Smoothie vert pomme-kiwi au sirop de yacon : ses fibres se voient sur l’étiquette, pas dans le verre

Aller à la recetteLes ingrédients, puis les étapes. Ce qu’il faut savoir avant de doser est juste au-dessus de la liste.

Un sirop de yacon se verse comme du miel épais, et plus difficilement encore quand il sort du réfrigérateur. De là vient une idée tenace : puisqu’il est visqueux, il devrait donner du corps à un smoothie, et remplacer la banane dont on cherche à se passer. C’est l’inverse qui se produit, et la raison est arithmétique plus que chimique.

Ce qui rend ce sirop épais, c’est qu’il contient environ 70 g de matière sèche pour 100 g, dont 45 g de fructo-oligosaccharides — des chaînes de trois à dix unités de fructose. Dans le verre, ces 18 g de sirop se retrouvent dans 456 g de boisson : la concentration tombe de 45 g à 1,8 g pour 100 g, vingt-cinq fois moins. À cette dilution, des chaînes aussi courtes ne font pratiquement rien à la viscosité. Il faudrait des chaînes longues, de type inuline, et des concentrations de l’ordre de 15 g pour 100 g, pour obtenir un gel — sept à huit fois ce que contient ce verre, avec une molécule qui n’est pas celle-ci.

Ce qui tient un smoothie debout, c’est la pulpe : la fraction de matière qui ne se dissout pas et qui occupe du volume. Et c’est précisément ce que la banane apportait — 6,8 g pour 100 g entre ses fibres et son amidon, contre 4,5 g au kiwi et 2,4 g à la pomme. Un smoothie sans banane se tient donc autrement : par la finesse du mixage, par l’absence de jus d’allongement, et en étant bu tout de suite.

Le smoothie qui suit tient en 180 g de pomme non pelée, 120 g de kiwi, de la menthe, du jus de citron vert et 18 g de sirop de yacon, pour deux verres de 228 g. Il revient à 106 kcal et 17,0 g de sucres le verre, dont 15,2 g — 89 % — viennent des fruits et non du sucrant. Et il affiche 3,07 g de fibres pour 100 ml, de quoi écrire « source de fibres », alors que 1,29 g seulement sont de la pulpe : le reste est dissous, et c’est toute l’histoire de cette page.

Boisson · cuisine françaiseLecture 23 min

Préparation
10 min
Pour
2 verres de 228 g, soit environ 45 cl
Difficulté
très facile
Coût
moyen
Saison
De novembre à avril

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Face au smoothie vert classique

La référence est le smoothie maison des proportions ordinaires, celui des recettes courantes et des pichets de brunch : une banane de 150 g, 120 g de pomme, 20 g de miel — une cuillerée à soupe — et de l’eau pour allonger. La banane y est à la fois le sucrant principal et l’agent de texture, et le miel vient par-dessus. Les deux versions sont comparées à masse égale, 456 g pour deux verres de 228 g, l’eau ajustée de part et d’autre : sans cela, l’écart porterait sur la taille du verre autant que sur la recette.

Par verre de 228 gCette recetteSmoothie classiqueÉcart
Sucres17,0 g26,2 g− 35 %
Énergie106 kcal131 kcal− 19 %
Fibres7,0 g2,9 g
Polyols0,3 g0,4 g
Nutri-Score (grille des boissons)C, 4 pointsE, 13 points

Les 25 kcal d’écart par verre se partagent en deux parts inégales : 16 viennent du sucrant, 9 du fruit. Le calcul se fait en ne changeant qu’une chose à la fois — le même smoothie banane-pomme, mais sucré au sirop de yacon au lieu du miel, tombe à 115 kcal le verre ; le reste du chemin est fait par le remplacement de la banane par la pomme et le kiwi. Sur les sucres, le partage est encore plus net : 6,3 g des 9,2 g d’écart sont ceux du miel qui n’est pas là, 2,9 g ceux de la banane. C’est l’opposé de ce que montre le saumon laqué au sirop d’agave, où le choix du sucrant ne déplaçait presque rien : ici le pot de miel qu’on ne vide pas compte pour les deux tiers de l’écart, parce qu’une boisson de fruits n’a rien d’autre à alléger.

