La réfrigération : la chaîne du froid, la charge frigorifique et le calcul d’un tunnel

La réfrigération abaisse et maintient la température d’une denrée entre son point de congélation commençante et une quinzaine de degrés, sans jamais former de glace dans le produit. Elle ne conserve rien : elle ralentit. Toutes les réactions qui dégradent un aliment — multiplication bactérienne, activité enzymatique, oxydation des lipides, respiration des végétaux — continuent à froid, simplement plus lentement. Le cours consiste à chiffrer de combien, puis à calculer ce que coûte le fait de les ralentir.

L’ordre de grandeur qui gouverne le métier tient en une phrase : refroidir de 10 °C divise à peu près par deux ou par trois la vitesse d’une altération. Un lait cru qui se dégrade en huit heures à 20 °C tient trois à quatre jours à 4 °C. Ce facteur de dix à vingt sur la durée de vie s’achète avec un compresseur, un condenseur, un évaporateur, et une facture d’électricité qui représente 40 à 60 % de la consommation d’une plateforme logistique alimentaire.

La deuxième idée est que le froid ne se fabrique pas : on ne produit que de la chaleur, et le froid n’est que le déplacement d’une chaleur d’un endroit où l’on n’en veut pas vers un endroit où elle est tolérée, déplacement qui se paie en travail mécanique. Enfin, la réfrigération n’est jamais un point mais une chaîne : un produit refroidi à 2 °C, transporté à 2 °C, puis vendu à 8 °C dans un meuble ouvert n’a pas eu la vie qu’on lui avait calculée.

Réfrigération ou congélation ? La réfrigération maintient le produit au-dessus de son point de congélation commençante — environ −0,5 °C pour un lait, −1 °C pour une viande maigre, −2 à −3 °C pour un jus concentré. L’eau y reste liquide, la structure cellulaire reste intacte, et la durée de vie se compte en jours ou en semaines. La congélation franchit ce point et transforme 70 à 90 % de l’eau en glace : elle immobilise l’eau, bloque quasiment la microbiologie, concentre les solutés dans la phase non gelée résiduelle, et porte la durée de vie à des mois, au prix d’une énergie deux à trois fois supérieure et de dégâts mécaniques sur les parois cellulaires. Entre les deux existe une bande étroite où l’on gèle volontairement 5 à 25 % de l’eau du produit, mais qui exige une régulation à ±0,3 °C hors de portée d’une installation ordinaire.

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À quoi sert l’opération

La première fonction, économiquement dominante, est le ralentissement de la croissance microbienne sur les denrées non stabilisées. Une viande fraîche, un lait cru, un poisson, un plat cuisiné réfrigéré n’ont subi aucun traitement destructeur de flore ; le seul obstacle entre eux et l’altération est la température. Le règlement (CE) n° 852/2004 n’impose pas de valeurs universelles mais oblige l’exploitant à maintenir la chaîne du froid et à justifier ses températures par une analyse des dangers.

La deuxième concerne les végétaux vivants, qui continuent de respirer après récolte : ils consomment leur propre sucre et dégagent gaz carbonique, eau et chaleur. Une laitue à 20 °C dégage 40 à 60 W par tonne de chaleur de respiration, contre 4 à 8 W à 0 °C. Refroidir un végétal, c’est ralentir son propre métabolisme. Le froid retarde aussi la crise éthylénique des fruits climactériques, et l’on module la température pour faire arriver les fruits mûrs au bon moment.

La troisième fonction est technologique : le froid comme outil de conduite de procédé. On refroidit une pâte pour la rendre découpable, un chocolat pour le tempérer, une solution sursaturée pour la faire cristalliser, un moût pour l’ensemencer, un fermenteur pour évacuer sa chaleur métabolique. Ici le froid ne conserve rien : il pilote une transformation, et la cristallisation en est le cas le plus pur, où la rampe de refroidissement décide seule de la taille des cristaux.

Les températures par famille de denrées

Il n’existe pas une température de réfrigération mais un jeu de consignes, résultat d’un compromis entre la microbiologie, qui veut le plus froid possible, et la physiologie du produit, qui souvent ne le supporte pas. Les valeurs ci-dessous sont les consignes couramment retenues en Europe ; les textes sectoriels et les guides de bonnes pratiques d’hygiène font foi.

Famille de denréesTempérature usuelleHumidité relativeFacteur limitant
Poisson frais, sous glace fondante0 à +2 °C95-100 %Flore psychrotrophe, oxydation lipidique
Viandes fraîches, carcasses0 à +4 °C, abats +3 °C85-90 %Flore de surface, ressuage, freinte de poids
Lait cru en tank de ferme+4 °C, atteints en 2 hPsychrotrophes protéolytiques
Produits laitiers frais, plats cuisinés+2 à +4 °CListeria monocytogenes
Légumes-feuilles, IVe gamme0 à +2 °C95-98 %Respiration, flétrissement, brunissement
Pomme, poire en conservation longue−0,5 à +1 °C90-95 %Crise éthylénique, accidents physiologiques
Banane, avocat, mangue+12 à +13 °C85-90 %Maladie du froid
Pomme de terre de consommation+7 à +9 °C90-95 %Sucrage à froid, germination
Chocolat, confiserie, produits sucrés+15 à +18 °C< 55 %Blanchiment gras, reprise d’humidité

Deux lignes se lisent à l’envers. La banane à 13 °C n’est pas un oubli : descendue à 6 °C, elle noircit en quelques jours par désorganisation membranaire — la maladie du froid, qui touche la plupart des productions tropicales. La pomme de terre non plus : sous 4 °C, son amidon se convertit en sucres réducteurs, et la friture de tubercules ainsi sucrés donne des frites brunes et amères. La consigne microbiologique idéale y est interdite par la physiologie du produit.

