La granulation et l’agglomération : faire de grosses particules avec de la poudre fine

La granulation est l’opération qui fabrique de grosses particules à partir de particules fines. Elle prend une poudre qui colle aux parois, qui vole au moindre courant d’air, qui se sépare dans les trémies et qui forme des grumeaux quand on la verse dans l’eau, et elle en fait des granulés de quelques centaines de micromètres qui coulent comme du sable, se dosent au volume, ne poussièrent plus et se mouillent instantanément. Rien n’a changé chimiquement : ce sont les mêmes particules, simplement collées les unes aux autres.

L’affaire a quelque chose de déroutant. Les ateliers dépensent une énergie considérable à broyer des produits pour les rendre fins, puis une énergie comparable à les agglomérer pour les rendre gros. On croit y voir une contradiction, ou le symptôme d’une ligne mal conçue. Il n’en est rien : les deux opérations ne servent pas la même propriété. La finesse sert la cinétique — dissolution, réaction, extraction, perception sucrée en bouche, toutes vont plus vite quand la surface spécifique augmente. La grosseur sert la manutention — écoulement, dosage, absence de poussière, absence de ségrégation, toutes vont mieux quand la masse d’une particule l’emporte sur les forces de surface. La granulation est précisément l’opération qui permet d’avoir les deux à la fois : un objet gros et manipulable, fait de fines assemblées, qui redevient fin dès qu’on le mouille.

La frontière physique se situe autour de 100 micromètres. Au-dessus, une particule est gouvernée par son poids : elle tombe, elle roule, elle s’écoule. En dessous de 50 micromètres, elle est gouvernée par les forces de surface — van der Waals, humidité capillaire, électrostatique —, dont l’intensité décroît beaucoup moins vite avec la taille que le poids : à 10 micromètres, l’adhésion vaut mille fois le poids. Une poudre fine se comporte alors comme un solide mou, et c’est cette bascule que la granulation annule.

L’opération est aussi l’une des mieux décrites théoriquement du génie des poudres, ce qui est rare. Depuis les années 1990, la croissance des granulés se lit comme la compétition de trois mécanismes — mouillage et nucléation, consolidation et croissance, rupture et attrition — dont chacun possède son critère chiffré. Un atelier qui connaît ces trois régimes cesse de piloter au jugé.

Granuler n’est pas enrober, et agglomérer n’est pas compacter. La granulation (ou agglomération) est l’opération qui augmente la taille des particules d’un solide divisé en assemblant des particules primaires par des forces de liaison, sans modification chimique et sans fusion générale de la matière. Le granulé obtenu est un objet poreux, composé d’un grand nombre de particules identifiables : il doit se défaire quand on l’utilise. L’enrobage, lui, dépose une couche continue à la surface d’un noyau qui existe déjà, et vise l’inverse — une barrière durable. La compression (comprimé, pastille, tablette) fabrique un objet dense, non poreux, dont la cohésion vient d’une déformation plastique sous fortes contraintes ; elle ne cherche pas à préserver la dissolution. Enfin, la cristallisation fait grossir des particules par dépôt de matière dissoute : elle produit un monocristal, pas un assemblage. Une poudre agglomérée et une poudre cristallisée à la même granulométrie n’ont ni la même densité, ni la même friabilité, ni la même vitesse de dissolution.

Sur cette page

À quoi sert l’opération

Les motifs qui conduisent un industriel à agglomérer se rangent en cinq familles, et il est utile de savoir laquelle domine, parce qu’elles ne se règlent pas de la même façon.

Faire couler. C’est le motif historique. Une poudre fine ne s’écoule pas : elle forme des voûtes au-dessus des orifices, elle s’écoule en cheminée, elle s’arrête sans prévenir. Toute la fin de ligne — trémies, vis, doseuses volumétriques, remplisseuses — suppose un solide qui se comporte à peu près comme un liquide. En agglomérant à 200-400 micromètres, on fait passer une poudre d’un angle de repos de 50 degrés à 32 degrés, et une doseuse qui refusait de tenir sa tolérance la tient.

Empêcher la ségrégation. Un mélange de poudres se démélange spontanément dès qu’on le déplace, et l’écart de taille entre constituants est le premier moteur de cette séparation. Agglomérer un mélange, c’est le figer : chaque granulé contient la formule complète, et il devient physiquement impossible qu’un constituant se concentre au centre d’une trémie. C’est un cas où la granulation ne remplace pas le mélange mais le rend définitif. Pour un composé actif dosé à quelques dixièmes de pour cent — arôme, vitamine, édulcorant intense — c’est souvent le seul moyen de garantir l’uniformité au sachet.

Supprimer la poussière. Une poudre fine perd de la matière dans les dépoussiéreurs, salit les soudures de sachets et, pour les produits organiques, forme une atmosphère explosible. Le granulé transporte les fines à l’intérieur de lui-même.

Améliorer la reconstitution. Le paradoxe le plus utile de l’opération : une poudre grossie se dissout plus vite qu’une poudre fine. Non pas parce que la surface a augmenté — elle a diminué — mais parce que l’eau peut entrer. Une poudre fine versée dans l’eau forme instantanément un film gélifié en surface qui piège de la poudre sèche à l’intérieur : la boule de pâte. Un lit de granulés poreux laisse l’eau monter par capillarité entre les grains, mouiller chaque particule séparément, et le granulé se défait. C’est le principe de tous les produits dits instantanés — laits, cacaos, potages, préparations pour nourrissons, boissons, café soluble.