Ingrédients

Pour 2 verres de 228 g, soit environ 45 cl.

  • 180 g de pomme non pelée, cœur retiré — une grosse pomme, variété ferme et acidulée
  • 120 g de chair de kiwi, soit deux kiwis mûrs mais encore fermes
  • 6 g de feuilles de menthe fraîche, une bonne poignée, tiges retirées
  • 12 g de jus de citron vert, soit un demi-citron vert
  • 18 g de sirop de yacon, une cuillerée à café bien pleine — voir l’encadré sur la dose
  • 120 g d’eau très froide, ou 80 g d’eau et 40 g de glaçons

Aucun des quatorze allergènes de l’annexe II du règlement (UE) n° 1169/2011 n’est apporté par les ingrédients de cette recette.

Ces mentions sont déduites de la liste d’ingrédients de cette recette, non d’une analyse. Elles disent ce que la recette apporte, pas ce que votre plat contiendra : en cuisine domestique, la contamination croisée ne peut pas être exclue, et la mention réglementée « sans gluten » suppose une teneur contrôlée inférieure à 20 mg/kg sur le produit fini. Vérifiez toujours les étiquettes de vos produits.

Pourquoi un sirop épais n’épaissit pas une boisson. La viscosité d’un sirop ne lui appartient pas : elle appartient à sa concentration. À 70 °Brix, les molécules se gênent les unes les autres et le liquide coule mal ; c’est aussi pourquoi un sirop de yacon sorti du froid devient difficile à verser. Diluez-le vingt-cinq fois et il ne reste rien de cet effet, parce qu’il ne venait pas de la molécule mais de l’encombrement.

Deux familles de fibres solubles se comportent ici de façon opposée, et la page du site sur les fibres alimentaires les range côte à côte. Les pectines du fruit gélifient en milieu sucré et acide, à des doses faibles : c’est ce qui fait tenir une gelée. Les fructo-oligosaccharides du yacon, eux, sont très solubles et très courts — trois à dix unités —, et leur pouvoir épaississant est faible : ils passent en solution sans construire de réseau. L’inuline de chicorée, bâtie sur le même motif mais avec vingt à soixante unités, forme bien un gel, et il faut encore pour cela des concentrations qu’un verre de fruits n’atteint jamais.

Ce qui tient réellement le verre, et ce que la banane faisait. Un smoothie est une suspension : des fragments de paroi végétale et, dans le cas de la banane, des grains d’amidon, dispersés dans un jus sucré. Sa tenue est celle d’un empilement de particules, et elle se mesure au compte de matière non dissoute. Par 100 g de fruit : banane 6,8 g — 2,7 g de fibres et 4,1 g d’amidon —, kiwi 4,5 g, pomme 2,4 g. Dans le verre fini, cela donne 2,53 g pour 100 ml à cette recette contre 2,91 g au smoothie à la banane : 48 g de fruit en plus ne suffisent pas à rattraper une banane, et il faut le savoir avant de reprocher à la recette d’être moins épaisse.

Le levier qui reste est la taille des particules, et il est puissant parce qu’il agit au carré. La vitesse à laquelle une particule tombe dans le jus varie comme le carré de son diamètre. En prenant des fragments de 300 µm, un écart de densité de 50 kg·m−3 et un jus à 20 mPa·s, on obtient environ 7 mm par minute, soit un verre de 12 cm séparé en un quart d’heure ; des fragments deux fois plus fins mettent une heure. Ce sont des ordres de grandeur, calculés et non mesurés, mais le rapport de un à quatre, lui, ne dépend d’aucune de ces hypothèses.

D’où les trois gestes de la recette : mixer longtemps plutôt que fort, ne pas allonger au jus de fruit — qui apporte des sucres et aucune pulpe —, et servir aussitôt. Le froid aide un peu, la viscosité du jus augmentant de moitié entre 20 et 4 °C.