Le phénomène physique

Deux physiques cohabitent, et l’on gagne à les tenir séparées. Du côté du produit, une cinétique : le froid agit sur des vitesses de réaction et des temps de génération microbiens. Du côté de la machine, une thermodynamique : un fluide qui change d’état absorbe de la chaleur là où il bout et la rend là où il se condense. La première dit quelle température viser, la seconde dit ce qu’elle coûte.

Ce que le froid fait au produit

La quasi-totalité des dégradations d’un aliment sont des réactions dont la constante de vitesse suit approximativement la loi d’Arrhenius. L’énergie d’activation, qui pilote la sensibilité au froid, vaut typiquement 40 à 60 kJ·mol−1 pour une réaction enzymatique, 80 à 120 pour un brunissement non enzymatique, 200 à 400 pour la destruction thermique d’une bactérie. D’où une observation d’atelier : le froid ralentit peu l’oxydation d’un lipide, davantage une activité enzymatique, et beaucoup une croissance bactérienne.

En pratique on n’utilise pas Arrhenius mais le facteur Q10, rapport des vitesses pour un écart de 10 °C. Les valeurs usuelles vont de 1,5 pour une oxydation lipidique à 4 ou 5 pour la respiration d’un légume-feuille entre 0 et 10 °C — ce dernier chiffre justifiant l’obstination des logisticiens à gagner deux degrés sur une salade.

La microbiologie ajoute un effet qu’Arrhenius ne décrit pas : le temps de latence. Une bactérie transférée au froid passe d’abord par une phase d’adaptation où elle ne croît pas du tout — synthèse de protéines de choc froid, remaniement des acides gras membranaires pour maintenir la fluidité. Cette latence s’allonge très vite à l’approche de la température minimale de croissance de l’espèce : pour Listeria monocytogenes, dont le minimum est proche de −0,4 °C, elle se compte en heures à 10 °C et en jours à 2 °C. Le modèle de racine carrée de Ratkowsky décrit ce comportement bien mieux qu’Arrhenius entre 0 et 20 °C.

Le principe entier de la conservation par le froid positif tient dans une dissymétrie. À 4 °C, les pathogènes mésophiles — Salmonella à partir de 5-7 °C, Staphylococcus aureus à partir de 7 °C — ne se multiplient pas, alors que les altérantes psychrotrophes, Pseudomonas en tête, se divisent encore toutes les six à dix heures : l’odeur arrive avant le risque. C’est cette marge que détruit une rupture de chaîne du froid. Restent Listeria et Yersinia, capables de croître à 2 °C : le froid seul n’est jamais une barrière suffisante.

La machine : le cycle à compression de vapeur

Presque tout le froid alimentaire mondial est produit par un seul cycle. Un fluide frigorigène y parcourt en boucle fermée quatre transformations, dont deux changements d’état. Le principe tient dans une propriété élémentaire : la température d’ébullition d’un liquide dépend de sa pression. En abaissant la pression, on le fait bouillir à −10 °C, et il prend alors sa chaleur latente au milieu à refroidir ; en l’élevant, on le fait condenser à +40 °C, et il rend cette chaleur à l’air extérieur. Toute la machine n’existe que pour créer et maintenir cet écart de pression.

1. ÉVAPORATEUR
basse pression — le fluide bout à −10 °C et absorbe la charge
2. COMPRESSEUR
vapeur surchauffée portée de 2,5 à 15 bar — travail dépensé
3. CONDENSEUR
désurchauffe, condensation à +40 °C, sous-refroidissement
4. DÉTENDEUR
chute de pression isenthalpique — 20 à 30 % du liquide se vaporise
retour à l’évaporateur
boucle fermée, charge de fluide constante

L’évaporateur est l’organe utile : c’est là que la chaleur entre dans la machine. Le fluide y arrive en mélange liquide-vapeur, se vaporise en absorbant sa chaleur latente, puis se réchauffe de quelques degrés en phase vapeur seule. Ce dernier segment est la surchauffe, dont la fonction est de garantir qu’aucune goutte de liquide n’atteint le compresseur : on la règle à 5-8 K en détente thermostatique, 3-5 K en détente électronique. Trop faible, elle expose au coup de liquide ; trop forte, elle stérilise la fin de l’évaporateur et fait chuter la puissance frigorifique de 5 à 15 %.

Le compresseur aspire cette vapeur et la comprime jusqu’à la pression de condensation. C’est le seul poste où l’on dépense de l’énergie mécanique. La compression est fortement irréversible : la vapeur sort à 60-90 °C pour un HFC, et jusqu’à 120-150 °C pour l’ammoniac, dont l’exposant isentropique élevé produit des refoulements très chauds — inconvénient pour l’huile, aubaine pour la récupération de chaleur.

Le condenseur fait subir trois choses en série à cette vapeur : une désurchauffe jusqu’à la température de rosée, une condensation à température constante qui représente 80 à 90 % de la chaleur rejetée, puis un sous-refroidissement de 3 à 6 K en phase liquide. Ce dernier n’est pas un détail : chaque degré gagné augmente la puissance frigorifique de 0,5 à 1 % sans consommation supplémentaire, parce qu’il diminue la fraction de fluide vaporisée à la détente.

Le détendeur ramène enfin le liquide à la basse pression, sans échange de travail ni de chaleur : son enthalpie est conservée. Comme il arrive plus chaud que la température de saturation correspondante, une partie du fluide se vaporise instantanément pour refroidir le reste. Cette fraction vaut couramment 0,20 à 0,30 : un quart de ce qui entre dans l’évaporateur est déjà de la vapeur et ne servira à rien. C’est la perte structurelle du cycle simple.

