Yaourt à la grecque maison, sans sucres ajoutés : le lactose part avec le sérum, pas la caséine

Aller à la recetteLes ingrédients, puis les étapes. Ce qu’il faut savoir avant de doser est juste au-dessus de la liste.

Un yaourt à la grecque maison ne demande ni crème, ni poudre de lait, ni sucre : il demande une passoire, un linge et une nuit de réfrigérateur. On verse un kilo de yaourt nature 0 % dans le linge, on revient douze heures plus tard, et il reste environ 500 g d’une matière assez ferme pour tenir sur une cuillère retournée. Les 500 g manquants sont dans le saladier : c’est le sérum, aussi appelé lactosérum ou petit-lait.

On lit souvent qu’égoutter un yaourt « enlève du sucre ». La formule est trompeuse de la manière la plus intéressante possible : le sérum emporte bien du lactose — environ 23 g sur les 46 g que contenait le kilo de départ — mais il emporte l’eau dans laquelle ce lactose était dissous, et dans la même proportion. Aux 100 g, la teneur en sucres ne bouge donc presque pas. Un bol de yaourt égoutté n’est pas moins sucré qu’un bol de yaourt nature ; il est simplement deux fois plus dense en caséine.

Ce que la passoire change vraiment, c’est la texture — et la texture est précisément ce que l’on paie d’ordinaire soit en matière grasse, avec un yaourt à la grecque entier, soit en sucres, avec un yaourt aromatisé. C’est de là que vient l’allègement de ce dessert : pas du tamis, mais de ce qu’on n’ajoute pas ensuite. La page le chiffre, poste par poste, et dit lequel des deux pèse le plus lourd.

Le mécanisme est l’exact symétrique de celui du kéfir de fruits, où des micro-organismes consomment réellement une partie des sucres : là-bas la ligne des sucres baisse aux 100 g parce que la matière sucrée disparaît, ici elle ne baisse pas parce qu’elle s’en va avec son solvant. Deux façons de faire partir du sucre, deux conclusions opposées. Et c’est une séparation mécanique de plus à mettre à côté des poires pochées au sirop d’érable, où un tiers du sucre part avec le sirop qu’on jette.

Dessert · cuisine françaiseLecture 21 min

Préparation
20 min
Repos
12 h
Total
12 h 20
Pour
4 parts de 215 g
Difficulté
très facile
Coût
bon marché
Saison
De septembre à janvier

Outils de la recette

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Face au yaourt à la grecque classique, sucré au miel

La référence est le même dessert fait comme on le fait d’ordinaire : 500 g de yaourt à la grecque entier du commerce (8,2 g de lipides aux 100 g), 60 g de miel — deux cuillerées à soupe, la dose courante pour quatre — et les mêmes 350 g de poires. Les deux préparations ne pèsent pas la même chose, 860 g contre 920 g : la comparaison se fait donc à portion égale de 215 g, et non part à part, sinon l’écart porterait sur la taille du bol autant que sur la recette.

Pour 215 gCette recetteRéférence classiqueÉcart
Énergie99 kcal214 kcal− 54 %
Sucres14,4 g23,0 g− 38 %
Acides gras saturés0,25 g6,20 g− 96 %
Protéines5,5 g3,9 g+ 41 %
Polyols1,8 g1,7 g+ 0,1 g
Nutri-ScoreAC 

D’où vient l’écart, et dans quelle proportion. Les 115 kcal gagnées par portion se partagent en deux postes très inégaux, et ce n’est pas celui qu’on attend qui domine : 75 kcal viennent du laitage — le yaourt 0 % égoutté à la place du yaourt à la grecque entier — et 40 kcal du miel qu’on n’ajoute pas. Deux tiers, un tiers.

