L’aspartame est un dipeptide : l’ester méthylique de la L-aspartyl-L-phénylalanine, de formule brute C14H18N2O5. Son pouvoir sucrant est de l’ordre de 180 à 200 fois celui du saccharose, ce qui explique qu’il soit employé à des doses très faibles. Dans l’organisme, il se scinde en trois composés déjà présents dans l’alimentation courante : acide aspartique, phénylalanine et méthanol. Dans l’Union européenne, il porte le numéro E 951 et figure sur la liste positive des additifs autorisés. C’est cette phénylalanine libérée qui commande l’obligation d’étiquetage encore en vigueur aujourd’hui, et c’est elle aussi qui a occupé une bonne partie des débats réglementaires des années 1970 et 1980.
Cette page retrace, date par date, le trajet de la molécule : sa découverte fortuite dans un laboratoire pharmaceutique de la banlieue de Chicago, le brevet qui en fixe l’identité chimique, la longue séquence américaine d’autorisation, de suspension et de réautorisation, l’entrée dans le droit européen, puis les réévaluations successives des agences sanitaires jusqu’au double avis de juillet 2023. Chaque entrée porte sa référence : numéro et page du Federal Register, numéro et date du texte publié au Journal officiel de l’Union européenne, article et volume pour les publications scientifiques.
Deux faits surprennent. Le premier : l’aspartame a été autorisé aux États-Unis en juillet 1974, puis l’autorisation a été suspendue en décembre 1975 et le produit n’a pas pu être commercialisé pendant près de six ans ; il a fallu une commission d’enquête publique, qui a elle-même conclu contre l’autorisation en octobre 1980, avant que le commissaire de la Food and Drug Administration ne passe outre en juillet 1981. Le second : les deux rives de l’Atlantique ne se sont jamais accordées sur le chiffre. La dose journalière admissible retenue par la FDA est de 50 mg par kilogramme de poids corporel et par jour ; celle retenue par l’EFSA et par le JECFA est de 40 mg. Il s’agit de la même molécule, et ni l’une ni l’autre de ces valeurs n’a bougé depuis les années 1980.
Sur cette page
Chronologie de l’aspartame, de 1965 à aujourd’hui
Les dates réunies ici proviennent, autant que possible, des documents d’origine : décisions publiées au Federal Register par la FDA, textes du Journal officiel de l’Union européenne, avis de l’EFSA, communiqués de l’OMS et du CIRC, brevets. Ce qui n’a pas pu être vérifié à la source ne figure pas dans cette chronologie. Lorsque les sources divergent sur une année, l’entrée le signale par la mention date incertaine et expose la divergence, plutôt que de trancher à leur place. Deux entrées sont dans ce cas.
1965 — La saveur sucrée d’un intermédiaire de synthèse
James M. Schlatter, chimiste chez G.D. Searle & Company à Skokie, dans l’Illinois, travaille sur un tétrapeptide correspondant à l’extrémité C-terminale de la gastrine, dans le cadre d’un programme de recherche sur le traitement de l’ulcère gastrique. En recristallisant un intermédiaire, il en projette sur la paroi extérieure du ballon ; un peu de produit se dépose sur ses doigts. Plus tard, en léchant son doigt pour saisir une feuille de papier de pesée, il perçoit une saveur intensément sucrée. Le composé est l’ester méthylique de la N-L-α-aspartyl-L-phénylalanine. La molécule n’a donc pas été conçue comme édulcorant : elle a été rencontrée en chemin, dans un projet pharmaceutique sans rapport avec l’alimentation.
Référence : K. Roth, « The Saccharin Saga – Part 6 », ChemistryViews (Wiley-VCH), rubrique consacrée à la découverte de l’aspartame : lieu, année (décembre 1965), contexte du tétrapeptide de la gastrine et nom chimique du composé.
1966-1970 — Le brevet fixe l’identité chimique et le rôle de la stéréochimie
Le brevet américain n° 3 492 131, intitulé « Peptide sweetening agents », est déposé le 18 avril 1966 au nom de James M. Schlatter, pour le compte de G.D. Searle, et délivré le 27 janvier 1970. Il revendique l’ester méthylique de la L-aspartyl-L-phénylalanine ainsi que ses homologues éthylique, propylique, isopropylique et tertio-butylique, et indique que l’ester méthylique est de 100 à 200 fois plus sucré que le saccharose. Le texte pose surtout un point décisif : la saveur sucrée dépend de la configuration. Seule la forme L-L est sucrée ; les combinaisons D-D, D-L et L-D ne le sont pas. C’est ce document, et non un article de revue, qui établit publiquement la structure du produit.