La dose de sirop est bornée par ses fibres, pas par le goût. Le sirop de yacon sucre 0,5 à 0,6 fois le sucre : ces 18 g valent la douceur d’environ 10 g de sucre pour deux verres, soit une cuillerée à café par verre. C’est peu, et c’est voulu — les fruits apportent déjà 15,2 g de sucres par verre.

En doubler la dose pour obtenir une boisson franchement sucrée porterait les fructo-oligosaccharides de 4,1 à 8,1 g par verre. Ce sont des fibres fermentescibles : elles arrivent intactes dans le côlon, où elles fermentent, et leurs effets s’additionnent à ceux des polyols pris dans le même repas. Le seuil varie beaucoup d’une personne à l’autre, et la page du site sur la tolérance donne les repères. Si la boisson paraît fade, le réglage utile est ailleurs : un kiwi plus mûr, moins d’eau, ou une pomme plus sucrée.

Préparation

  1. Dissoudre le sirop dans le jus de citron vert et deux cuillerées à soupe d’eau tempérée, en remuant une vingtaine de secondes. Un sirop froid versé dans un liquide glacé descend au fond du bol en filaments et s’y mélange mal.
  2. Laver la pomme et la couper en dés sans la peler : la peau porte une partie des fibres, et c’est elle qui donne au verre sa teinte verte avec le kiwi. Retirer le cœur et les pépins.
  3. Peler les kiwis et peser 120 g de chair, en morceaux. Un kiwi trop mûr apporte plus de sucres et une pulpe plus molle, qui se sépare plus vite.
  4. Mixer la pomme, le kiwi, la menthe et la moitié de l’eau à pleine vitesse pendant une minute au moins, en poussant jusqu’à ne plus sentir aucun grain sous la langue. C’est la seule étape qui décide de la tenue : trente secondes de plus valent mieux qu’un ingrédient en plus.
  5. Ajouter le reste de l’eau et la solution sucrante, puis mixer dix secondes pour homogénéiser. Inutile d’insister : à ce stade le travail est fait.
  6. Goûter dans un verre, à la température de service, et compléter la solution sucrante par petites fractions. Le froid affaiblit la perception du sucré bien plus que celle de l’acide : un smoothie goûté tiède paraît toujours plus sucré qu’il ne le sera.
  7. Servir aussitôt, sans glaçon dans le verre — ils fondraient et dilueraient la pulpe. Si le pichet attend, remuer avant de verser.

Le petit plus

  • Le vert vient du kiwi et de la peau de la pomme, et il ne tient pas longtemps. Deux réactions courent en sens inverse : la pomme coupée brunit sous l’action de ses polyphénoloxydases, que l’acide du citron vert ralentit, et la chlorophylle du kiwi vire à l’olive en milieu acide. Les 12 g de jus suffisent au premier travail sans trop coûter au second — mais aucun dosage ne garde un smoothie vert une heure.
  • L’erreur fréquente : allonger au jus de pomme. Deux cents grammes de jus apportent une vingtaine de grammes de sucres et pas un gramme de pulpe. L’eau fait le même volume, et le fruit entier fait le reste.
  • Congeler une partie du fruit plutôt qu’ajouter des glaçons. Soixante grammes de dés de pomme congelés remplacent 60 g d’eau : la boisson sort froide et épaisse, l’épaisseur venant cette fois de la glace, pas d’un ingrédient. Le sorbet kiwi-poire au xylitol détaille ce que la glace fait à une purée de fruits.
  • La menthe se mixe, elle ne s’infuse pas. Six grammes de feuilles passées au blender donnent un parfum franc ; les mêmes feuilles laissées à macérer dans la boisson lui donnent surtout de l’amertume au bout de dix minutes.