Sur la ligne des sucres, le partage s’inverse et devient franchement contre-intuitif : le miel retiré vaut à lui seul − 10,4 g, mais le changement de laitage en rend 1,8 g, parce qu’un yaourt 0 % porte plus de lactose aux 100 g qu’un yaourt à la grecque entier, dont la matière grasse occupe la place de l’eau. Les deux mouvements se retranchent, et il reste les 8,6 g d’écart du tableau. C’est la seule façon honnête de présenter ce chiffre : sans le détail, on croirait que l’égouttage a fait le travail.

Ingrédients

Pour 4 parts de 215 g. Le yaourt est pesé avant égouttage ; ce qui reste dans le linge est la moitié.

  • 1 000 g de yaourt nature 0 % de matière grasse — soit huit pots de 125 g, ou un grand pot d’un kilo. Un yaourt ferme en pot et un yaourt brassé conviennent tous deux ; le brassé rend son sérum plus lentement.
  • 350 g de poires épluchées et épépinées, soit deux poires moyennes d’environ 200 g brutes. Une variété ferme se tient mieux à la découpe.
  • 10 g de jus de citron — deux cuillerées à café, pour empêcher les poires de brunir.
  • Facultatif, sans incidence sur les chiffres : les graines d’une demi-gousse de vanille, ou un zeste de citron râpé.

Aucun sucrant. Ni sucre, ni miel, ni polyol, ni édulcorant de table : la recette n’en emploie pas, et les sections qui n’auraient d’objet qu’avec un succédané du sucre ne figurent donc pas sur cette page.

Allergènes présents : Lait (yaourt ou lait fermenté, nature, 0% mg)

Ces mentions sont déduites de la liste d’ingrédients de cette recette, non d’une analyse. Elles disent ce que la recette apporte, pas ce que votre plat contiendra : en cuisine domestique, la contamination croisée ne peut pas être exclue, et la mention réglementée « sans gluten » suppose une teneur contrôlée inférieure à 20 mg/kg sur le produit fini. Vérifiez toujours les étiquettes de vos produits.

Ce que le linge retient, et ce qu’il laisse passer

Un yaourt est un gel : la caséine du lait, acidifiée par les ferments jusqu’à un pH voisin de 4,6, a perdu sa charge électrique et s’est rassemblée en un réseau continu qui emprisonne l’eau. Ce réseau est trop grand pour traverser une trame de coton, et il reste dans le linge avec la matière grasse qu’il emprisonne.

Passe au travers, en revanche, tout ce qui est en solution : l’eau, le lactose dissous dedans, les sels minéraux, et les protéines solubles du lactosérum, qui ne font pas partie du réseau. C’est pourquoi l’égouttage concentre la caséine sans concentrer le sucre : le premier est retenu par sa taille, le second part avec son solvant. La page filtration détaille la loi qui gouverne ce débit, et la page centrifugation la méthode qu’emploie l’industrie pour faire la même séparation en quelques secondes.

Le calcul du sérum, en quatre lignes

Le kilo de départ apporte 46,3 g de sucres — du lactose — et 41,6 g de protéines. Le sérum recueilli pèse 500 g et emporte avec lui environ la moitié de la phase liquide, donc à peu près 23 g de lactose. Il reste 23 g dans les 500 g de yaourt épais, soit encore autour de 4,6 g aux 100 g : la même teneur qu’au départ.

Ce qui change, c’est le rapport entre matière sèche et eau. La caséine, elle, est restée entière : aux 100 g, les protéines du produit égoutté montent nettement, de l’ordre de 4 g à 6 ou 7 g selon la durée d’égouttage. La passoire est un concentrateur de protéines, pas un retireur de sucres.