Référence : Brevet US 3 492 131 A, « Peptide sweetening agents », inventeur James M. Schlatter, cessionnaire G.D. Searle, date de dépôt 18 avril 1966, date de délivrance 27 janvier 1970 ; revendications et description.
1973-1974 — Première autorisation américaine, limitée aux aliments secs
G.D. Searle dépose le 9 février 1973 une demande visant l’emploi de l’aspartame dans l’ensemble des denrées alimentaires. Le commissaire de la FDA approuve le 26 juillet 1974, mais pour les seuls aliments secs : édulcorant de table, comprimés pour boissons chaudes, céréales pour petit-déjeuner, chewing-gums, bases sèches pour boissons, cafés et thés instantanés, gelées, entremets et produits laitiers. La décision retient à ce stade une dose journalière admissible de 20 mg par kilogramme de poids corporel. Dès le mois d’août, des objections sont déposées : le neuroscientifique John Olney et le juriste James Turner demandent la tenue d’une audience formelle.
Référence : Federal Register, vol. 39, n° 145, 26 juillet 1974, p. 27320 (cité par le Congressional Research Service, rapport 84-649 SPR, « Aspartame: An Artificial Sweetener », 23 mars 1984) ; U.S. General Accounting Office, Food and Drug Administration: Food Additive Approval Process Followed for Aspartame, HRD-87-46, juin 1987, pour la date de dépôt et la DJA de 20 mg/kg.
1975 — L’autorisation est suspendue et les études de toxicité mises en cause
Le 23 juillet 1975, le commissaire de la FDA constitue un groupe de travail chargé d’examiner les pratiques de laboratoire de G.D. Searle, après la découverte d’anomalies dans d’autres dossiers de la firme. En décembre, ce groupe conclut que certaines études soumises à l’appui de l’aspartame sont contestables. Le commissaire suspend alors la réglementation autorisant la commercialisation, par une décision publiée le 5 décembre 1975. Le produit ne peut plus être mis sur le marché. Un examen d’authentification de douze études est confié à partir d’août 1977 à un consortium universitaire, l’UAREP ; en mars 1979, le centre compétent de la FDA estime que les manques relevés ne suffisent pas à invalider ces travaux.
Référence : Federal Register, vol. 40, p. 56907, 5 décembre 1975 (Congressional Research Service, rapport 84-649 SPR, 23 mars 1984) ; U.S. General Accounting Office, HRD-87-46, juin 1987, pour la chronologie du groupe de travail, de l’UAREP et de l’examen de 1979.
1979-1980 — Le Public Board of Inquiry conclut contre l’autorisation
Une commission d’enquête publique, le Public Board of Inquiry, est constituée le 1er juin 1979 pour examiner les objections. Elle tient une audience de trois jours à partir du 30 janvier 1980, portant sur deux questions distinctes : le risque de lésion cérébrale et le risque de tumeur. Sa décision, rendue le 1er octobre 1980, écarte le risque de lésion cérébrale et de dysfonctionnement endocrinien, mais estime ne pas pouvoir écarter la question des tumeurs cérébrales observées chez l’animal. Elle révoque en conséquence l’autorisation de 1974 et demande des études complémentaires. C’est le point le plus bas du dossier américain.
Référence : Federal Register, vol. 44, p. 31717, 1er juin 1979 (constitution de la commission) ; décision du 1er octobre 1980, citée par le Congressional Research Service, rapport 84-649 SPR, 23 mars 1984 ; U.S. General Accounting Office, HRD-87-46, juin 1987.
1981 — Le commissaire de la FDA passe outre, et impose l’étiquetage phénylalanine
Le 18 juillet 1981, le commissaire Arthur Hull Hayes écarte la conclusion du Public Board of Inquiry et approuve la demande. La décision, publiée le 24 juillet 1981 sous le titre « Aspartame; Commissioner’s Final Decision », rétablit l’emploi dans les aliments secs et prend effet le 22 octobre 1981. Elle impose la mention « PHENYLKETONURICS: CONTAINS PHENYLALANINE » sur toutes les denrées contenant de l’aspartame. Cette obligation n’est pas un avertissement général : elle vise les personnes atteintes de phénylcétonurie, maladie héréditaire du métabolisme pour laquelle un régime restreint en phénylalanine est prescrit médicalement. L’étiquetage sert à leur permettre d’identifier ces produits.
