plus haute, et elle a quarante ans.

Ce à quoi on peut s’attendre pour le xylitol — et ce que nous ne savons pas

Ce qui suit est une déduction, pas une information. L’EFSA n’a rien annoncé sur le xylitol, nous ne disposons d’aucun élément que le public n’ait pas, et ce raisonnement peut être démenti. Nous l’écrivons parce qu’il découle d’une méthode que l’agence a déjà employée une fois et de chiffres publiés.

Si l’EFSA raisonne sur le xylitol comme elle a raisonné sur l’érythritol — c’est-à-dire en fixant la DJA sur le seuil laxatif — le nombre obtenu serait plus bas que 0,5 g/kg, parce que le xylitol est moins bien toléré que l’érythritol, et dans un rapport voisin de deux.

Les chiffres publiés, que nous détaillons sur notre page consacrée au seuil de tolérance :

  • Xylitol — Oku et Nakamura (2007) trouvent le seuil de diarrhée transitoire, en prise unique à jeun, à 0,37 g/kg chez l’homme et 0,42 chez la femme.
  • Érythritol — Storey et ses collègues (2007), dans des conditions comparables, trouvent 0,71 g/kg sans symptôme significatif. L’EFSA a retenu 0,5.

La raison de l’écart est établie de longue date : l’érythritol est absorbé à environ 90 % dans l’intestin grêle puis éliminé tel quel dans les urines, si bien qu’il n’arrive presque rien au côlon. Le xylitol, lui, y parvient en quantité et y fermente. Ce n’est pas une différence de toxicité, c’est une différence de trajet.

Ce que cela changerait, et ce que cela ne changerait pas

Ce qui ne bougerait pas

Le xylitol ne deviendrait pas dangereux. Une DJA construite sur un seuil laxatif décrit un confort, pas un risque, et l’écrire autrement serait malhonnête.

Les deux allégations de santé autorisées resteraient en place. Celles du règlement (UE) n° 432/2012 — une élévation plus faible de la glycémie qu’avec du sucre, et une contribution au maintien de la minéralisation dentaire — relèvent d’une procédure distincte, celle des allégations, et non de l’évaluation des additifs. Une réévaluation d’additif ne les touche pas.

Ce qui bougerait

Un nombre est un levier. La Commission européenne peut, sur la base d’un avis, réviser les doses maximales d’emploi inscrites à l’annexe II du règlement (CE) n° 1333/2008 — c’est-à-dire les quantités qu’un industriel a le droit de mettre dans une catégorie de produits donnée.

Et la mention obligatoire « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs », aujourd’hui déclenchée au-delà de 10 % de polyols par l’annexe III du règlement (UE) n° 1169/2011, pourrait voir son seuil rediscuté. Elle figure déjà sur la plupart des sachets de xylitol vendus en France.

Déclaration d’intérêts

L’auteur de ce site dirige une entreprise qui vend du xylitol et de l’érythritol. Ce billet explique que le premier de ces deux produits pourrait sortir d’une réévaluation européenne avec une limite chiffrée qu’il n’a pas aujourd’hui, et que le second en est déjà sorti ainsi. Nous le publions tel quel. À propos de ce site.

Un écho d’octobre 2010

Ce site a publié, le 28 octobre 2010, un billet intitulé « Le xylitol reçoit deux avis favorables supplémentaires de l’EFSA ». Il parlait des allégations de santé, c’est-à-dire d’une tout autre procédure que celle dont il est question ici — et ces deux avis tiennent toujours, seize ans plus tard.

Nous le laissons en ligne, comme tous les billets de cette époque. Il rappelle simplement une chose utile : la même agence qui accorde peut restreindre, et un site qui ne cite ses conclusions que lorsqu’elles l’arrangent ne mérite pas qu’on le croie quand elles l’arrangent.

Sources

Règlement (UE) n° 257/2010 de la Commission établissant un programme de réévaluation des additifs alimentaires autorisés.

EFSA, Re-evaluation of erythritol (E 968) as a food additive, EFSA Journal 2023;21(12):8430, adopté le 20 décembre 2023.

EFSA, Re-evaluation of saccharin and its sodium, potassium and calcium salts (E 954) as food additives, 15 novembre 2024.

EFSA, Re-evaluation of neotame (E 961) as food additive, EFSA Journal 2025;9480, 4 juillet 2025.

EFSA, Re-evaluation of sucralose (E 955) as a food additive and evaluation of a new application on extension of use of sucralose (E 955) in fine bakery wares, EFSA Journal 2026;9854, 16 février 2026.

EFSA, Scientific Opinion on the re-evaluation of aspartame (E 951) as a food additive, EFSA Journal 2013;11(12):3496, 10 décembre 2013.

European Association of Polyol Producers, page « Food », pour la liste des polyols en cours de réévaluation et leur statut actuel.

Oku T, Nakamura S, Journal of Nutritional Science and Vitaminology, 2007 ; 53(1) : 13-20. Storey D, Lee A, Bornet F, Brouns F, European Journal of Clinical Nutrition, 2007 ; 61(3) : 349-354.

Règlement (CE) n° 1333/2008, annexe II ; règlement (UE) n° 1169/2011, annexe III ; règlement (UE) n° 432/2012.

Billet publié le 23 août 2026. Il décrit l’état du programme de réévaluation à cette date et ne sera pas réécrit : si le xylitol passe devant le panel, c’est un nouveau billet qui le dira, et celui-ci restera tel quel. Ce texte ne constitue pas un avis médical.

Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.

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