Préparation

  1. Tapisser une passoire fine d’un linge de coton à trame serrée, d’une étamine double ou d’un filtre à café en tissu, et la poser sur un saladier. Le fond de la passoire doit rester à 4 ou 5 cm au-dessus du fond du saladier : si le sérum touche le yaourt, l’égouttage s’arrête de lui-même.
  2. Verser les 1 000 g de yaourt dans le linge, sans le lisser ni le tasser. Rabattre les pans du linge par-dessus et couvrir le saladier d’une assiette.
  3. Réfrigérer 12 heures. Le gros du sérum tombe dans les quatre premières heures ; le reste s’écoule beaucoup plus lentement, à mesure que la couche de caséine se resserre et freine le passage.
  4. Peser le sérum recueilli avant de le retirer : c’est la seule mesure qui dit où l’on en est. Pour 1 000 g de yaourt, 480 à 520 g de sérum donnent la consistance d’un yaourt à la grecque. En dessous de 400 g, prolonger de deux ou trois heures ; au-delà de 600 g, on s’approche d’un fromage frais à tartiner.
  5. Rassembler le yaourt égoutté dans un bol et le lisser à la spatule, sans fouetter : un fouet casse le réseau de caséine et rend le yaourt coulant, ce qu’aucun égouttage supplémentaire ne rattrape.
  6. Éplucher les poires, les épépiner, les couper en dés de 1 cm et les arroser du jus de citron.
  7. Dresser en répartissant le yaourt dans quatre coupes et les poires par-dessus. Ajouter la vanille ou le zeste si on en met.

Le petit plus

Ne pas presser. La tentation est forte d’accélérer en tordant le linge ou en posant un poids : cela fait bien sortir du sérum, mais cela force aussi des fines particules de caséine à travers la trame, et le yaourt devient granuleux au lieu d’être lisse. La durée est le seul réglage qui donne une texture propre.

La trame compte plus que la marque du yaourt. Une étamine à grosses mailles laisse filer du caillé et donne un sérum trouble, blanchâtre ; un linge serré rend un sérum jaune-vert translucide, signe que la caséine est restée où il faut. Un torchon de cuisine lavé sans adoucissant fait très bien l’affaire.

Le sérum ne se jette pas forcément — mais il faut savoir ce qu’on fait en le gardant. Il contient les 23 g de lactose et les protéines solubles ; il remplace avantageusement l’eau ou le lait dans une pâte à crêpes, une pâte à pain, un smoothie ou une soupe froide. Simplement, si on le boit, on reprend le sucre qu’on venait de mettre de côté : l’écart chiffré plus haut suppose qu’il quitte le dessert.

L’erreur de dosage classique est de compter les 1 000 g comme la recette. Ce dessert se calcule sur ce qui reste : 500 g de yaourt épais pour quatre, c’est 125 g par personne, à quoi s’ajoutent les poires. Qui veut quatre grosses portions part de 1,4 kg de yaourt.

Ce que valent vraiment les chiffres

Les valeurs ci-dessous sont calculées à partir des données de composition de l’ANSES et des quantités de la recette, puis rapportées à la masse du plat fini. Il n’y a ici aucune évaporation : rien n’a cuit, et le sérum retiré est compté au prorata — c’est-à-dire que la composition enregistrée est celle de la part du yaourt qui reste dans la coupe, soit 500 g, et non celle du kilo de départ.

Déclaration nutritionnelle

 Pour 100 gPar part (215 g)Total pour 4 parts
Énergie46 kcal99 kcal397 kcal
Matières grasses0,2 g0,4 g1,5 g
  dont acides gras saturés0,1 g0,2 g1,0 g
Glucides7,9 g17 g68 g
  dont sucres6,7 g14 g58 g
  dont polyols0,8 g1,8 g7,1 g
Fibres alimentaires1,2 g2,6 g10 g
Protéines2,6 g5,5 g22 g
Sel0,07 g0,14 g0,57 g

Si vous changez le nombre de parts ci-dessus, seule la dernière colonne bouge — et c’est normal : doubler la recette double le gâteau, pas la part. Les deux premières colonnes décrivent le gâteau lui-même, elles ne dépendent pas du nombre de convives.

Valeurs calculées à partir des ingrédients, pour 4 parts : 860 g de préparation crue, 0 g d’eau évaporée à la cuisson, soit 860 g dans le plat. La cuisson n’enlève que de l’eau : les nutriments, eux, sont tous là. Ces valeurs ne remplacent pas une analyse en laboratoire et varient selon les marques employées.