Ce que valent vraiment les chiffres

Le tableau ci-dessous est calculé ingrédient par ingrédient à partir des données de composition des aliments de l’ANSES, sur 456 g de matières premières : rien ne cuit, rien ne s’évapore, et la masse finale est exactement la somme des ingrédients. Les valeurs pour 100 ml sont donc celles de ce que contient le verre.

Déclaration nutritionnelle

 Pour 100 gPar part (228 g)Total pour 2 parts
Énergie46 kcal106 kcal212 kcal
Matières grasses0,3 g0,6 g1,3 g
  dont acides gras saturés0,1 g0,1 g0,3 g
Glucides8,7 g20 g40 g
  dont sucres7,4 g17 g34 g
  dont polyols0,1 g0,3 g0,6 g
Fibres alimentaires3,1 g7,0 g14 g
Protéines0,4 g0,9 g1,9 g
Sel0,01 g0,02 g0,04 g

Si vous changez le nombre de parts ci-dessus, seule la dernière colonne bouge — et c’est normal : doubler la recette double le gâteau, pas la part. Les deux premières colonnes décrivent le gâteau lui-même, elles ne dépendent pas du nombre de convives.

Valeurs calculées à partir des ingrédients, pour 2 parts : 456 g de préparation crue, 0 g d’eau évaporée à la cuisson, soit 456 g dans le plat. La cuisson n’enlève que de l’eau : les nutriments, eux, sont tous là. Ces valeurs ne remplacent pas une analyse en laboratoire et varient selon les marques employées.

Ingrédients absents de la table de l’ANSES — leurs valeurs viennent d’ailleurs, et nous le signalons plutôt que de le taire :

  • Sirop de yacon — Le sirop de yacon ne figure pas dans la table de l’ANSES. Valeurs établies à partir des analyses publiées (Genta et al., Clinical Nutrition, 2009 ; Ojansivu et al., Trends in Food Science & Technology, 2011) et des déclarations des fabricants européens, recoupées : environ 70 g de glucides totaux pour 100 g, dont 45 g de fructo-oligosaccharides. Ces derniers sont comptés comme fibres au sens du règlement (UE) n° 1169/2011, à 2 kcal/g, et l'énergie est recalculée avec les coefficients de son annexe XIV. La teneur en FOS varie fortement selon l'origine et la concentration du sirop : ces valeurs sont un ordre de grandeur, pas une déclaration de produit.
  • Eau — Eau du robinet ou embouteillée : aucun apport énergétique. Comptée pour sa masse seulement, ce qui dilue les valeurs pour 100 g — indispensable dès qu'une recette est une boisson ou un sirop.

Source des compositions : Table de composition nutritionnelle Ciqual 2025, ANSES, version 2025-11-03, sous Licence Ouverte / Open Licence (Etalab).

Nutri-Score calculé

Le détail du calcul. Points négatifs : énergie 0, sucres 2, acides gras saturés 0, sel 0 — soit 2. Points positifs : protéines 0, fibres 1, fruits et légumes 2 (66 % de la recette) — soit 3. Score : -1, ce qui donne un A.

Une réserve importante, et elle joue en notre faveur. Le Nutri-Score ne compte pas les polyols dans les sucres : il lit la ligne « sucres » de la déclaration nutritionnelle, dont le xylitol est exclu. Cette recette en contient 0,1 g pour 100 g, qui n’entrent nulle part dans le calcul ci-dessus, sinon par leur apport énergétique. Sa note est donc meilleure que celle de la même recette au sucre, pour une raison qui ne dit rien de sa tolérance digestive. Nous préférons l’écrire que de laisser la lettre parler seule.

Calcul effectué par nos soins selon l’algorithme révisé de 2023, à partir des valeurs du tableau ci-dessus. Ce n’est pas le logo officiel — le Nutri-Score est une marque déposée de Santé publique France, dont l’apposition est encadrée par un règlement d’usage et destinée aux produits préemballés. Il s’agit ici d’un repère indicatif sur une recette de cuisine, non d’un étiquetage.