Maîtriser la densité apparente. Un granulé permet de choisir sa masse volumique apparente sur une plage large — 250 à 700 grammes par litre pour une même matière —, donc le volume d’un pot, la hauteur de remplissage d’un sachet, la contenance d’une cuillère-dose. C’est un paramètre commercial autant que technique.

Les filières s’en servent partout. L’industrie laitière agglomère le lait écrémé, les préparations infantiles et les protéines sériques en sortie de tour d’atomisation, en réinjectant les fines dans le nuage de gouttes ; le café soluble suit le même chemin. La meunerie et l’amidonnerie agglomèrent farines et amidons prégélatinisés pour les rendre dispersables sans grumeaux ; le brassicole compacte le houblon en pellets, ce qui divise par cinq le volume de stockage ; l’alimentation animale, premier consommateur mondial de granulation, presse à filière 10 à 50 tonnes par heure. Bouillons, potages, levures chimiques et préparations pour pâtisserie sont presque tous agglomérés, sans quoi le sel et les fines épices se sépareraient avant même l’ensachage.

Le phénomène physique

Ce qui se passe dans un granulateur tient en une phrase : on met en contact des particules, on les fait adhérer, et on décide jusqu’où on les laisse grossir. Chacun de ces trois moments est un mécanisme distinct, avec sa cinétique propre.

Les forces qui tiennent un granulé

Quatre familles de liaisons interviennent, dans un ordre chronologique qui est aussi un ordre de solidité croissante.

Les ponts liquides et les forces capillaires. Dès qu’une goutte de liant mouille deux particules voisines, elle forme entre elles un ménisque. La pression capillaire à l’intérieur du ménisque est inférieure à la pression extérieure : les deux particules sont donc pressées l’une contre l’autre. À cela s’ajoute la tension superficielle qui tire sur la ligne de contact. La force résultante, pour deux sphères de quelques dizaines de micromètres reliées par un pont d’eau, est de l’ordre de 10−7 à 10−5 newton : dérisoire en valeur absolue, mais cent à mille fois le poids des particules concernées. C’est la seule force disponible pendant la granulation ; elle disparaît au séchage.

Les ponts solides. Quand le liquide s’évapore, ce qu’il tenait en solution — le liant ajouté, ou la fraction de solide que le solvant avait dissoute — précipite exactement là où était le ménisque, c’est-à-dire au point de contact. Le pont liquide devient un pont solide et la résistance du granulé est multipliée par dix à cent : c’est le séchage, et non le granulateur, qui fixe la solidité finale. Pour un sucre ou un polyol, ce pont peut être fait de la matière elle-même, une fraction de la surface des cristaux ayant été dissoute puis recristallisée. Cette auto-agglomération est le mécanisme le plus économique qui soit, puisqu’elle n’ajoute aucun ingrédient.

Les forces de van der Waals. Leur portée est de quelques nanomètres : elles ne comptent que si les surfaces sont très proches, donc pour des particules très fines ou après une consolidation qui a écrasé les aspérités. Elles expliquent la cohésion des poudres micronisées sèches, et pourquoi une poudre trop fine s’agglomère toute seule dans un sac — la prise en masse, version subie de l’opération.

L’enchevêtrement mécanique. Les particules allongées, fibreuses ou irrégulières s’accrochent géométriquement. C’est le mécanisme dominant en compactage à sec et dans les pellets d’aliment du bétail ou de houblon, où aucun liant n’est ajouté. Il produit des liaisons peu résistantes à l’eau mais bien résistantes au choc.

La conséquence pratique. Un granulé humide n’a rien à voir avec un granulé sec. Le premier tient par des ponts liquides, il est mou, déformable, et sa résistance chute si on ajoute encore du liquide. Le second tient par des ponts solides, il est cassant, et sa résistance ne dépend plus du tout de ce qu’on a fait dans le granulateur mais de la vitesse et de la température du séchage. Juger un granulé à sa sortie du mélangeur ne renseigne que sur la moitié du procédé.

Les trois régimes de la théorie moderne

La description classique en « nucléation, coalescence, boulage, rupture » a été remplacée par un cadre plus simple et plus opérant, qui ramène toute granulation à trois mécanismes en compétition permanente.

1. Mouillage et nucléation. Le liant arrive sur le lit de poudre et doit se répartir. Deux choses décident : la taille des gouttes comparée à celle des particules, et la vitesse à laquelle la goutte pénètre le lit comparée à la vitesse à laquelle le mélangeur renouvelle la surface sous la buse. Si la goutte pénètre vite et que la surface est bien renouvelée, chaque goutte fabrique un noyau de taille comparable à la sienne : c’est le régime de nucléation par gouttes, le seul qui donne une distribution de tailles étroite. Si la goutte reste posée, ou si la même zone reçoit toutes les gouttes, on fabrique des amas de liant très mouillés au milieu d’une poudre encore sèche : c’est le régime de nucléation mécanique, où c’est le malaxage qui doit ensuite redistribuer le liquide, avec une distribution de tailles toujours large. Le temps de pénétration d’une goutte dans un lit poreux croît comme le carré de la distance à parcourir et comme la viscosité du liquide, et décroît quand le rayon des pores, la tension superficielle et le mouillage augmentent : un liant visqueux sur une poudre fine et peu mouillable est le pire cas possible.