Source des compositions : Table de composition nutritionnelle Ciqual 2025, ANSES, version 2025-11-03, sous Licence Ouverte / Open Licence (Etalab).

Nutri-Score calculé

Le détail du calcul. Points négatifs : énergie 0, sucres 1, acides gras saturés 0, sel 0 — soit 1. Points positifs : protéines 1, fibres 0, fruits et légumes 1 (41 % de la recette) — soit 2. Score : -1, ce qui donne un A.

Une réserve importante, et elle joue en notre faveur. Le Nutri-Score ne compte pas les polyols dans les sucres : il lit la ligne « sucres » de la déclaration nutritionnelle, dont le xylitol est exclu. Cette recette en contient 0,8 g pour 100 g, qui n’entrent nulle part dans le calcul ci-dessus, sinon par leur apport énergétique. Sa note est donc meilleure que celle de la même recette au sucre, pour une raison qui ne dit rien de sa tolérance digestive. Nous préférons l’écrire que de laisser la lettre parler seule.

Calcul effectué par nos soins selon l’algorithme révisé de 2023, à partir des valeurs du tableau ci-dessus. Ce n’est pas le logo officiel — le Nutri-Score est une marque déposée de Santé publique France, dont l’apposition est encadrée par un règlement d’usage et destinée aux produits préemballés. Il s’agit ici d’un repère indicatif sur une recette de cuisine, non d’un étiquetage.

IndicateurRésultatÉtat
Score unique EF (Agribalyse)0,132 mPt/kgcalculé sur 100 % de la recette
Émissions de gaz à effet de serre0,27 kg CO₂ eq par partcalculé sur 100 % de la recette
Bonus et malus du Green-Score — production, saison, origine, emballage—en attente
Planet-Score — climat—en attente
Planet-Score — santé environnementale (pesticides)—clos sans objet — référentiel non public
Planet-Score — biodiversité—en attente
Planet-Score — bien-être animal—sans objet — moins de 5 % d’ingrédients animaux, ou aucun

Green-Score calculé — 70 / 100 · couverture 100 % · hors bonus et malus

A+ABCDEF

Calcul indicatif à partir de la base AGRIBALYSE® de l’ADEME. Ce n’est pas le logo du Green-Score, et le calcul n’intègre ni les bonus de label, ni l’origine, ni l’emballage. La méthode est exposée ici.

2 lignes renseignées sur 7. Ce tableau n’est pas un affichage officiel et n’a pas vocation à en devenir un : aucun affichage environnemental alimentaire n’est officiel en France, la méthode prévue par la loi Climat et Résilience n’étant pas arrêtée pour l’alimentaire. La lettre ci-dessus est un calcul indicatif, publié avec ses hypothèses : une lettre se recopie sans elles, un tableau d’avancement, non.

Ce score ne dit pas la même chose que le Nutri-Score. Le Nutri-Score porte sur ce que la recette apporte à qui la mange ; celui-ci, sur ce qu’elle coûte à produire. Les deux divergent souvent, et c’est normal : un légume importé hors saison est bon à manger et cher à produire, un dessert au beurre l’inverse. Une recette peut donc être classée A d’un côté et E de l’autre sans qu’aucun des deux calculs soit faux.

Ce qui pèse le plus dans ce résultat : Yaourt, lait fermenté ou spécialité laitière, nature, 0% MG 84 %, Poire, pulpe et peau, crue 15 % du score.

Qualité de la donnée : DQR 1,8 sur 5, qualité bonne — moyenne des ingrédients, pondérée par leur masse. Un DQR de 1 désigne une donnée très bien documentée, 5 une donnée très incertaine : le nombre de décimales affichées plus haut s’aligne sur cette note, il ne la dépasse jamais.