IndicateurRésultatÉtat
Score unique EF (Agribalyse)0,085 mPt/kgcalculé sur 100 % de la recette
Émissions de gaz à effet de serre0,15 kg CO₂ eq par partcalculé sur 100 % de la recette
Bonus et malus du Green-Score — production, saison, origine, emballage—en attente
Planet-Score — climat—en attente
Planet-Score — santé environnementale (pesticides)—clos sans objet — référentiel non public
Planet-Score — biodiversité—en attente
Planet-Score — bien-être animal—sans objet — moins de 5 % d’ingrédients animaux, ou aucun

Green-Score calculé — 78 / 100 · couverture 100 % · hors bonus et malus

A+ABCDEF

Calcul indicatif à partir de la base AGRIBALYSE® de l’ADEME. Ce n’est pas le logo du Green-Score, et le calcul n’intègre ni les bonus de label, ni l’origine, ni l’emballage. La méthode est exposée ici.

2 lignes renseignées sur 7. Ce tableau n’est pas un affichage officiel et n’a pas vocation à en devenir un : aucun affichage environnemental alimentaire n’est officiel en France, la méthode prévue par la loi Climat et Résilience n’étant pas arrêtée pour l’alimentaire. La lettre ci-dessus est un calcul indicatif, publié avec ses hypothèses : une lettre se recopie sans elles, un tableau d’avancement, non.

Ce score ne dit pas la même chose que le Nutri-Score. Le Nutri-Score porte sur ce que la recette apporte à qui la mange ; celui-ci, sur ce qu’elle coûte à produire. Les deux divergent souvent, et c’est normal : un légume importé hors saison est bon à manger et cher à produire, un dessert au beurre l’inverse. Une recette peut donc être classée A d’un côté et E de l’autre sans qu’aucun des deux calculs soit faux.

Ce qui pèse le plus dans ce résultat : Kiwi, pulpe et graines, cru 39 %, Sirop d'agave 35 %, Pomme, pulpe et peau, crue 20 % du score. Les fruits à coque et les graines oléagineuses sont notés très sévèrement par la méthode européenne — l’huile de noisette y pèse quatre fois le beurre — en raison de rendements à l’hectare faibles et d’une consommation d’eau élevée. C’est un choix de méthode, discutable et documenté, non une singularité de ce site : une recette aux oléagineux se retrouve mal classée alors même que ses qualités nutritionnelles sont reconnues.

Ingrédients rapprochés : Sirop de yacon → Sirop d'agave (sirop d'agave — sirop de sucres extrait d'une plante, procédé voisin ; le yacon n'a pas de ligne) ; Eau → Eau du robinet (eau du robinet). Agribalyse ne publie pas de ligne portant leur code exact ; le produit retenu à leur place est nommé ci-dessus, il n’a pas été deviné.

Qualité de la donnée : DQR 2,2 sur 5, qualité bonne — moyenne des ingrédients, pondérée par leur masse. Un DQR de 1 désigne une donnée très bien documentée, 5 une donnée très incertaine : le nombre de décimales affichées plus haut s’aligne sur cette note, il ne la dépasse jamais.

Source : ADEME et INRAE, AGRIBALYSE® v3.2 — Licence Ouverte 2.0. Données réutilisées sous Licence Ouverte 2.0. Les impacts sont ceux des ingrédients pris séparément : ni la cuisson, ni l’emballage, ni le transport jusqu’à votre cuisine n’entrent dans ce calcul.

Comparé au même smoothie sucré au sucre

Pour 100 mlAu sirop de yaconAu sucre (10 g)Sans aucun sucrant
Énergie46,5 kcal47,6 kcal38,9 kcal
Sucres7,45 g8,85 g6,66 g
Fibres3,07 g1,29 g1,29 g
Nutri-ScoreC, 4 pointsC, 6 pointsC, 4 points
Par verre de 228 g106 kcal, 17,0 g de sucres109 kcal, 20,2 g89 kcal, 15,2 g

Même recette, 10 g de sucre blanc à la place des 18 g de sirop, à goût sucré égal — le sirop sucrant 0,55 fois le sucre —, et l’eau ajustée pour garder 456 g. La troisième colonne est la même boisson sans rien pour la sucrer. Cette comparaison isole le seul changement de sucrant ; celle du haut de page met en jeu le sucrant et le fruit à la fois.