2. Consolidation et croissance. Les noyaux, en circulant, se heurtent entre eux et contre les parois. Chaque choc les tasse : la porosité diminue, le liquide qui remplissait les pores est chassé vers la surface, et un granulé dont la surface devient humide devient collant. La croissance procède alors par coalescence — deux granulés qui se rencontrent restent ensemble si le film liquide de surface parvient à dissiper leur énergie cinétique relative avant qu’ils ne se séparent. C’est ici que le nombre de Stokes visqueux intervient : il compare l’énergie cinétique du choc à la dissipation visqueuse dans le film. En dessous d’une valeur critique, toute collision est réussie et le lit grossit à toute vitesse ; au-dessus, aucune ne l’est et la taille se stabilise. Comme la consolidation fait remonter le liquide en surface au fil du temps, un lot peut rester stable pendant plusieurs minutes puis basculer d’un coup dans la croissance incontrôlée. C’est le phénomène le plus redouté de l’opération : le point de prise en masse.

3. Rupture et attrition. Les granulés humides se cassent sous l’agitateur et l’émotteur ; les granulés secs s’usent par frottement et perdent des fines. La rupture n’est pas qu’une perte : elle limite la taille finale et redistribue le liant en exposant des surfaces fraîches. Un granulateur bien conduit est un équilibre entre croissance et rupture, pas une croissance pure.

La distinction entre les deux modes de croissance se fait par le nombre de Stokes de déformation, qui compare l’énergie du choc à la résistance mécanique du granulé humide. Un granulé mou et très mouillé se déforme au choc, crée une grande surface de contact et coalesce facilement : c’est la croissance par déformation, rapide et difficile à arrêter, celle des mélangeurs à fort cisaillement. Un granulé rigide et peu mouillé ne se déforme pas ; il ne peut grossir que par dépôt de fines ou de gouttelettes sur sa surface, couche après couche : c’est la croissance par couches, lente, régulière et prévisible, celle du lit fluidisé. Le premier régime fabrique des granulés denses en quelques minutes, le second des granulés poreux en une demi-heure. Le choix du procédé est d’abord le choix d’un de ces deux régimes.

Ce que devient la poudre, propriété par propriété

L’écoulement se juge d’abord par l’angle de repos, l’angle du talus formé par une poudre versée librement : en dessous de 30 degrés l’écoulement est libre, entre 30 et 38 il est bon, entre 38 et 45 passable, au-delà de 50 degrés la poudre ne s’écoule pas sans aide. On le complète par la comparaison entre densité versée et densité tassée — indice de Carr et rapport de Hausner —, une poudre qui se tasse beaucoup étant une poudre dont les particules ne peuvent pas rouler les unes sur les autres. Ces indices ne remplacent pas une cellule de cisaillement pour dimensionner une trémie, mais ils se mesurent en dix minutes et suffisent à décider si une granulation est nécessaire.

La ségrégation se joue sur l’écart de taille : au-delà d’un rapport de 1,3 entre les diamètres médians de deux constituants, un mélange sec se sépare dès qu’il est manipulé, par percolation des fines entre les grosses ou par roulement des grosses sur un talus. Après agglomération, tous les constituants ont la même taille — celle du granulé — et le moteur disparaît.

La mouillabilité se juge en versant la poudre à la surface de l’eau et en chronométrant le temps au bout duquel tout est immergé. Une poudre non agglomérée à forte teneur en protéines ou en amidon peut flotter plusieurs minutes ; agglomérée, elle coule en quelques secondes. Le lien avec la boule de pâte est direct : c’est la vitesse relative entre l’entrée de l’eau dans le lit et le gonflement de la surface qui décide si la poudre se disperse ou si elle s’emprisonne.

La dosabilité résulte des précédentes. Une doseuse volumétrique — vis, godet, alvéole — ne mesure pas une masse mais un volume : la précision de dose est exactement la constance de la densité apparente. Une poudre fine dont la densité versée varie de 15 % selon la hauteur de produit dans la trémie donne une dispersion de poids du même ordre ; un granulé qui varie de 3 % permet de tenir les tolérances sans surdosage systématique.

Les grandeurs et les équations

Cinq relations suffisent à conduire une granulation : deux qui disent si l’opération est nécessaire, une qui dit ce que vaut le granulé, deux qui disent comment il grossit.

Écoulement : indice de Carr et rapport de Hausner

IC = 100 · (ρtρv) / ρt     H = ρt / ρv

Les deux indices disent la même chose sous deux formes : de combien une poudre se tasse quand on la sollicite. Une poudre à écoulement libre ne se tasse presque pas, parce que ses particules sont déjà dans un arrangement dense — indice de Carr inférieur à 15, rapport de Hausner inférieur à 1,18. Une poudre cohésive tient en pont sur elle-même et laisse des vides que la vibration referme — indice supérieur à 25, Hausner supérieur à 1,35. Le seuil de décision industriel est simple : au-delà d’un Hausner de 1,25, une doseuse volumétrique ne tiendra pas ses tolérances sans agitation forcée, et la granulation devient rentable.