Source : ADEME et INRAE, AGRIBALYSE® v3.2 — Licence Ouverte 2.0. Données réutilisées sous Licence Ouverte 2.0. Les impacts sont ceux des ingrédients pris séparément : ni la cuisson, ni l’emballage, ni le transport jusqu’à votre cuisine n’entrent dans ce calcul.

Le même yaourt égoutté, sucré au miel

Le tableau ci-dessus compare au dessert classique dans son ensemble — laitage entier et miel. Pour isoler le seul geste de sucrer, voici la même recette, au même yaourt égoutté, avec les 60 g de miel de la version courante. Les deux lignes ne diffèrent que par là.

Pour 215 gSans sucres ajoutésAvec 60 g de miel
Énergie99 kcal139 kcal
Sucres14,4 g24,8 g
Protéines5,5 g5,3 g
Acides gras saturés0,25 g0,23 g
Nutri-ScoreAB

Quinze grammes de miel par personne apportent 40 kcal et 10,4 g de sucres, et font passer la lettre de A à B. Ce qui mérite d’être dit dans l’autre sens : le miel fait exactement ce qu’on lui demande — il sucre, et il sucre fort, 81 g de sucres aux 100 g — et c’est bien pour cela qu’une petite quantité suffit à changer le compte. La page des questions fréquentes sur le miel détaille sa composition.

Le Nutri-Score, point par point

Avec 195 kJ, 6,69 g de sucres, 0,11 g d’acides gras saturés et 0,066 g de sel aux 100 g, la recette prend 1 point défavorable — un seul, sur les sucres. Du côté favorable, 2,57 g de protéines valent 1 point et 41,9 % de fruits valent 1 point, les fibres restant à 1,20 g aux 100 g, sous le seuil de 3 g. Le solde est de − 1, c’est-à-dire un Nutri-Score A, la lettre A s’arrêtant à 0 inclus dans l’algorithme révisé de 2023.

La référence classique, elle, additionne 1 point d’énergie, 3 points de sucres et 2 points d’acides gras saturés sans aucun point favorable — ses 39,1 % de fruits passant juste sous le seuil de 40 % — soit un score de 6 et un C. Les polyols, eux, ne sont comptés dans aucun des deux cas : l’algorithme ne les range pas avec les sucres, ce qui ne dit rien de leur tolérance digestive. Il y en a 1,8 g par portion, apportés par la poire, qui en porte 2 g aux 100 g — très loin des seuils où la question se pose.

Pour gagner une lettre de Nutri-Score

Il n’y a pas de lettre à gagner : la recette est déjà en A, à un score de − 1, soit un point avant le B. Voici donc ce qui la ferait descendre, et ce qui lui donne de la marge — chaque levier recalculé en entier, parce qu’ils se compensent souvent.

  • 40 g de miel sur l’ensemble du plat, soit 10 g par personne, suffisent à passer en B — et par un chemin qu’on ne devine pas. Les sucres montent à 10,0 g aux 100 g, ce qui coûte un second point ; mais surtout, les 40 g ajoutés font tomber la part de fruits de 41,9 % à exactement 40,0 %, sous le seuil, ce qui coûte le point des fruits. En dessous de 39 g, la lettre tient encore.
  • Plus de 420 g de poires au lieu de 350 font aussi passer en B, et c’est le levier le plus contre-intuitif de la page : les sucres franchissent 6,8 g aux 100 g et, dans le même mouvement, les protéines du plat se diluent sous 2,4 g aux 100 g et perdent leur point. Plus de fruit, moins bonne lettre.
  • Le yaourt à la grecque entier à la place du 0 % égoutté donne la lettre de la référence, C, et l’écart se joue presque entièrement sur les acides gras saturés : 2,89 g aux 100 g au lieu de 0,11, soit 2 points.
  • La marge, et où elle est mince. Elle tient à deux seuils voisins : la part de fruits, à 41,9 % pour un seuil à 40 %, ce qui interdit de descendre sous 325 g de poires environ ; et les sucres, à 6,69 g aux 100 g pour un seuil à 6,8, soit 0,11 g de marge — un gramme de miel, ou trente grammes de poire de plus. Entre 325 et 380 g de poires, le score reste à − 1.
  • Le point des fibres est hors d’atteinte, et cela se démontre en une ligne : il demande 3 g aux 100 g, et la poire elle-même n’en porte que 2,9. Aucune quantité de poire, même en remplaçant tout le yaourt, ne peut porter le plat à ce seuil. Il faudrait un autre fruit ou des fruits à coque, qui apporteraient de l’énergie et des sucres ailleurs.