Trois colonnes, et chacune réussit quelque chose de différent. Le sucre apporte la même douceur avec 10 g au lieu de 18, sans une fibre fermentescible, et c’est ce qu’on demande à un sucrant dont on ne veut pas qu’il se fasse remarquer. Le sirop apporte cette douceur en laissant dans le verre 8,1 g de fructo-oligosaccharides, comptés comme fibres au sens du règlement (UE) n° 1169/2011 : la ligne « fibres » passe de 1,29 à 3,07 g pour 100 ml, et c’est elle qui ouvre la mention « source de fibres ». Et la version sans aucun sucrant est la plus légère des trois, de 17 kcal par verre : elle garde les 15,2 g de sucres du fruit, et il faut une pomme bien sucrée pour qu’elle ne paraisse pas nue. L’écart d’énergie entre le sirop et le sucre, lui, est de 2,4 % — rien, à cette dose.

Le Nutri-Score : la grille des boissons

Un smoothie se boit, donc il se note avec la grille réservée aux boissons, dont les seuils sont environ dix fois plus serrés que ceux des aliments solides. Pour cette recette, sur les valeurs pour 100 ml : 3 points pour l’énergie (196 kJ, le palier précédent est à 150) et 6 points pour les sucres (7,45 g, le palier précédent est à 7,0), rien sur les acides gras saturés ni sur le sel, et aucun point d’édulcorant — la grille en compte quatre pour toute boisson qui en contient un, et un sirop de yacon n’en est pas un, c’est un sucre accompagné de fibres. Soit 9 points défavorables. En face, les fruits font 69,7 % de la boisson, ce qui vaut 4 points, et les fibres à 3,07 g pour 100 ml en valent 1. Total : 4 points, C.

Le smoothie classique en compte 13 : 5 pour l’énergie, 10 pour les sucres, et seulement 2 points de fruits, ses 270 g de banane et de pomme ne faisant que 59,2 % de la masse — juste sous le palier de 60 %. E. Et le résultat le plus instructif est celui de la troisième colonne du tableau ci-dessus : la même boisson sans aucun sucrant obtient exactement le même score que celle au sirop, 4 points. Les fibres du sirop lui rapportent un point, ses sucres lui en coûtent un, et les deux s’annulent. Sur l’étiquette, le sirop change la ligne « fibres » du tout au tout ; sur la note, il ne change rien.

Pour gagner une lettre de Nutri-Score. Il faut passer de 4 points à 2. Aucun ingrédient pris seul n’y arrive, et ce n’est pas faute d’amplitude : de 0 à 400 g d’eau, de 60 à 400 g de pomme, de 40 à 400 g de kiwi, de 0 à 60 g de sirop, la lettre reste C. Chaque levier se paie exactement ce qu’il rapporte. Allonger de 30 g d’eau fait passer les sucres sous 7,0 g et gagne un point — mais les fibres tombent sous 3,0 g pour 100 ml et le point des fibres se perd. Retirer tout le sirop gagne ce même point des sucres et perd ce même point des fibres. Dans les deux cas, 4 points.

Le seul chemin vers le B demande trois changements à la fois : descendre la pomme de 180 à 150 g, monter le sirop de 18 à 32 g, et allonger de 40 g d’eau. On obtient 6,99 g de sucres pour 100 ml — sous le palier de 7,0 —, 4,14 g de fibres — au-dessus du palier de 4,1, qui vaut un second point —, et exactement 60,0 % de fruits, le minimum pour garder les 4 points. 2 points, B. Ce que cela coûte est clair : 7,2 g de fructo-oligosaccharides par verre au lieu de 4,1, moins de pulpe donc une boisson plus liquide, et une lettre qui tient sur trois seuils en même temps — 10 g de pomme de plus la font retomber en C, en franchissant deux d’un coup.