Solidité : la relation de Rumpf

σt = (9/8) · [(1 − ε) / ε] · (F / d2)

La résistance à la traction d’un agglomérat vaut la force d’une liaison individuelle multipliée par le nombre de liaisons par unité de surface, lequel augmente quand la porosité diminue et quand les particules sont plus fines. Trois enseignements gouvernent tout l’atelier. Un granulé se renforce en le compactant : diviser la porosité par deux multiplie la résistance par trois environ. À porosité égale, des particules deux fois plus fines donnent un granulé quatre fois plus résistant — une farine s’agglomère bien, un cristal grossier mal. Et la même relation explique qu’un granulé résistant se dissolve mal, la porosité étant à la fois ce qui l’affaiblit et ce qui laisse entrer l’eau : il n’existe pas de granulé à la fois très solide et très instantané.

Cohésion humide : saturation et force capillaire

S = w · ρs · (1 − ε) / (ρl · ε)     Fc ≈ 2 · π · r · γ · cos θ

La saturation est la fraction du volume des pores occupée par le liquide, et elle organise toute la conduite d’une granulation humide. En dessous de 25 %, les ponts sont isolés et le lit reste pulvérulent : état pendulaire. Entre 25 et 80 %, les ponts fusionnent et la cohésion croît : état funiculaire, c’est là que l’on travaille. Au-delà de 90 %, le liquide affleure partout et le lot est perdu. Le point de fonctionnement d’un mélangeur-granulateur se situe entre 60 et 90 % de saturation, et l’écart entre « bien granulé » et « pris en masse » représente souvent moins de 2 % d’eau sur la masse totale. La force capillaire, elle, croît avec le rayon des particules et la tension superficielle, et s’effondre si l’angle de contact approche 90 degrés.

Croissance : les deux nombres de Stokes

Stv = 8 · ρg · u · a / (9 · η)    avec   St* = (1 + 1/e) · ln(h / ha)

Le nombre de Stokes visqueux compare l’énergie cinétique de deux granulés qui se rencontrent à l’énergie que le film de liant dissipe pendant le choc. En dessous de la valeur critique St*, le choc est amorti et les granulés restent collés : toute collision est réussie, la croissance est très rapide. Au-dessus, ils rebondissent et la taille cesse d’augmenter. Comme Stv croît avec la taille, tout lot atteint sa taille d’équilibre — sauf si la consolidation fait remonter du liquide en surface, ce qui épaissit le film et fait replonger le système en croissance. Deux leviers en sortent : un liant plus visqueux élargit la fenêtre de croissance contrôlée, et ralentir l’agitateur en fin de cycle stabilise la taille au lieu de l’emballer.

Stdef = ρg · Uc2 / (2 · Yg)

Le nombre de Stokes de déformation compare l’énergie du choc à la contrainte d’écoulement du granulé humide. En dessous de 0,001 environ, les granulés ne se déforment pas : croissance par couches, lente, très régulière — le lit fluidisé. Entre 0,001 et 0,1, on entre en croissance par déformation : les granulés s’aplatissent au choc, la surface de contact augmente et la coalescence s’emballe — le mélangeur à fort cisaillement. Au-delà, l’énergie du choc casse les granulés plus vite qu’elle ne les assemble, et l’on tombe dans un régime de broyage humide. Ce nombre explique pourquoi le même liant, le même taux d’eau et la même poudre donnent des produits totalement différents selon la vitesse d’agitateur.

Symboles et unités

SymboleGrandeurUnitéOrdre de grandeur usuel
ρvMasse volumique apparente verséekg·m−3250 à 700
ρtMasse volumique apparente tasséekg·m−3300 à 900
IC, HIndice de Carr, rapport de Hausner% ; sans dimension5 à 40 ; 1,05 à 1,60
σtRésistance à la traction de l’agglomératPa104 à 106
εPorosité du granulésans dimension0,20 à 0,60
F, FcForce d’une liaison, force capillaireN10−7 à 10−5
SSaturation des pores en liquidesans dimension0,25 à 0,95
wTeneur en liquide, base sèchekg·kg−10,05 à 0,40
γTension superficielle du liantN·m−10,03 à 0,073
θAngle de contact liquide/solidedegré0 à 90
ηViscosité dynamique du liantPa·s0,001 à 1
u, UcVitesse relative de collisionm·s−10,1 à 10
aRayon harmonique des granulés en collisionm10−4 à 2·10−3
YgContrainte d’écoulement du granulé humidePa104 à 106

Les matériels

Six familles couvrent l’essentiel de l’agroalimentaire. Elles se distinguent par le régime de croissance qu’elles imposent et par la présence ou non d’un séchage.