Lire le cycle sur le diagramme enthalpique

Le frigoriste ne calcule pas ce cycle, il le lit. Le diagramme enthalpique, dit diagramme de Mollier, porte l’enthalpie massique en abscisse, en kJ·kg−1, et la pression en ordonnée sur une échelle logarithmique ; une courbe en cloche y sépare le liquide, le mélange liquide-vapeur et la vapeur surchauffée, son sommet étant le point critique. Le cycle s’y dessine comme un quadrilatère parcouru dans le sens des aiguilles d’une montre : évaporation horizontale vers la droite, compression oblique vers le haut, condensation horizontale vers la gauche, détente strictement verticale puisque l’enthalpie ne change pas.

Les grandeurs et les équations

Cinq relations suffisent à conduire une installation : une pour savoir quelle température viser, une pour savoir ce qu’elle coûte, une pour dimensionner la machine, une pour dimensionner l’enveloppe, une pour prévoir la durée d’un refroidissement.

k = A · exp(−Ea / RT)   et   tvie(T) = tvie(T0) · Q10(T0T)/10

La forme de gauche est la loi d’Arrhenius, celle de droite son usage pratique : la durée de vie est inversement proportionnelle à la constante de vitesse de la réaction limitante. Un plat cuisiné donné pour 6 jours à 4 °C avec un Q10 de 3 ne tient plus que 6 · 3−0,4 ≈ 3,9 jours si la chaîne travaille en réalité à 8 °C.

COPfroid = Q0 / W = (h1h4) / (h2h1)   ≤   T0 / (TkT0)

À gauche le COP réel, lu sur le diagramme comme un rapport de deux différences d’enthalpie ; à droite la borne de Carnot, que rien ne peut dépasser. Pour une évaporation à −10 °C (263 K) et une condensation à +40 °C (313 K), elle vaut 263/50 = 5,3 ; une machine réelle bien conçue en atteint 55 à 65 %, soit un COP de 2,9 à 3,4. Ce rapport, le rendement exergétique, est le seul indicateur qui permette de comparer deux installations travaillant à des températures différentes.

Qtot = Qparois + Qair + Qproduit + Qresp + Qinternes

C’est l’équation qui décide de la taille de la machine. Chacun des cinq termes se calcule séparément, puis la somme est divisée par le temps de marche journalier utile — 16 à 20 h sur 24 en froid positif. Le terme internes rassemble éclairage, moteurs de ventilateurs, chariots, personnel et résistances de dégivrage, tous convertisseurs intégraux d’électricité en chaleur.

Qparois = U · A · (TextTint)   avec   U ≈ λ / e

Le coefficient de transmission d’un panneau sandwich est en pratique celui de son isolant seul. Un polyuréthane de conductivité 0,022 W·m−1·K−1 et de 100 mm donne U ≈ 0,22 W·m−2·K−1 ; les épaisseurs vont de 100 mm en froid positif à 200-250 mm en surgelé. Sur une paroi ensoleillée, on majore l’écart de température de 5 à 12 K selon la couleur du bardage, ce qui suffit à justifier les toitures claires.

(TTair) / (T0Tair) = exp(−t/τ)   d’où   t1/2 = τ · ln 2 ≈ 0,693 · τ

Passé le régime initial, tout produit refroidi dans un milieu à température constante voit son écart à cette température décroître exponentiellement. Le temps de demi-refroidissement ne dépend ni de la température de départ ni de la consigne, seulement du produit, de son emballage et du mode de refroidissement. Un produit met un t1/2 pour parcourir la moitié du chemin, deux pour les trois quarts, trois pour 87,5 %, sept pour 99 % : la règle des sept huitièmes, universelle en fruits et légumes, correspond à trois temps de demi-refroidissement.

SymboleGrandeurUnitéOrdre de grandeur usuel
EaÉnergie d’activationJ·mol−140 000 à 400 000
Q10Facteur de températuresans dimension1,5 à 5
Q0Puissance frigorifiqueW5 kW à 5 MW
hEnthalpie massique du fluidekJ·kg−1200 à 1 700 selon fluide
T0 / TkTempératures d’évaporation et de condensationK ou °C−12 à +2 °C / +28 à +48 °C
UCoefficient de transmission de paroiW·m−2·K−10,10 à 0,35
λ / eConductivité et épaisseur de l’isolantW·m−1·K−1 / m0,022 à 0,038 / 0,08 à 0,25
τ, t1/2Constante de temps, demi-refroidissementh0,2 à 30 h
cpChaleur massique du produitkJ·kg−1·K−11,7 à 4,0

Un exemple chiffré : la chambre de 300 m2

Chambre de fruits et légumes de 20 × 15 × 6 m, soit 1 800 m3 et 1 020 m2 d’enveloppe. Consigne +2 °C, extérieur de calcul +32 °C, panneaux de 120 mm donnant U = 0,18 W·m−2·K−1. Entrée quotidienne de 30 t de pommes à +18 °C (cp = 3,8 kJ·kg−1·K−1), stock permanent de 200 t, éclairage 8 W·m−2 allumé 4 h, deux caristes présents 6 h, quatre évaporateurs de 3 kW de ventilation.

Parois : 0,18 × 1 020 × 30 = 5 508 W, soit 132 kWhth/j, majorés de 15 % pour les ponts thermiques et l’ensoleillement, soit 152. Renouvellement d’air : 2,5 volumes par jour, soit 4 500 m3/j ; l’écart d’enthalpie entre l’air extérieur à 32 °C et 60 % d’humidité relative (74 kJ·kg−1 d’air sec) et l’air intérieur à 2 °C et 90 % (12 kJ·kg−1) vaut 62 kJ·kg−1, d’où 4 500 × 1,17 × 62 = 326 000 kJ, soit 91 kWhth/j dont l’essentiel est de la chaleur latente qui ira givrer les évaporateurs. Produit entrant : 30 000 × 3,8 × 16 = 1 824 000 kJ, soit 507 kWhth/j. Respiration : 10 à 15 W par tonne à 2 °C, soit 69 kWhth/j sur 230 t — à 10 °C, ce poste triplerait. Apports internes : éclairage 9,6, personnel 3,2, dégivrages 9,6, et surtout ventilateurs 4 × 3 kW × 18 h = 216 kWhth/j, car toute leur énergie électrique finit en chaleur dans la chambre.