Les mentions que les chiffres autorisent, et celles qu’ils refusent

Les mentions nutritionnelles sont définies par l’annexe du règlement (CE) n° 1924/2006 : elles ne se rédigent pas, elles se vérifient sur les valeurs obtenues.

Recevables sur la recette seule :

  • « Riche en protéines » — les protéines fournissent 22,3 % de l’énergie du plat, pour un seuil de 20 %.
  • « Faible teneur en matières grasses » — 0,2 g aux 100 g, pour un seuil de 3 g.
  • « Faible teneur en acides gras saturés » — 0,1 g aux 100 g et 2,2 % de l’énergie, pour des seuils de 1,5 g et 10 %.
  • « Faible teneur en sodium » — 0,07 g de sel aux 100 g, pour un seuil de 0,12 g.
  • « Sans sucres ajoutés », à faire suivre de « contient des sucres naturellement présents » comme le règlement l’exige : les 57,5 g de sucres du plat viennent du lactose du yaourt et du fructose de la poire, comme ceux de la compote de pommes sans sucres ajoutés viennent du fruit seul.

Les deux mentions sur les matières grasses appellent une réserve que ce site préfère écrire que taire : l’article 7, § 1, c) du règlement (UE) n° 1169/2011 interdit de souligner l’absence d’un nutriment que toutes les denrées comparables n’ont pas davantage. Or tous les yaourts 0 % sont dans ce cas. Les mentions sont donc exactes et inutilisables comme argument, et elles ne figurent ni dans le titre ni dans la description de cette page.

Recevables seulement face à une référence nommée — ici le yaourt à la grecque entier sucré au miel décrit plus haut, les mentions comparatives exigeant 30 % d’écart et une référence explicite :

  • « Valeur énergétique réduite » — 54 % d’écart.
  • « Réduit en sucres » — 38 % d’écart, l’énergie n’étant pas supérieure par ailleurs, ce que la mention exige aussi.
  • « Réduit en matières grasses » — 96 % d’écart.

Refusées :

  • « Sans sucres » — il en faudrait au plus 0,5 g aux 100 g, la recette en porte 6,7.
  • « Faible teneur en sucres » — seuil de 5 g aux 100 g, non atteint.
  • « Faible valeur énergétique » — seuil de 40 kcal aux 100 g, la recette est à 46.
  • « Source de fibres » — il en faudrait 3 g aux 100 g, la recette en porte 1,2.
  • « Très faible teneur en sodium » — seuil de 0,04 g de sel aux 100 g, la recette est à 0,066.
  • Les deux allégations de santé du règlement (UE) n° 432/2012 relatives aux succédanés du sucre — celle sur la réponse glycémique et celle sur la minéralisation dentaire — supposent qu’un succédané du sucre remplace des sucres dans la préparation. Cette recette n’en emploie aucun : les deux sont donc hors sujet ici, et aucune formulation voisine ne peut les remplacer.