Référence : « Aspartame; Commissioner’s Final Decision », Federal Register, vol. 46, n° 142, 24 juillet 1981, p. 38284-38296, document diffusé par la Food and Drug Administration ; date d’effet du 22 octobre 1981 relevée par le Congressional Research Service, rapport 84-649 SPR, 23 mars 1984.
1983 — Extension aux boissons gazeuses
Le 8 juillet 1983, la FDA modifie sa réglementation pour autoriser l’aspartame dans les boissons gazeuses et dans les bases de sirop destinées à ces boissons. C’est le tournant commercial du produit : jusque-là confiné aux poudres et aux produits secs, il accède au débouché de masse des sodas allégés. La restriction antérieure tenait à la stabilité limitée de la molécule en milieu aqueux, l’aspartame s’hydrolysant lentement en solution, d’autant plus vite que la température s’élève. C’est aussi la raison pour laquelle il ne convient pas aux préparations soumises à une cuisson prolongée.
Référence : Federal Register, vol. 48, p. 31376-31382, 8 juillet 1983, document diffusé par la Food and Drug Administration ; chronologie confirmée par le Congressional Research Service, rapport 84-649 SPR, 23 mars 1984, et par l’U.S. General Accounting Office, HRD-87-46, juin 1987.
1984-1985 — L’Europe fixe la dose journalière admissible à 40 mg/kg (date incertaine)
Le comité scientifique de l’alimentation humaine, organe consultatif de la Commission européenne, évalue l’aspartame et retient une dose journalière admissible de 40 mg par kilogramme de poids corporel et par jour. Cette valeur, inférieure de 20 % à celle de la FDA pour la même substance, n’a jamais été révisée depuis : ni en 1988-1989, ni lors de la 107e réunion du comité en juin 1997, ni lors des réévaluations ultérieures de l’EFSA. Les sources divergent sur l’année : certaines datent l’évaluation de 1984, d’autres de 1985, et plusieurs indiquent « 1984-1985 » — l’avis ayant vraisemblablement été rendu une année et publié la suivante, dans la série des rapports du comité. Nous n’avons pas trouvé de document du comité lui-même permettant de trancher.
Référence : GreenFacts, synthèse des évaluations du comité scientifique de l’alimentation humaine sur l’aspartame (première évaluation datée 1984-1985, réexamens de 1988-1989 et de la 107e réunion de juin 1997) ; K. Roth, « The Saccharin Saga – Part 6 », ChemistryViews, qui date de 1985 la fixation du seuil européen ; EFSA, page thématique « Aspartame », qui rappelle la DJA de 40 mg/kg sans en donner l’année d’origine.
1987-1992 — Expiration des brevets et arrivée des génériques (date incertaine)
La protection par brevet tombe, et avec elle le monopole de fabrication. Le brevet américain expire en 1992, ce que confirme la presse professionnelle de la chimie. L’Europe est concernée plus tôt : les sources secondaires situent le début de l’expiration des brevets d’usage européens en 1987, mais nous n’avons pas trouvé de source primaire confirmant cette date, que nous donnons donc sous réserve. La suite est connue : surcapacité, effondrement des prix, concurrence de producteurs chinois à bas coût. Searle avait été racheté par Monsanto en 1985 ; en mars 2000, Monsanto revend NutraSweet à un fonds d’investissement. En 2014, l’usine NutraSweet de Géorgie ferme et Ajinomoto cherche un repreneur pour son site français.
Référence : M. McCoy, « Artificial Sweetener Producers Hurt By Chinese Competition », Chemical & Engineering News, vol. 92, n° 40, 2014, pour l’expiration du brevet en 1992, l’effondrement des prix et les fermetures de sites ; rachat de Searle par Monsanto en 1985 et cession de NutraSweet en mars 2000 d’après la notice encyclopédique NutraSweet. La date de 1987 pour l’Europe n’a pas pu être confirmée à sa source.
1994 — L’aspartame devient l’additif européen E 951
La directive 94/35/CE du Parlement européen et du Conseil, du 30 juin 1994, concernant les édulcorants destinés à être employés dans les denrées alimentaires, inscrit l’aspartame sous le numéro E 951 à son annexe, avec des teneurs maximales fixées par catégorie de denrées. Le texte est publié au Journal officiel L 237 du 10 septembre 1994. Son article 5, paragraphe 2, impose que les édulcorants de table contenant de l’aspartame portent la mention « contient une source de phénylalanine ». C’est le premier texte harmonisé à l’échelle de l’Union : jusque-là, plusieurs États membres avaient autorisé le produit séparément au cours des années 1980. La directive a depuis été abrogée, l’E 951 relevant du règlement (CE) n° 1333/2008.