Le mélangeur-granulateur à fort cisaillement

Une cuve, un agitateur à trois ou quatre pales tournant en fond de cuve, un émotteur latéral à grande vitesse. On mélange à sec deux à cinq minutes, on pulvérise le liant une à cinq minutes, on malaxe jusqu’au point recherché. Vitesse périphérique d’agitateur 5 à 15 mètres par seconde, émotteur 15 à 30 ; cuves de 10 à 1 200 litres remplies à 40-70 % ; cycle complet de 5 à 20 minutes. Le suivi de la puissance consommée par le moteur d’agitateur est le contrôle le plus fiable : le couple monte, atteint un plateau, puis s’envole au moment de la prise en masse — on arrête sur le plateau. C’est l’appareil le plus rapide, le plus dense, et le plus délicat à conduire.

Le lit fluidisé à pulvérisation

La poudre est mise en suspension par un flux d’air ascendant et le liant pulvérisé dessus par des buses bifluides. Vitesse d’air en fût 0,5 à 2,5 mètres par seconde, air d’entrée à 50-90 °C, air de pulvérisation à 1,5-3 bar ; le produit reste entre 25 et 45 °C parce que l’évaporation le refroidit, ce qui convient aux matières sensibles. La pulvérisation par le haut, à contre-courant, donne les granulés les plus poreux et reste le cas général en agroalimentaire. L’avantage est qu’on granule et qu’on sèche dans le même appareil en enchaînant les phases ; l’inconvénient est le temps, 20 à 60 minutes par lot. Les versions continues traitent 0,5 à 10 tonnes par heure.

L’agglomération instantanée en tour d’atomisation

Ici, il n’y a pas d’appareil supplémentaire : on agglomère dans le séchoir. Les gouttes atomisées, encore humides et collantes, rencontrent les fines récupérées au cyclone et réinjectées autour de la buse ; elles se collent, et l’ensemble finit de sécher dans un lit fluidisé intégré en fond de tour. Le taux de fines réinjectées est typiquement de 10 à 25 % de la production. On obtient en une seule passe des agglomérats de 200 à 500 micromètres, de densité apparente 250 à 450 grammes par litre, sans aucun liant ajouté puisque le liant est le produit lui-même en solution. C’est le procédé du lait instantané, du café soluble et des préparations infantiles, et de très loin le moins cher à la tonne.

L’extrusion-sphéronisation

La poudre humidifiée à 20-35 % d’eau est poussée à travers une grille de 0,4 à 1,5 millimètre ; les spaghettis obtenus tombent sur un plateau tournant strié qui les rompt puis les arrondit à 300-1 500 tours par minute, en deux à dix minutes. On obtient des sphères de 0,5 à 2 millimètres, denses, peu friables, à distribution très étroite : microbilles, supports d’arômes, noyaux destinés à l’enrobage. Le procédé exige une pâte plastique, donc un agent de texture, et coûte plus cher que les précédents.

Le compactage à sec entre rouleaux

Aucune eau. Une vis d’alimentation amène la poudre entre deux rouleaux contrarotatifs qui la compriment sous 2 à 10 kilonewtons par centimètre de largeur, à 2-15 tours par minute. Il en sort une plaque continue de densité relative 0,6 à 0,8, cassée puis calibrée sur une grille de 0,8 à 1,5 millimètre ; les fines du calibrage, souvent 20 à 40 %, retournent à l’alimentation. Ni eau ni chaleur : c’est la seule réponse raisonnable pour les produits thermosensibles et hygroscopiques. Défaut intrinsèque, la matière durcit à chaque passage et un produit trop recyclé cesse de compacter.

La granulation par fusion

Un liant fusible — matière grasse hydrogénée, mono- et diglycérides, cire, polyol à bas point de fusion — est ajouté solide et finement broyé, puis le mélange est chauffé au-dessus de son point de fusion sous agitation, en double enveloppe ou en lit fluidisé chauffé. Le liant fondu remplace le liquide de granulation, le refroidissement remplace le séchage : aucune eau, aucune évaporation, donc aucun risque pour un produit qui craint l’humidité. On travaille entre 50 et 90 °C, dans une fenêtre étroite — trop chaud, tout devient une masse ; trop froid, rien ne colle.

Comparaison

ProcédéRégime de croissanceTaille obtenueDensité apparenteSéchage requisEmploi typique
Mélangeur à fort cisaillementDéformation, coalescence200 à 1 500 µmÉlevée, 500 à 800 g·L−1Oui, séparéMélanges complexes, faibles doses
Lit fluidiséCouches150 à 800 µmFaible, 250 à 450 g·L−1IntégréInstantanés, produits sensibles
Tour d’atomisation avec retour de finesCouches et collisions humides200 à 500 µmFaible, 250 à 450 g·L−1IntégréLait, café, protéines, gros tonnages
Extrusion-sphéronisationMise en forme mécanique0,5 à 2 mmÉlevée, 600 à 900 g·L−1Oui, séparéBilles régulières, supports d’arôme
Compactage entre rouleauxEnchevêtrement sous pression0,3 à 2 mmÉlevée, 500 à 800 g·L−1AucunHygroscopiques, thermosensibles
Granulation par fusionDéformation à chaud200 à 1 000 µmMoyenne à élevéeRefroidissementProduits craignant l’eau, matières grasses

Les paramètres de conduite

Le premier choix n’est pas un réglage mais une formulation : le liant. Il s’apporte de trois manières — en solution pulvérisée, cas général et meilleure répartition ; à sec dans le prémélange, l’eau pure étant ensuite pulvérisée pour le dissoudre en place, ce qui évite de pomper un liquide visqueux ; ou fondu. Les liants usuels sont les maltodextrines de DE 10 à 20 en solution à 10-30 %, l’amidon prégélatinisé, la gomme arabique, le sirop de glucose, la gélatine, et surtout la solution du produit lui-même, qui n’introduit aucun ingrédient étranger ni aucune mention supplémentaire à l’étiquetage. Les taux vont de 0,5 à 5 % de matière sèche liante sur le produit fini ; au-delà, on change la composition et le goût.