Variantes

  • Plus ferme, à la cuillère plantée. Dix-huit à vingt heures d’égouttage ramènent le kilo à 350 ou 400 g : on obtient une matière proche d’un fromage frais, qui se tartine. Les protéines aux 100 g montent encore, les sucres suivent la même pente à la baisse que l’eau.
  • Au yaourt entier. Le même procédé sur un yaourt nature entier donne une texture plus riche en bouche ; la matière grasse reste intégralement dans le linge, et les acides gras saturés du plat passent d’environ 0,1 à 1 g aux 100 g, ce qui déplace la lettre.
  • Autres fruits, selon le mois. Pomme et kiwi en hiver, abricot et pêche en été, fruits rouges au printemps. Un fruit plus sucré que la poire rapproche du seuil des sucres : voir l’encadré vert.
  • Salé. Le même yaourt égoutté, additionné d’herbes, de citron et d’une pointe de sel, remplace une crème fraîche dans une sauce froide — et le fait sans matière grasse ni crème.
  • En dessert monté. Il tient très bien dans un appareil froid non cuit, comme le cheesecake sans cuisson à l’érythritol, où il apporte de la tenue sans crème.

Substitutions

  • Yaourt brassé 0 % à la place du yaourt ferme — même quantité. Il rend son sérum plus lentement, le réseau de caséine ayant déjà été rompu au brassage : compter deux à quatre heures de plus pour le même rendement.
  • Fromage blanc 0 % à la place du yaourt — même quantité. Il est déjà partiellement égoutté : il rend beaucoup moins de sérum, de l’ordre de 200 à 250 g pour un kilo, et le résultat est moins acide.
  • Yaourt à la grecque 0 % du commerce, sans égoutter — 500 g directement. C’est le raccourci honnête, et il donne une matière du même ordre. Les valeurs d’étiquetage de ces produits annoncent souvent 10 g de protéines aux 100 g, davantage qu’un égouttage domestique de douze heures : leur base de lait est concentrée autrement que par une passoire.
  • Jus de citron vert à la place du jus de citron — même quantité, même rôle.
  • Ce qui ne marche pas : épaissir un yaourt nature à la fécule ou à la gélatine pour s’épargner l’attente. On obtient un gel, pas un yaourt concentré : la caséine n’est pas plus présente, les protéines aux 100 g ne montent pas, et les sucres restent exactement là où ils étaient.

Conservation, avance et congélation

  • Le yaourt égoutté se garde 4 jours au réfrigérateur, dans un contenant fermé. Il continue de rendre un peu de sérum : on le verse avant de servir, ou on le remue dedans.
  • À préparer la veille, c’est même la seule façon de faire : les douze heures ne se raccourcissent pas.
  • Les poires se coupent au dernier moment. Citronnées, elles tiennent deux heures sans brunir ; au-delà, elles rendent de l’eau qui délaie le yaourt.
  • La congélation n’est pas indiquée pour le yaourt égoutté seul : au dégel, le réseau de caséine se rétracte et rend son eau d’un coup — le résultat est granuleux et séparé. En revanche il se congèle très bien battu avec les fruits, à la façon d’un yaourt glacé.
  • Le sérum se garde 3 jours au réfrigérateur, ou se congèle en bacs à glaçons.

Le matériel

  • Une passoire fine et un saladier plus haut qu’elle, pour que le sérum ne remonte pas au contact du yaourt.
  • Un linge de coton à trame serrée : étamine double, filtre à café en tissu, ou torchon lavé sans adoucissant. À défaut, deux épaisseurs de gaze.
  • Une balance de cuisine, et ce n’est pas un détail : c’est la pesée du sérum, et non l’horloge, qui dit où en est l’égouttage.
  • Facultatif : un égouttoir à fromage frais (faisselle perforée), qui dispense du linge.

Questions fréquentes

Le yaourt à la grecque maison est-il moins sucré que le yaourt nature ?

Aux 100 g, presque pas. Le sérum emporte environ la moitié du lactose, mais il emporte aussi la moitié de l’eau : le rapport entre les deux ne change guère, et la teneur en sucres reste autour de 4,6 g aux 100 g. Ce qui change, c’est la quantité totale dans le pot — 23 g de lactose au lieu de 46 — pour une masse elle aussi divisée par deux.

En bref : un bol de yaourt égoutté porte à peu près autant de sucres qu’un bol de yaourt nature de même poids.