Référence : Directive 94/35/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 juin 1994 concernant les édulcorants destinés à être employés dans les denrées alimentaires, JO L 237 du 10 septembre 1994, p. 3-12 ; annexe (E 951) et article 5, paragraphe 2.
1996 — Les États-Unis lèvent les restrictions d’usage
Le 28 juin 1996, la FDA modifie le paragraphe 172.804 du titre 21 du Code of Federal Regulations pour autoriser l’aspartame comme édulcorant et exhausteur de goût à usage général, sous réserve des bonnes pratiques de fabrication. Vingt-trois autorisations d’emploi spécifiques, accumulées depuis 1981, sont remplacées par une autorisation unique. Deux limites subsistent : 0,5 % en poids dans les produits de boulangerie, et des dispositions particulières pour les comprimés édulcorants employant de la L-leucine comme lubrifiant. La modification prend effet le jour même de sa publication. Le dossier porte le numéro 94F-0405.
Référence : Federal Register, vol. 61, n° 126, 28 juin 1996, document 96-16522, dossier 94F-0405, modifiant 21 CFR 172.804 ; confirmé par la Food and Drug Administration, page « Aspartame and Other Sweeteners in Food ».
2005-2006 — L’étude de la Fondation européenne Ramazzini et sa réfutation
La Fondation européenne Ramazzini, à Bologne, publie une étude de cancérogenèse de longue durée sur des rats Sprague-Dawley recevant de l’aspartame dans leur alimentation. Ses auteurs, conduits par Morando Soffritti, concluent que l’aspartame « peut causer un cancer » et demandent la révision des règles d’emploi. Saisie par la Commission, l’EFSA rend son avis le 4 mai 2006 : la légère augmentation des lymphomes et leucémies observée n’est pas liée au traitement mais s’explique le plus vraisemblablement par la forte incidence de lésions inflammatoires pulmonaires, présentes dans tous les groupes, témoins compris. L’Autorité ne révise pas la DJA. Elle réexamine une seconde étude de la même fondation en 2009 et parvient à la même conclusion.
Référence : M. Soffritti et al., « First experimental demonstration of the multipotential carcinogenic effects of aspartame administered in the feed to Sprague-Dawley rats », Environmental Health Perspectives, 2006, vol. 114, n° 3, p. 379-385 ; EFSA, groupe scientifique AFC, avis du 4 mai 2006 relatif à une nouvelle étude de cancérogenèse de longue durée sur l’aspartame, EFSA Journal, 2006, vol. 4, n° 5, article 356 ; EFSA, page thématique « Aspartame », pour le réexamen de 2009.
2011 — L’obligation d’étiquetage reprise dans le règlement INCO
Le règlement (UE) n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires reprend l’obligation à son annexe III, qui recense les denrées dont l’étiquetage doit comporter une mention complémentaire. Le point 2.3 impose, pour les denrées contenant de l’aspartame ou du sel d’aspartame-acésulfame, deux libellés selon la façon dont l’additif est désigné : « contient de l’aspartame (source de phénylalanine) » lorsqu’il est indiqué par son numéro E, et « contient une source de phénylalanine » lorsqu’il est indiqué par son nom spécifique. Le même point 2 impose par ailleurs la mention « avec édulcorant(s) » à côté de la dénomination de la denrée.
Référence : Règlement (UE) n° 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, annexe III, points 2.1 à 2.3.
2013 — La réévaluation complète de l’EFSA
L’EFSA achève la première réévaluation complète de l’aspartame et de ses produits de dégradation menée à l’échelle européenne. L’avis, adopté le 10 décembre 2013, conclut que « l’aspartame ne pose pas de problème de sécurité aux niveaux d’exposition actuellement estimés ni à la DJA de 40 mg/kg de poids corporel par jour », et qu’il n’y a donc pas lieu de modifier cette valeur. La DJA repose sur des observations de toxicité chronique chez l’animal, complétées par des données humaines relatives aux concentrations plasmatiques de phénylalanine pendant la grossesse. L’avis précise expressément un point de portée pratique : cette DJA n’est pas applicable aux personnes atteintes de phénylcétonurie, dont l’apport en phénylalanine relève d’une prescription médicale.
Référence : EFSA, groupe scientifique ANS, « Scientific Opinion on the re-evaluation of aspartame (E 951) as a food additive », EFSA Journal, 2013, vol. 11, n° 12, article 3496, 263 p., avis adopté le 10 décembre 2013.
