Le lactitol : tiré du petit-lait, et dispensé de déclarer le lait

Le lactitol est le polyol le plus discret de la famille. Il ne se vend pas au détail, on ne le cherche jamais par son nom, et il figure pourtant sur beaucoup d’étiquettes de produits sans sucres. Deux choses le rendent intéressant, et aucune ne concerne son goût : il vient d’un coproduit laitier, et il est le seul polyol nommément cité dans la liste des allergènes européens — pour en être exempté.

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Ce que c’est

Un polyol portant le numéro E966, obtenu par hydrogénation du lactose, le sucre du lait. Le lactose vient du lactosérum, le petit-lait qui reste après la fabrication des fromages : une fromagerie en produit neuf litres pour un kilo de fromage, et la filière a longtemps cherché quoi en faire. C’est la seule matière première animale de toute la famille des polyols. Le détail du procédé est sur la page fabrication du lactitol.

L’idée reçue à régler tout de suite : « lactitol » sur une étiquette n’oblige pas à écrire « lait ». L’annexe II du règlement (UE) n° 1169/2011, qui énumère les quatorze allergènes à déclarer, mentionne « lait et produits à base de lait » — puis énumère les dérivés qui en sont exemptés, et le lactitol y figure expressément. La raison est technique : l’hydrogénation et les purifications qui l’entourent éliminent les protéines du lait, qui sont ce à quoi on est allergique.

Deux précisions pour que cela reste juste. L’exemption vaut pour l’allergie aux protéines de lait, qui n’est pas la même chose que l’intolérance au lactose. Et une exemption réglementaire n’est pas un avis médical : une personne concernée pose la question à son médecin, pas à une étiquette. Enfin, un produit végétalien ne peut pas contenir de lactitol — l’exemption d’allergène ne change rien à l’origine de la matière.

Ses chiffres

  • Pouvoir sucrant : 0,35 à 0,4 — le moins sucrant des polyols courants. Il faut près de trois fois le poids du sucre pour sucrer autant, ce qui le condamne à travailler accompagné.
  • Valeur énergétique : 2,4 kcal/g, la valeur forfaitaire des polyols au règlement (UE) n° 1169/2011.
  • Indice glycémique : de l’ordre de 3 à 6, parmi les plus bas de la famille.
  • Goût propre, sans effet de fraîcheur et sans arrière-goût : sa faiblesse est de ne pas sucrer, pas de sucrer mal.

Ce qu’il sert à faire, puisqu’il ne sucre pas

C’est la section propre à cette matière. Un produit « sans sucres » pose un problème qu’on oublie : le sucre ne sert pas seulement à sucrer, il occupe du volume. Retirez 200 g de sucre d’un gâteau et remplacez-les par quelques milligrammes d’édulcorant intense : il manque 200 g de matière, et la recette ne tient plus.

Le lactitol répond exactement à ce besoin. Il apporte la masse, la texture et le corps du sucre en n’apportant presque pas de sucré — ce qui laisse au formulateur la liberté de doser le sucré séparément, avec une pointe d’édulcorant intense. C’est le rôle d’agent de charge, et c’est pour cela qu’on le trouve dans les biscuits, les chocolats et les glaces sans sucres plutôt que dans un sucrier.

Il y ajoute deux qualités pratiques : il est stable à la chaleur et en milieu acide, et il prend peu l’humidité, ce qui tient un biscuit croquant.

En cuisine

Comme tous les polyols, il ne caramélise pas, ne dore pas et ne nourrit pas la levure : sa fonction carbonyle a disparu à l’hydrogénation. Pour dorer une croûte ou faire lever une brioche, ce sont les sucres qui travaillent — le miel et le sucre le font très bien. Pour donner du corps à une préparation sans y ajouter de sucres, le lactitol fait un travail que peu de matières font aussi proprement.

Chez soi, il reste peu utile : difficile à trouver au détail, et inutilisable seul puisqu’il faudrait en tripler la dose. C’est un ingrédient d’industrie, et il n’y a pas de honte à l’écrire.

Tolérance digestive : le seuil le plus bas de la famille

Il faut le dire clairement, parce que c’est le point qui compte le plus à l’usage. Le lactitol est très peu absorbé dans l’intestin grêle : il descend presque entièrement dans le côlon, où il attire l’eau et fermente. Sa dose de tolérance chez l’adulte se situe plutôt autour d’une vingtaine de grammes par jour, en dessous de celle du maltitol ou de l’isomalt — et cet effet est si franc qu’il est employé comme laxatif osmotique en médecine, à des doses de cet ordre.

La mention « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs », imposée par l’annexe III du règlement (UE) n° 1169/2011 au-delà de 10 % de polyols, n’est donc pas une formalité sur ce produit-là. Le calculateur de tolérance aux polyols permet de situer une consommation réelle, et le seuil s’éduque : il monte quand la flore s’habitue, il redescend après une interruption.

Ce que la loi autorise à en dire

Les deux mêmes allégations que pour les autres substituts de sucres, autorisées par le règlement (UE) n° 432/2012 : l’une sur l’élévation de la glycémie après le repas, l’autre sur la minéralisation dentaire, l’une et l’autre sous conditions strictes — le produit doit remplacer les sucres dans une denrée comparable, et la seconde ne vaut que pour les aliments de bouche pris entre les repas.

Le lactitol en une phrase

C’est l’agent de charge des produits sans sucres, tiré du petit-lait, dispensé de déclarer le lait comme allergène, et celui dont il faut le mieux connaître le seuil — il sucre trois fois moins que le sucre et se fait sentir plus tôt que ses cousins.

Déclaration d’intérêts

L’auteur de ce site dirige une entreprise qui commercialise du xylitol, et ne commercialise pas de lactitol. Aucune marque n’est recommandée dans ces pages et aucun lien rémunéré n’y figure. À propos de ce site.

Sources

Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l’information des consommateurs, annexe II (liste des allergènes et exemptions, dont le lactitol), annexe III point 2.1 (mention des effets laxatifs) et annexe XIV (2,4 kcal/g pour les polyols). — Règlement (CE) n° 1333/2008 sur les additifs alimentaires, annexe II — lactitol E966. — Règlement (UE) n° 231/2012 établissant les spécifications des additifs. — Règlement (UE) n° 432/2012, entrées relatives aux substituts de sucres. — Données de pouvoir sucrant, de réponse glycémique et de tolérance digestive comparée des polyols.

Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.