PosteApport (kWhth/j)PartLevier de réduction
Parois et ponts thermiques15214 %Épaisseur d’isolant, bardage clair
Renouvellement d’air et portes919 %Sas, rideaux à lames, portes rapides
Produit entrant50748 %Prérefroidissement en tunnel dédié
Respiration du stock697 %Consigne basse, atmosphère contrôlée
Ventilateurs d’évaporateurs21620 %Moteurs à commutation électronique, vitesse variable
Éclairage, personnel, dégivrage222 %Détection de présence, dégivrage à la demande
Total1 057100 %

Sur 18 h de marche utile, la puissance à installer vaut 1 057 / 18 = 59 kW, majorés de 10 à 15 % pour l’encrassement et le vieillissement, soit 65 à 68 kW ; avec un COP saisonnier de 2,8, la consommation atteint 378 kWhé par jour, environ 138 MWh par an. Le tableau enseigne que le produit entrant domine tout, ce qui plaide pour un tunnel séparé plutôt que pour une grosse machine sur la chambre, et que les ventilateurs pèsent davantage que les parois.

Les matériels

Les fluides frigorigènes

Le fluide est devenu le premier critère de conception, avant même la puissance. Le règlement (UE) 2024/573 sur les gaz à effet de serre fluorés, qui remplace le règlement (UE) n° 517/2014, organise l’extinction progressive des hydrofluorocarbures par un quota décroissant de mise sur le marché exprimé en tonnes équivalent CO2, et interdit à échéances fixées certains équipements neufs selon leur puissance et le potentiel de réchauffement global du fluide. Une installation neuve conçue autour d’un HFC à fort PRG sera donc inexploitable avant la fin de son amortissement. Les fluides d’avenir sont l’ammoniac, le dioxyde de carbone, les hydrocarbures et certains HFO.

FluidePRG à 100 ansClasse de sécuritéEmploi typiqueLimite pratique
R717 ammoniac0B2L — toxique, faiblement inflammableFroid industriel au-delà de 200 kWToxicité, incompatibilité cuivre, salle des machines réglementée
R744 dioxyde de carbone1A1Commerce, agroalimentaire, cascades, transcritiquePressions de 40 à 120 bar, rendement dégradé en climat chaud
R1234ze, HFO< 1A2LRefroidisseurs d’eau, compresseurs centrifugesFaible densité volumique, machines volumineuses
R448A, R449A1 300 à 1 400A1Transition sur parcs existantsSous quota décroissant, prix en hausse
R404A3 920A1Parc ancien uniquementInterdit en neuf, recharge en fluide vierge proscrite

L’ammoniac reste la référence thermodynamique du froid industriel : sa chaleur latente, de l’ordre de 1 250 kJ·kg−1 à −10 °C, vaut quatre à six fois celle des HFC, ce qui divise d’autant le débit massique à faire circuler. Son COP dépasse de 5 à 15 % celui des fluides halogénés, il ne coûte presque rien, et sa fuite se sent à moins de 5 ppm. Ces qualités ne compensent pas ses risques.

Ammoniac : toxique, caustique pour les voies respiratoires, inflammable en local confiné. Le R717 se sent dès 3 à 5 ppm, irrite à partir de 25 ppm et tue en quelques minutes au-delà de 2 500 à 5 000 ppm ; le liquide, qui bout à −33 °C, provoque des brûlures caustiques et cryogéniques profondes. Sa plage d’inflammabilité, 15 à 28 % en volume, n’est atteinte qu’en local fermé, mais une explosion de salle des machines reste possible. Toute installation exige une salle des machines dédiée, ventilée mécaniquement et en dépression, avec détection à deux seuils déclenchant extraction puis coupure ; deux issues dont une vers l’extérieur ; masques à cartouche et douches oculaires hors du local ; l’interdiction absolue du cuivre dans tout le circuit ; des soupapes tarées et évacuées en toiture ; un plan d’urgence, une formation des opérateurs et, au-delà des seuils de quantité, un classement au titre des installations classées. Aucune de ces mesures n’est facultative, et aucune intervention ne se fait par un opérateur seul.

Le dioxyde de carbone a pris l’autre moitié du terrain. Son point critique très bas — 31 °C et 73,8 bar — impose le cycle transcritique dès que la source froide dépasse 25 à 28 °C : le rejet de chaleur se fait alors par refroidissement d’un fluide supercritique dans un refroidisseur de gaz, et la pression haute devient un paramètre à optimiser entre 75 et 110 bar. En cascade, le CO2 assurant l’étage basse température et l’ammoniac l’étage haut, on obtient l’architecture la plus efficace disponible pour un entrepôt combinant froid positif et surgelé.

Compresseurs, condenseurs, détendeurs

Le compresseur à vis, de 100 kW à 5 MW, a pris l’industrie : il encaisse des taux de compression de 20 à 25 sans étage intermédiaire, tolère les retours d’huile et de liquide bien mieux qu’un piston, et se module par un tiroir de capacité. Ce tiroir a un défaut majeur — sous 50 % de charge, une vis consomme encore 65 à 70 % de sa puissance nominale pour la moitié du froid — que la variation de fréquence corrige. Le piston semi-hermétique, de 2 à 150 kW, garde l’avantage aux faibles taux de compression et se module par délestage de cylindres ; le scroll occupe la petite puissance, le centrifuge l’eau glacée de forte capacité.