2023 — Le 15 mai, l’OMS déconseille les édulcorants non sucrés pour le contrôle du poids
L’Organisation mondiale de la santé publie une ligne directrice contenant une recommandation conditionnelle déconseillant l’usage des édulcorants non sucrés pour contrôler le poids corporel ou réduire le risque de maladies non transmissibles. L’aspartame y figure aux côtés de l’acésulfame K, de l’advantame, des cyclamates, du néotame, de la saccharine, du sucralose et des glycosides de stéviol. Deux limites encadrent la portée du texte : la recommandation est conditionnelle, c’est-à-dire assortie de réserves sur le niveau de preuve, et elle ne repose pas sur une évaluation toxicologique. L’OMS indique explicitement qu’elle ne remplace pas les seuils d’apport établis par le comité mixte FAO/OMS.
Référence : Organisation mondiale de la santé, « Use of non-sugar sweeteners: WHO guideline », Genève, 15 mai 2023 ; l’avertissement selon lequel le texte « n’est pas fondé sur des évaluations toxicologiques » et ne remplace pas les travaux du JECFA figure dans la notice de publication.
2023 — Le 14 juillet, le CIRC classe en 2B, le JECFA maintient la DJA
Deux instances de l’OMS publient le même jour des conclusions qui répondent à des questions différentes. Le Centre international de recherche sur le cancer, réuni à Lyon du 6 au 13 juin 2023, classe l’aspartame comme « peut-être cancérogène pour l’homme » (groupe 2B), sur la base d’indications limitées d’un cancer chez l’homme, à savoir le carcinome hépatocellulaire. Le CIRC évalue un danger : la substance peut-elle causer un cancer. Le JECFA, lui, évalue le risque, c’est-à-dire à partir de quelle dose ; il maintient la DJA de 40 mg/kg de poids corporel par jour. Le groupe 2B signale une incertitude à lever, non un danger établi.
Référence : Organisation mondiale de la santé, « Aspartame hazard and risk assessment results released », 14 juillet 2023, pour le classement 2B, l’indication limitée de carcinome hépatocellulaire et le maintien de la DJA à 40 mg/kg ; CIRC, note sur l’évaluation de la cancérogénicité de l’aspartame, du méthyleugénol et de l’isoeugénol, réunion du groupe de travail du 6 au 13 juin 2023, résumé publié dans The Lancet Oncology le 13 juillet 2023, DOI 10.1016/S1470-2045(23)00341-8.
2024-2025 — La monographie paraît, et le marché se déplace
Le CIRC publie en 2024 le volume 134 de ses monographies, consacré à l’aspartame, au méthyleugénol et à l’isoeugénol, qui donne le détail de l’évaluation résumée l’année précédente. De son côté, la FDA a fait savoir en 2023 qu’elle ne partageait pas la lecture du CIRC et n’a pas modifié le statut réglementaire du produit aux États-Unis. Sur le plan industriel, le paysage a changé : la stévia occupe une part croissante des lancements de boissons, Coca-Cola ayant par exemple intégré des glycosides de stéviol à son Coke Zero américain à partir de 2023, généralisé fin 2024. Aspartame et glycosides de stéviol répondent à des contraintes différentes de stabilité, de profil gustatif et de coût.
Référence : CIRC, Aspartame, Methyleugenol, and Isoeugenol, IARC Monographs on the Identification of Carcinogenic Hazards to Humans, volume 134, Lyon, 2024 ; Food and Drug Administration, page « Aspartame and Other Sweeteners in Food », position sur le classement du CIRC ; BeverageDaily, 26 août 2025, pour la reformulation du Coke Zero américain (2023, généralisation fin 2024).
Chronologie établie le 27 août 2026. Chaque date a été vérifiée à sa source : décisions publiées au Federal Register, textes du Journal officiel de l’Union européenne, avis de l’EFSA, communiqués de l’OMS et du CIRC, brevet d’origine. Ce qui n’a pas pu être confirmé n’y figure pas, et les deux entrées dont les sources se contredisent sont signalées comme telles. Pour comparer point par point les propriétés de l’aspartame et celles du xylitol, voir xylitol ou aspartame ; pour la place de l’aspartame parmi les autres substituts du sucre, voir les édulcorants et les autres édulcorants ; deux chronologies bâties sur le même modèle existent par ailleurs pour l’historique du xylitol et pour l’histoire de la stévia. Si vous relevez une erreur, une référence inexacte ou une date mieux documentée, signalez-le en commentaire : la page sera corrigée.