1. PRÉMÉLANGE SEC
2 à 5 min, homogénéité vérifiée avant tout mouillage
2. MOUILLAGE ET NUCLÉATION
pulvérisation du liant, 1 à 5 min, gouttes de 20 à 100 µm
3. CROISSANCE ET CONSOLIDATION
malaxage jusqu’au plateau de couple, 1 à 10 min
4. SÉCHAGE
lit fluidisé 60 à 90 °C, jusqu’à 1 à 4 % d’eau ; les ponts se solidifient ici
5. CALIBRAGE ET TAMISAGE
grille 0,8 à 1,5 mm, refus rebroyé, fines recyclées
6. REFROIDISSEMENT ET CONDITIONNEMENT
sous 30 °C avant ensachage, sinon condensation dans le sachet
ParamètrePlage usuelleCe qu’il fait quand on l’augmente
Quantité de liquide10 à 40 % sur secLe levier principal : granulés plus gros, plus denses, moins poreux ; au-delà du point critique, prise en masse en quelques secondes
Débit de pulvérisation1 à 10 % de la charge par minuteDistribution plus large, risque de zones surmouillées ; un débit lent élargit la fenêtre mais allonge le cycle
Vitesse d’agitateur5 à 15 m·s−1 en périphérieConsolidation plus rapide, granulés plus denses, taille finale plus petite mais atteinte plus vite
Temps de malaxage humide1 à 10 minDensification continue ; c’est le temps, plus que l’eau, qui provoque la bascule tardive
Vitesse d’air en lit fluidisé0,5 à 2,5 m·s−1Meilleur brassage, plus d’attrition, granulés plus petits et plus réguliers
Température d’air d’entrée50 à 90 °CSéchage plus rapide, donc moins de croissance : le lit reste sec et les gouttes sèchent avant d’avoir collé
Humidité résiduelle finale1 à 4 %Au-dessus, prise en masse au stockage ; en dessous, granulés friables et poussiérants

Le seul réglage qui décide vraiment. En lit fluidisé, la variable qui gouverne tout est l’écart entre le débit de pulvérisation et la capacité d’évaporation de l’air, souvent appelé point de rosée du lit ou point de mouillage. Pulvériser plus vite que l’air ne sèche fait grossir ; pulvériser moins vite fait sécher sans agglomérer. Un enregistrement continu de la température de sortie d’air suffit à le piloter : elle chute de 3 à 8 °C quand le lit devient trop humide, et remonte quand il s’assèche. C’est le meilleur indicateur avancé d’un effondrement de lit, dix à trente secondes avant qu’il ne survienne.

Ce qui se dérègle

SymptômeCause probableCorrection
Prise en masse brutale en fin de malaxageSaturation dépassée par consolidation : le liquide interne remonte en surfaceRéduire le temps de malaxage humide, baisser l’eau de 1 à 2 points, arrêter sur le plateau de couple et non sur une durée fixe
Trop de fines après séchage, granulés friablesLiant insuffisant ou mal réparti ; séchage trop rapide qui fait migrer le liant en surfaceAugmenter la matière sèche liante, allonger la phase de mouillage, sécher plus doucement au début
Distribution granulométrique très large, deux populationsNucléation mécanique au lieu de nucléation par gouttes : le liant tombe en filetRéduire la taille des gouttes, augmenter le renouvellement de surface sous la buse, éloigner ou multiplier les buses
Effondrement du lit fluidisé, croûte au fondDébit de pulvérisation supérieur à la capacité d’évaporationBaisser le débit de 20 %, monter l’air de 10 °C, surveiller la température de sortie
Boules de pâte à la reconstitution malgré la granulationGranulés trop denses, porosité insuffisante, ou surface trop riche en liant hydrophile gélifiantPasser en lit fluidisé ou baisser l’eau ; réduire le liant, ou ajouter un mouillant lécithiné en surface
Ségrégation qui persiste après granulationLe constituant minoritaire n’a pas été intégré : il est resté libre entre les granulésVérifier l’homogénéité du prémélange sec avant mouillage, prédiluer le minoritaire, réduire l’écart de taille avant agglomération
Granulés qui se ressoudent en sac au stockageHumidité résiduelle trop élevée, ou ensachage à chaud, ou produit hygroscopique mal protégéRefroidir sous 30 °C, sécher à 1-2 %, barrière à la vapeur d’eau, antimottant autorisé

Deux contrôles suffisent à caractériser un granulé fini, et ils doivent être faits sur chaque lot. La granulométrie, par tamisage ou par diffraction laser, avec le diamètre médian, l’étendue de la distribution et surtout le pourcentage de passant à 100 micromètres, qui est la mesure directe de ce qui poussièrera. La friabilité, par agitation normalisée d’une prise d’essai suivie d’un tamisage : une perte inférieure à 1-2 % en masse est le repère habituel pour un granulé alimentaire qui doit survivre au transport pneumatique. On y ajoute la densité apparente versée et tassée, l’humidité, et pour les produits instantanés le temps de mouillage et le temps de dissolution complète.