Combien de sérum doit-on recueillir pour 1 kg de yaourt ?

Entre 480 et 520 g en douze heures au réfrigérateur, pour une consistance de yaourt à la grecque. Le débit n’est pas régulier : la majeure partie tombe dans les quatre premières heures, puis la couche de caséine se resserre et freine le passage — c’est le colmatage que décrit la page sur la filtration.

En bref : environ 500 g de sérum pour 1 kg de yaourt, soit un rendement de moitié.

Que faire du sérum d’un yaourt égoutté ?

Il remplace l’eau ou le lait dans une pâte à crêpes, une pâte à pain, un smoothie, un potage froid, ou sert de liquide de pochage. Il contient les protéines solubles du lait et le lactose, ce qui le rend légèrement sucré et acide.

En bref : le sérum est utilisable tel quel, mais le boire revient à reprendre les 23 g de sucres qu’on venait d’écarter du dessert.

Peut-on sucrer un yaourt égoutté sans changer son Nutri-Score ?

Avec cette composition, oui, jusqu’à une trentaine de grammes de miel pour l’ensemble du plat : la lettre A tient jusqu’à 39 g et bascule à 40. Un sucrant sans masse ni énergie — un extrait de stévia, par exemple — ne déplace ni la ligne des sucres ni celle de l’énergie, et laisse donc la lettre où elle est ; il ne remplace en revanche aucun volume, ce qui n’a pas d’importance ici puisqu’on ne cherche pas à épaissir.

En bref : jusqu’à 39 g de miel sur les quatre parts, la lettre A tient ; à 40 g, elle passe en B.

Faut-il un yaourt 0 % ou un yaourt entier pour un yaourt à la grecque maison ?

Les deux fonctionnent, et ils ne font pas la même chose. Le 0 % donne une matière franche, un peu acide, très dense en protéines, et laisse les acides gras saturés du plat à 0,11 g aux 100 g. L’entier donne une texture plus enveloppante en bouche, parce que la matière grasse reste entièrement dans le linge, et porte les acides gras saturés autour de 1 g aux 100 g.

En bref : le 0 % réussit la densité en protéines, l’entier réussit la texture en bouche ; le choix se fait sur ce qu’on veut du dessert.

Combien de temps faut-il égoutter pour un yaourt à la grecque maison ?

Douze heures au réfrigérateur pour la consistance d’un yaourt à la grecque, dix-huit à vingt pour quelque chose qui se tartine. Les durées courtes — quatre à six heures — donnent un yaourt simplement plus épais, encore souple à la cuillère.

En bref : 12 h pour un yaourt à la grecque, 18 à 20 h pour un fromage frais.

Les valeurs nutritionnelles de cette page sont calculées à partir des données de composition de l’ANSES et des quantités indiquées ; elles ne sont pas mesurées en laboratoire, et varient avec la maturité des poires et la marque du yaourt. Le sérum retiré est compté au prorata, c’est-à-dire que la composition enregistrée est celle des 500 g de yaourt qui restent dans la coupe : ce choix laisse les sucres légèrement majorés et les protéines minorées, puisque le sérum emporte du lactose et des protéines solubles mais pas la caséine, que l’égouttage concentre. Le Nutri-Score A publié ici découle donc de la plus prudente des deux lectures. La poire est comptée sur la ligne « chair et peau » de la table, alors que la recette l’épluche, ce qui majore légèrement les fibres. Les ferments lactiques, la vanille et le zeste facultatifs ne sont pas comptés : leurs quantités sont négligeables. Les rendements d’égouttage donnés — 480 à 520 g de sérum pour 1 kg — sont des ordres de grandeur de pratique domestique, et non des mesures faites pour cette page.

Une question sur l’égouttage, le choix du linge ou les chiffres de cette page ? Les commentaires sont ouverts, et chaque réponse sert aux lecteurs suivants.

À servir avec, ou à essayer ensuite

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Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.