Le condenseur décide du COP par la température de condensation qu’il permet d’atteindre. Une batterie à air simple travaille avec 10 à 15 K d’écart sur la température sèche, soit +43 à +48 °C par 32 °C extérieurs ; un condenseur évaporatif travaille sur le bulbe humide avec 4 à 8 K d’écart et descend à +30 à +36 °C, soit 25 à 35 % de consommation en moins au compresseur. Le prix en est 1,5 à 2,5 L d’eau par kilowattheure rejeté et une surveillance des légionelles, tout condenseur évaporatif étant une tour aéroréfrigérante. Le condenseur adiabatique, qui humidifie l’air d’entrée sans mettre l’eau en contact avec le circuit, gagne 4 à 6 K sur la batterie sèche et s’est imposé en neuf.

Le détendeur thermostatique règle mécaniquement la surchauffe par un bulbe placé en sortie d’évaporateur. Robuste, il exige une pression de condensation élevée et stable pour conserver son autorité — ce qui interdit précisément l’économie que l’on cherche en abaissant la condensation en hiver. Le détendeur électronique, piloté par un régulateur qui compare la température de sortie à la température de saturation lue par un capteur de pression, tient la surchauffe à 3-4 K, accepte une condensation flottante jusqu’à +18 ou +20 °C, et rend 8 à 15 % de consommation annuelle.

L’évaporateur à air forcé équipe la quasi-totalité des chambres. Son pas d’ailettes se choisit selon le régime de givre : 4 à 6 mm en froid positif sec, 7 à 10 mm en froid positif humide, 10 à 12 mm en surgelé. L’écart entre air d’entrée et température d’évaporation se règle à 6-8 K en chambre ordinaire, mais on descend à 4-5 K partout où la déshydratation du produit nu est un enjeu, car un évaporateur froid assèche l’ambiance. L’évaporateur noyé, où seuls 20 à 30 % du fluide s’évaporent au passage, mouille toute la surface et gagne 10 à 20 % de coefficient sur une détente directe ; il est la règle sur les grandes installations à l’ammoniac. Son dimensionnement relève du calcul de tout échangeur de chaleur.

Les systèmes indirects à fluide caloporteur

Plutôt que de distribuer le frigorigène dans tout le bâtiment, on le confine en salle des machines et l’on transporte le froid par un fluide secondaire : eau glycolée, saumure de chlorure de calcium, alcool ou glace liquide. L’intérêt est d’abord réglementaire — la charge d’ammoniac tombe de plusieurs tonnes à quelques centaines de kilogrammes, ce qui peut faire sortir le site d’un régime d’autorisation — et ensuite pratique, les fuites devenant des fuites d’eau. Le prix est un échange supplémentaire, donc 3 à 5 K perdus sur l’évaporation, soit 8 à 15 % de COP, plus la puissance des pompes ; le glycol à 30 % voit sa viscosité tripler entre +20 et −10 °C. La glace liquide, qui transporte de la chaleur latente, divise par cinq à dix le débit à pomper.

Le refroidissement rapide et le calcul d’un tunnel

La chambre de conservation maintient, elle ne refroidit pas. Descendre 30 t de produit de 18 à 2 °C dans une chambre à +2 °C prend 24 à 48 h, pendant lesquelles le produit est chaud, respire et perd la moitié de la durée de vie qu’on lui destinait. D’où des appareils dédiés, dont le seul objectif est de faire chuter la température vite.

ProcédéMilieut1/2 typiquePerte de poidsProduits
Chambre statiqueAir à 0,3 m·s−18 à 20 h0,5 à 2 %Conservation, jamais refroidissement
Tunnel à air pulséAir à 1-3 m·s−11 à 4 h0,3 à 1,5 %Palettes, plats cuisinés, carcasses
HydrocoolingEau glacée à 0,5-1 °C0,2 à 0,7 hgain de poidsCarottes, céleri, melons, pêches
Vacuum coolingVide de 6 à 10 mbar0,2 à 0,4 h1 % par 5-6 KLaitue, épinard, champignon, pain
Cellule de refroidissement rapideAir à −5 / −12 °C, 3-5 m·s−10,3 à 1 h0,5 à 2 %Plats cuisinés, 63 → 10 °C en 2 h

L’hydrocooling est le plus rapide sur produit dense et non fragile, le coefficient d’échange de l’eau agitée, 300 à 700 W·m−2·K−1, valant vingt à cinquante fois celui de l’air. Il évite toute déshydratation, mais impose un traitement rigoureux de l’eau de recyclage sous peine d’en faire un vecteur de contamination croisée à l’échelle du lot entier. Le vacuum cooling abaisse la pression jusqu’au point où l’eau du produit bout à sa propre température : il ne convient qu’aux produits à grande surface spécifique et forte teneur en eau libre, refroidit une laitue de 25 à 2 °C en vingt minutes, mais lui coûte environ 1 % de poids par 5 à 6 K gagnés.

Calcul d’un tunnel à air pulsé. On veut refroidir 6 t de plats cuisinés par cycle de 90 minutes, de +65 à +10 °C à cœur, avec cp = 3,4 kJ·kg−1·K−1. L’énergie à extraire vaut 6 000 × 3,4 × 55 = 1 122 000 kJ, soit 312 kWhth par cycle, et la puissance moyenne 208 kW sur 1,5 h. Mais le refroidissement n’est pas uniforme : dans le premier quart d’heure, quand l’écart entre produit et air dépasse 70 K, la puissance appelée atteint deux à deux fois et demie la moyenne. On dimensionne donc soit à 300-350 kW, soit — solution habituelle — à 220 kW avec une réserve prise sur une boucle d’eau glacée à forte inertie, qui absorbe le pic et se recharge entre deux cycles.