Énergie, coût et environnement

Le poste dominant n’est jamais le granulateur : c’est le séchage de l’eau qu’on vient d’ajouter. Évaporer un kilogramme d’eau demande théoriquement 2,26 mégajoules ; un lit fluidisé industriel en consomme 4,5 à 6,5, une tour d’atomisation 4 à 6. Une granulation humide à 20 % d’eau sur sec revient donc à 0,9 à 1,3 mégajoule par kilogramme de produit fini, soit 250 à 360 kilowattheures thermiques par tonne. À côté, la puissance mécanique du mélangeur — 5 à 20 kilowattheures par tonne — et la ventilation — 20 à 60 kilowattheures électriques par tonne — sont secondaires.

Ce rapport explique l’intérêt économique du compactage à sec, qui consomme 3 à 15 kilowattheures par tonne et rien d’autre : un facteur dix à trente sur la facture, au prix d’un granulé plus dense, moins instantané et d’un fort recyclage de fines. Il explique aussi que l’agglomération en tour d’atomisation soit imbattable quand elle est possible, l’eau à évaporer étant de toute façon présente. Le liant, enfin, est un poste réel : 2 % de maltodextrine à 1,2 euro le kilogramme ajoutent 24 euros par tonne de produit fini, souvent plus que l’électricité.

Côté environnement, trois effets se compensent : la granulation ajoute une consommation thermique, donc des émissions ; elle supprime les pertes matière au dépoussiérage, qui atteignent 1 à 3 % sur une poudre fine mal maîtrisée ; et elle augmente la densité apparente des produits denses, donc réduit le volume d’emballage et le nombre de camions. Le bilan penche du bon côté dès que le taux de fines évité dépasse quelques pour cent.

Poussières combustibles : un risque d’explosion réel. Les poudres de sucres, de polyols, d’amidon, de lait et de protéines sont combustibles. En suspension dans l’air, au-dessus d’une concentration minimale de l’ordre de quelques dizaines de grammes par mètre cube, elles forment une atmosphère explosible qu’une étincelle électrostatique de quelques dizaines de millijoules suffit à enflammer — et la friction des poudres fines dans un transport pneumatique ou un lit fluidisé est précisément un générateur d’électricité statique. Les accidents industriels majeurs de sucrerie et d’amidonnerie ont tous eu cette origine. Les installations de granulation et de séchage relèvent des directives ATEX 2014/34/UE et 1999/92/CE : zonage, matériel adapté, mise à la terre de toutes les parties conductrices, évents ou suppression d’explosion sur les filtres et les lits fluidisés, et surtout nettoyage des dépôts, une couche de poussière de un millimètre sur une charpente suffisant à alimenter une explosion secondaire.

L’opération dans la fabrication des sucrants

La granulation n’intervient pas dans la production des sucrants — les molécules sortent de cristallisation ou d’atomisation. Elle intervient juste après, à la formulation, et c’est là qu’elle décide de presque tout ce que le consommateur perçoit.

Les mélanges secs érythritol et glycosides de stéviol

C’est le cas d’école. Pour obtenir un mélange qui remplace le sucre volume pour volume, il faut associer un agent de charge au pouvoir sucrant faible — l’érythritol, environ 0,7 fois le saccharose — à un édulcorant intense dont le pouvoir se compte en centaines. La stévia purifiée en rébaudioside A sucre 200 à 350 fois le saccharose : il en faut donc de l’ordre de 0,1 à 0,5 % de la masse. Un tel mélange est mécaniquement impossible à garder homogène. Le composé minoritaire, plus fin et plus léger que les cristaux d’érythritol, percole entre eux dès la première manipulation ; une trémie de conditionnement peut délivrer les premiers sachets à 0,15 % et les derniers à 0,6 %, avec un écart de goût que n’importe quel consommateur perçoit. L’agglomération résout le problème à la racine : on prémélange à sec, on pulvérise une solution aqueuse — le plus souvent de l’érythritol lui-même, ou une maltodextrine à faible DE —, et chaque granulé emporte la formule complète. La ségrégation devient impossible parce qu’il n’y a plus qu’un seul type de particule. Le bénéfice d’écoulement, lui, n’est qu’un supplément.

Le xylitol en granulés pour sachet-dose

Le xylitol cristallisé a un écoulement acceptable en granulométrie standard, mais les fractions fines issues du broyage et du tamisage sont cohésives et poussiéreuses. Pour un sachet-dose de 3 à 5 grammes rempli par doseuse volumétrique à cadence élevée, la constance de la densité apparente vaut plus que la finesse : un granulé de 300 à 600 micromètres, de densité versée stable à 2 ou 3 % près, permet de tenir le poids nominal sans surdosage systématique. Le liant naturel est le xylitol lui-même : une solution saturée pulvérisée sur les cristaux dissout légèrement leur surface et, au séchage, recristallise en ponts solides. Aucun ingrédient ajouté, aucune mention supplémentaire à l’étiquetage, et un granulé qui se redissout instantanément puisqu’il est fait de la seule matière soluble. Le procédé se conduit en lit fluidisé à air d’entrée modéré, 55 à 70 °C : le xylitol fond vers 92-96 °C et un point chaud local suffit à faire une croûte.