Le débit d’air se déduit du même bilan. Pour un écart de 8 K entre entrée et sortie d’air, avec 1,3 kg·m−3 et 1,006 kJ·kg−1·K−1, il faut 208 / (1,3 × 1,006 × 8) ≈ 19,9 m3·s−1, soit 71 600 m3·h−1 ; sur une section de passage de 8 m2, cela donne 2,5 m·s−1. La puissance de ventilation, pour 350 Pa et un rendement de 0,6, vaut 11,6 kW qui s’ajoutent intégralement à la charge. Accélérer l’échange coûte donc une puissance de ventilation variant comme le cube de la vitesse d’air, et cette puissance revient en chaleur à évacuer.

Les paramètres de conduite

Une installation se conduit par une dizaine de réglages, dont trois seulement pèsent sur la facture et deux sur la qualité du produit. Les confondre conduit à passer des heures à optimiser un paramètre sans effet.

ParamètrePlage usuelleEffet d’une augmentationSensibilité
Température d’évaporation−12 à +2 °C en froid positifCOP et puissance en hausse, air moins sec+2 à +4 % de COP par K
Température de condensation+28 à +48 °C, flottanteCOP en baisse, refoulement plus chaud−2 à −4 % de COP par K
Surchauffe à l’évaporateur3 à 8 KSécurité compresseur, puissance en baisse−1 à −3 % de puissance par K au-delà de 6 K
Sous-refroidissement2 à 6 KPuissance frigorifique en hausse, gratuite+0,5 à +1 % par K
Écart air-évaporation4 à 8 KSurface d’échange réduite, air plus sec1 K de plus ≈ 2 à 3 points d’humidité en moins
Vitesse d’air en chambre0,15 à 0,5 m·s−1Homogénéité et déshydratation en haussefreinte × 1,5 à 2 de 0,2 à 0,5 m·s−1
Humidité relative de consigne85 à 98 % selon produitFreinte en baisse, moisissures en hausse1 point ≈ 0,05 %/j de freinte
Fréquence de dégivrage1 à 6 cycles par jourÉchange restauré, chaleur injectée en chambrechaque cycle inutile ≈ 1 à 3 kWhth

La pression de condensation flottante est le premier gisement d’économie de toute installation existante. Beaucoup de régulations anciennes maintiennent +40 ou +45 °C toute l’année pour garantir l’autorité du détendeur thermostatique. Or, sous climat tempéré, la température extérieure reste sous 15 °C plus de la moitié des heures de l’année : autoriser la condensation à descendre à +20 °C vaut 15 à 25 % sur la consommation annuelle, pour un retour de dix-huit à trente mois. La température d’évaporation flottante est le second levier, qui rend 8 à 16 % si la régulation la remonte de −10 à −6 °C la nuit, quand les chambres sont fermées et le stock froid.

Le dégivrage

Dès que la surface de l’évaporateur descend sous 0 °C, la vapeur d’eau de l’air s’y dépose en givre, qui isole la batterie et obstrue le passage d’air : à 50 % du volume libre occupé, la puissance a chuté de 30 à 50 %, et le système compense en abaissant la pression d’aspiration, ce qui accélère encore le givrage. Une chambre qui dérive lentement sans que rien n’ait changé est presque toujours une chambre dont le dégivrage ne suit plus. Le dégivrage à l’air ambiant suffit au-dessus de +2 °C ; les résistances électriques restituent 50 à 70 % de leur énergie à la chambre, contre 20 à 40 % pour le dégivrage par gaz chauds, qui prélève la chaleur sur le cycle lui-même et s’impose en industrie.

Le pilotage compte autant que la méthode. Un dégivrage cadencé par horloge, réglé une fois pour l’hiver, dégivre quatre fois par jour pour rien au printemps et pas assez en août ; le dégivrage à la demande, déclenché sur la perte de charge d’air à travers la batterie, supprime la moitié des cycles. La fin de cycle doit être commandée par une sonde réglée à +8 ou +10 °C sur la batterie, jamais par une durée.

Humidité relative, déshydratation, circulation

Un produit nu placé dans un air non saturé perd de l’eau, et le moteur de cette perte est le déficit de saturation, écart entre la pression de vapeur saturante à la température du produit et la pression partielle de vapeur dans l’air. Une carcasse à 4 °C dans un air à 4 °C et 85 % d’humidité relative subit un déficit d’environ 125 Pa ; le même air à 95 % n’en donne plus que 42. La freinte au ressuage d’une carcasse de bœuf est de 1,5 à 2,5 % du poids en 24 h à 85 %, et tombe à 0,8-1,2 % à 95 %. Sur un abattoir traitant 200 t par semaine, un point de rendement se compte en centaines de milliers d’euros par an.

L’humidité relative n’est pas réglable directement : elle résulte de l’écart entre l’air et l’évaporateur, un évaporateur très froid condensant et gelant beaucoup de vapeur, donc asséchant. La seule vraie manœuvre est de surdimensionner la surface pour travailler à faible écart : 4 K donnent 92-95 % d’humidité relative, 8 K n’en donnent que 82-86 %. C’est un investissement en batteries contre une économie en freinte, et l’arbitrage penche vers les batteries dès que le produit est nu et cher.

Le piège du produit emballé. Tout ce qui précède ne vaut que pour le produit nu. Un produit sous film étanche ne perd rien, et l’on peut alors travailler à faible humidité relative — ce qui est même préférable, car un entrepôt à 95 % est un entrepôt où les structures se corrodent, où les cartons perdent 20 à 40 % de leur résistance à l’empilement et où les sols deviennent glissants. La consigne d’humidité se déduit de ce qui est stocké et de son emballage, jamais d’un autre entrepôt.

Une chambre n’est jamais homogène : l’air soufflé perd sa vitesse en quelques mètres, contourne les obstacles au lieu de les traverser, et l’air froid, plus dense, s’accumule au sol. Dans un entrepôt mal conduit, l’écart entre point chaud et point froid atteint 4 à 8 K, si bien qu’une consigne à +2 °C laisse des zones à +7 °C où la durée de vie est amputée de moitié. Trois règles encadrent le rangement : 10 à 20 cm entre palettes et parois, un plénum libre de 30 à 50 cm sous le plafond et devant les évaporateurs, des ouïes de colis orientées dans l’axe du flux. La cartographie thermique, une vingtaine d’enregistreurs répartis en volume pendant 72 h, est l’outil qui valide tout cela.

La chaîne du froid et ses ruptures

Les points de rupture se comptent sur les doigts d’une main : le quai, où la palette attend à l’air ambiant ; le transport, dont le groupe maintient mais ne refroidit pas ; l’ouverture des portes de l’échelon suivant ; le meuble de vente ouvert, dont la ligne de charge est franchie par le premier client qui pose son sac dessus ; le trajet du consommateur. Un groupe de semi-remorque de 15 kW placé sur 20 t de produit n’est dimensionné que pour compenser les pertes par les parois : charger un produit à +12 °C en espérant qu’il arrive à +2 °C est une erreur de conception, pas un incident.

La mesure de ces ruptures a progressé : enregistreurs autonomes placés sur la palette et non dans l’air de la caisse, indicateurs temps-température irréversibles qui virent de couleur selon une cinétique calée sur celle d’une altération donnée, capteurs connectés. La grandeur qui rend le mieux compte du dommage subi n’est ni la température maximale ni la moyenne, mais la valeur cumulée intégrant le temps passé à chaque température pondéré par le facteur Q10 : un équivalent-heure à la consigne, analogue à la valeur pasteurisatrice mais dans l’autre sens.

Ce qui se dérègle

Les défauts se lisent presque tous sur deux valeurs : la pression d’aspiration et la pression de refoulement, converties en températures de saturation.

SymptômeCause probableCorrection
Chambre qui ne descend plus à la consigne, machine en marche continueÉvaporateur givré, dégivrage insuffisant ou sonde de fin de cycle défaillanteDégivrage manuel complet, passage en pilotage à la demande, contrôle de la sonde et des résistances
Basse pression anormalement basse, forte surchauffeManque de fluide, filtre déshydrateur colmaté, détendeur sous-alimenté ou bulbe mal fixéRecherche de fuite avant toute recharge, remplacement du filtre, contrôle du contact et de l’isolation du bulbe
Haute pression élevée, déclenchement du pressostatCondenseur encrassé, ventilateur en défaut, incondensables, surcharge de fluideNettoyage des ailettes, contrôle des ventilateurs, purge des incondensables, vérification de la charge
Compresseur bruyant, coups en cylindre, huile diluéeRetour de liquide : surchauffe trop faible, détendeur trop ouvert, dégivrage mal terminéRemonter la surchauffe à 6-7 K, vérifier la bouteille anti-coup de liquide, temporiser le redémarrage
Consommation en dérive de 20 % sans changement d’activitéCondensation maintenue haute, batteries encrassées, charge de fluide en baisse par fuite lenteRelevé des températures de saturation, nettoyage, pression flottante, contrôle d’étanchéité réglementaire
Produit qui sèche, croûtage, freinte élevéeÉcart air-évaporation trop grand, vitesse d’air excessive, humidité relative basseAugmenter la surface d’évaporation, brider les ventilateurs hors refroidissement
Cœur de palette encore à +14 °C après une nuit en chambreChambre utilisée comme refroidisseur, air qui contourne les colisTunnel de prérefroidissement dédié, colis à ouïes alignées, air traversant
Odeur d’ammoniac, même faible, en salle des machinesFuite sur garniture, bride, soupape ou instrumentationÉvacuation, alerte, intervention en équipe équipée uniquement, reprise avant remise en service
Durée de vie inférieure à celle validée en laboratoireRupture de chaîne du froid en aval, invisible sur les températures de l’entrepôtEnregistreurs sur palette, audit des quais et du transport, cumul en équivalents-heures

Énergie, coût et environnement

Le froid est le premier poste électrique de la plupart des industries alimentaires : 30 à 50 % de la consommation d’une laiterie ou d’un abattoir, 50 à 70 % d’un entrepôt frigorifique, 40 à 60 % d’un supermarché. Les consommations spécifiques vont de 30 à 60 kWhé par mètre cube et par an pour un entrepôt de froid positif bien isolé, à 60 à 120 pour du surgelé.

La récupération de chaleur au condenseur est le poste le plus souvent oublié. Une machine rejette au condenseur la somme de la puissance frigorifique et de la puissance absorbée, soit 1,3 à 1,45 fois la puissance froide : sur une installation de 500 kW froid, ce sont 650 à 720 kW thermiques rejetés en permanence dans l’air. La désurchauffe, premiers 10 à 20 % de cette chaleur, est disponible à haute température — 60 à 80 °C sur un HFC, 90 à 110 °C sur un ammoniac — et couvre l’eau chaude sanitaire ou le nettoyage en place ; le reste, à la température de condensation, alimente un plancher chauffant ou la réchauffe des locaux. Le point de vigilance est que récupérer suppose souvent de maintenir la condensation haute, donc de sacrifier le COP : l’opération n’a de sens que si la chaleur remplace une énergie réellement achetée et si elle est utilisée au moment où elle est produite.