Les poudres hygroscopiques : l’eau du liant est l’ennemi

Tous les polyols et tous les sucres invertis captent l’humidité au-delà d’une humidité relative critique — de l’ordre de 60 à 65 % pour le sorbitol, 75 à 80 % pour le xylitol, plus de 85 % pour l’érythritol, qui est de ce point de vue le plus confortable. Or une granulation humide consiste précisément à mouiller le produit, puis à le sécher : on l’amène volontairement au bord de sa zone de déliquescence. Trois conséquences pratiques. Il faut conditionner l’air de l’atelier — une salle à 45-55 % d’humidité relative est un prérequis, pas un luxe. Il faut sécher jusqu’à une humidité résiduelle basse, 0,5 à 1,5 % pour un polyol, et refroidir sous 30 °C avant tout ensachage, faute de quoi la vapeur condense dans le sachet et le contenu se prend en bloc en quelques jours. Et pour les cas les plus sensibles, il faut renoncer à l’eau : compactage à sec entre rouleaux, ou granulation par fusion avec un liant fusible, sont les deux voies qui suppriment le problème au lieu de le gérer.

Sucre glace, sucres instantanés et instantanéisation

Le sucre glace est l’exemple inverse : on y broie le saccharose à 10-50 micromètres pour la texture, et l’on paie ce choix par une cohésion telle qu’il faut ajouter 2 à 3 % d’amidon ou un antimottant autorisé pour qu’il reste manipulable. Les sucres dits instantanés font le contraire : on agglomère du sucre fin en granulés poreux qui se dispersent en quelques secondes dans une boisson froide, là où le sucre cristallisé classique tombe au fond du verre. Le même raisonnement s’applique aux préparations sucrantes en poudre, aux cacaos sucrés et aux mélanges pour boissons, tous agglomérés.

Mouiller vite n’est pas dissoudre vite. Un produit instantané doit franchir quatre étapes successives : se mouiller, couler au lieu de flotter, se disperser en particules primaires, puis se dissoudre. L’agglomération n’agit que sur les trois premières, qui sont des phénomènes de transport dans un lit poreux — elle peut faire passer un temps de mouillage de plusieurs minutes à moins de dix secondes. La dissolution proprement dite, elle, dépend de la solubilité et de la surface développée par les particules primaires : elle est donc légèrement ralentie par l’agglomération, puisque le granulé doit d’abord se défaire. Un produit peut ainsi être excellent en mouillabilité et médiocre en temps de dissolution complète, et l’inverse. Les deux se mesurent séparément, et un cahier des charges qui n’exige que « soluble instantanément » ne dit rien d’exploitable pour l’atelier.

Pour aller plus loin

  • Mélange et malaxage — l’étape qui précède toute granulation, et dont l’homogénéité conditionne celle du granulé.
  • Tamisage — le calibrage qui suit le séchage, et la mesure de granulométrie qui juge le résultat.
  • Séchage — l’étape où les ponts liquides deviennent des ponts solides, donc où se fixe la solidité finale.
  • Atomisation — la voie la plus économique d’agglomération, par réinjection des fines dans le nuage de gouttes.
  • Enrobage — l’opération voisine, qui dépose une couche continue au lieu d’assembler des particules.
  • Broyage — l’opération inverse, et le point de départ obligé de la plupart des granulations.
  • Conditionnement et remplissage — la doseuse volumétrique, destinataire final de tout ce travail sur l’écoulement.
  • Fabrication du xylitol — l’enchaînement complet, du bois au cristal, en amont de toute formulation.

Sources

  • Fellows, P. J., Food Processing Technology: Principles and Practice, 4e éd., Woodhead Publishing, 2017.
  • Bimbenet, J.-J., Duquenoy, A., Trystram, G., Génie des procédés alimentaires : des bases aux applications, Dunod, 2e éd., 2007.
  • Perry, R. H., Green, D. W., Perry’s Chemical Engineers’ Handbook, 9e éd., McGraw-Hill, 2018.
  • McCabe, W. L., Smith, J. C., Harriott, P., Unit Operations of Chemical Engineering, 7e éd., McGraw-Hill, 2005.
  • Saravacos, G., Kostaropoulos, A. E., Handbook of Food Processing Equipment, 2e éd., Springer, 2016.
  • Mafart, P., Béliard, E., Génie industriel alimentaire, Tec & Doc Lavoisier.
  • Directive 2014/34/UE (ATEX, appareils en atmosphères explosibles) et directive 1999/92/CE (protection des travailleurs exposés au risque d’atmosphères explosives).
  • Règlement (UE) n° 1333/2008 sur les additifs alimentaires — xylitol (E967), érythritol (E968), glycosides de stéviol (E960) ; règlement (UE) n° 1169/2011 sur l’information des consommateurs.

Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.