Côté environnement, le bilan se lit en deux termes. L’effet direct est celui des fuites : le taux annuel réel d’un parc commercial se situe entre 5 et 20 % de la charge, et sur un R404A de PRG 3 920, une fuite de 100 kg par an équivaut à près de 400 t de CO2, soit plusieurs fois l’émission liée à l’électricité consommée. L’effet indirect est celui de cette électricité. Le règlement (UE) 2024/573 impose contrôles d’étanchéité périodiques, registre, certification des intervenants et récupération du fluide en fin de vie. La somme des deux termes est ce qui justifie économiquement le passage à l’ammoniac ou au CO2 : à PRG nul ou unitaire, le terme direct disparaît.

L’opération dans la fabrication des sucrants

Le froid intervient à trois endroits dans la fabrication des sucrants, et à chacun il décide de quelque chose de différent : la taille des cristaux, la tenue du produit fini, la pompabilité des sirops.

Le premier endroit est le cristallisoir. La cristallisation du xylitol se conduit par refroidissement d’une solution concentrée à 80-90 % de matière sèche, portée de 60-70 °C à 20-30 °C sur douze à vingt-quatre heures. Ce n’est pas le froid qui fait le cristal, c’est la vitesse à laquelle on l’applique. Une rampe trop rapide fait franchir d’un coup la limite de la zone métastable : la nucléation devient massive et l’on obtient une poudre fine, difficile à essorer et chargée d’eau mère. Une rampe lente, appliquée après ensemencement, laisse la sursaturation se consommer sur les cristaux existants et donne des grains de 200 à 600 µm. La conduite se fait par chemise ou serpentins parcourus d’eau glycolée, avec un écart volontairement faible — 5 à 10 K — entre la masse et le fluide, parce qu’une paroi trop froide provoque une nucléation locale contre le métal qui encroûte l’échange. Le sucre de betterave et de canne achève sa cristallisation dans des malaxeurs-cristallisoirs refroidis, où la massecuite descend de 70 à 40 °C sur plusieurs heures pour épuiser la liqueur mère.

Le deuxième endroit est le stockage. Les polyols cristallisés sont hygroscopiques à des degrés variables : le xylitol reprend de l’eau au-delà d’environ 65-70 % d’humidité relative à 25 °C, l’érythritol beaucoup moins, le sucre de fleur de coco nettement plus. Le réflexe de mettre au froid un produit sucré est presque toujours une erreur : une poudre stockée à 4 °C puis sortie dans un atelier à 22 °C et 60 % d’humidité relative voit sa surface passer sous le point de rosée, et le film d’eau qui s’y condense dissout partiellement les grains, que la recristallisation suivante soude en un bloc. La consigne juste est une ambiance tempérée et sèche — 15 à 20 °C, moins de 55 % d’humidité relative — et un sas de remise en température avant toute ouverture d’un conteneur venu du froid.

Reste le cas des sirops, où l’intuition trompe le plus. Un sirop de yacon à 75-80 °Brix, un sirop d’agave, une mélasse ne gèlent pas dans un réfrigérateur : leur teneur en solutés abaisse le point de congélation commençante bien au-dessous de 0 °C, et l’on n’obtiendrait que quelques cristaux de glace dans une phase de plus en plus concentrée, jamais un bloc. Ce qui arrive réellement est un épaississement, la viscosité suivant une loi de type Arrhenius à énergie d’activation élevée : elle est multipliée par cinq à vingt entre 20 et 4 °C. Un sirop pompable à l’atelier devient en chambre froide une matière que les pompes volumétriques peinent à reprendre et dont le doseur d’une ligne de remplissage ne tient plus la précision. On stocke donc les sirops concentrés en cuve tempérée et calorifugée, avec un réchauffage doux à 35-45 °C avant transfert. Un sirop concentré est d’ailleurs déjà conservé par son activité de l’eau : le froid ne lui apporte rien, sauf à ralentir un brunissement non enzymatique lent, ce qui justifie une cave à 12-15 °C, jamais une chambre à 2 °C.

Pour aller plus loin

  • Congélation — ce qui se passe une fois le point de congélation franchi : chaleur latente, vitesse de front et taille des cristaux de glace.
  • Cristallisation — la rampe de refroidissement vue du côté du cristal, sursaturation et zone métastable.
  • Échange de chaleur — le calcul de surface commun à tout évaporateur, condenseur et refroidisseur.
  • Conditionnement et remplissage — pourquoi la température du produit décide de la tenue du scellage et de la précision du dosage.
  • Lyophilisation — le froid poussé jusqu’à la sublimation, avec ses condenseurs à −50 °C.
  • Pasteurisation — le traitement dont le refroidissement rapide est la seconde moitié obligatoire.
  • Érythritol — un polyol dont la cristallisation et le stockage obéissent aux mêmes contraintes que celles décrites ici.

Sources

  • Fellows, P. J., Food Processing Technology: Principles and Practice, 4e éd., Woodhead Publishing, 2017.
  • Bimbenet, J.-J., Duquenoy, A., Trystram, G., Génie des procédés alimentaires : des bases aux applications, Dunod, 2e éd., 2007.
  • Singh, R. P., Heldman, D. R., Introduction to Food Engineering, 5e éd., Academic Press, 2014.
  • Perry, R. H., Green, D. W., Perry’s Chemical Engineers’ Handbook, 9e éd., McGraw-Hill, 2018.
  • Saravacos, G., Kostaropoulos, A. E., Handbook of Food Processing Equipment, 2e éd., Springer, 2016.
  • Mafart, P., Béliard, E., Génie industriel alimentaire, Tec & Doc Lavoisier.
  • Règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires ; règlement (UE) n° 1169/2011 sur l’information des consommateurs.
  • Règlement (UE) 2024/573 relatif aux gaz à effet de serre fluorés, abrogeant le règlement (UE) n° 517/2014.
  • Hernández-Pérez et al., « Xylitol: Bioproduction and Applications — A Review », Frontiers in Sustainability, 2022 ; « Overview of erythritol production by yeast strains », FEMS Microbiology Letters, 369(1), 2022.

Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.