Et ce qui donne de la marge dans l’autre sens : il faut 97 g de pomme supplémentaires pour que les sucres franchissent 8,0 g pour 100 ml, et 74 g d’eau pour que les fruits descendent sous 60 % de la masse. Aucun des deux ne fait perdre la lettre, qui ne tombe en D sous aucun réglage raisonnable de cette recette. Le levier le moins coûteux reste donc de ne rien changer : la boisson est déjà au milieu de son intervalle.

Les mentions que ces chiffres autorisent

Recevables (règlement (CE) n° 1924/2006, seuils des liquides) :

  • Source de fibres — 3,1 g pour 100 ml, le seuil est de 3 g. La mention vient entièrement du sirop : sans lui, la boisson est à 1,29 g et ne l’obtient pas.
  • Réduit en sucres, à condition de nommer la référence : − 35 % face au smoothie classique décrit en haut de page, pour un seuil de 30 %.
  • Faible teneur en matières grasses et faible teneur en acides gras saturés — 0,28 g et 0,06 g pour 100 ml.
  • Faible teneur en sodium — 0,01 g de sel pour 100 ml, le seuil est de 0,12 g.

Recevables, mais que cette page n’emploie pas : les deux mentions sur les matières grasses et celle sur le sodium. L’article 7, § 1, c) du règlement (UE) n° 1169/2011 interdit de souligner l’absence d’un nutriment que les denrées comparables ne contiennent pas davantage : annoncer qu’un smoothie de fruits est pauvre en matières grasses laisserait croire que les autres en sont riches.

Refusées, et il faut le dire :

  • Sans sucres ajoutés — le sirop de yacon est employé pour ses propriétés sucrantes et apporte 20 g de sucres pour 100 g. La mention est réservée aux denrées qui n’en reçoivent aucun, sous aucune forme. C’est la différence avec la version de la troisième colonne, qui peut l’écrire.
  • Riche en fibres — 3,1 g pour 100 ml, il en faudrait 6 g. Le sirop porte la ligne « fibres » jusqu’au seuil de la source, pas au-delà.
  • Source de protéines — 3,5 % de l’énergie, il en faudrait 12 %. Une boisson de fruits n’en porte pas, et aucun réglage de cette recette n’y change rien.
  • Sans sucres — 7,45 g pour 100 ml, il en faudrait 0,5 g au plus. Les fruits seuls l’interdisent.
  • Faible teneur en sucres — 7,45 g pour 100 ml, le seuil des liquides est de 2,5 g.
  • Faible valeur énergétique — 46,5 kcal pour 100 ml, il en faudrait 20 au plus.
  • Valeur énergétique réduite — − 19 % face au smoothie classique, et − 2,4 % face au même smoothie au sucre : le seuil est de 30 % dans les deux cas. L’allègement de cette recette est un allègement de sucres, pas d’énergie, et c’est la ligne qu’il faut lire.

Variantes

  • À la poire. 120 g de poire à la place du kiwi : plus de pulpe (2,9 g de fibres pour 100 g), un verre plus doux, et environ 1,2 g de polyols naturels par verre contre 0,3 g avec le kiwi, la poire en portant naturellement.
  • Aux fruits rouges, pour la tenue. 100 g de framboises à la place de 100 g de pomme : 4,3 g de fibres pour 100 g au lieu de 1,4, et 2,6 g de sucres de moins par verre. La boisson n’est plus verte, ce qui est le seul argument contre.
  • Sans sucrant du tout. La troisième colonne du tableau : 89 kcal le verre, 15,2 g de sucres, et la mention « sans sucres ajoutés » suivie de « contient des sucres naturellement présents ». Avec une pomme de variété sucrée et un kiwi bien mûr, c’est une version défendable — et la seule à pouvoir écrire cette mention.
  • En version épaisse, à la cuiller. Supprimer l’eau et monter la pomme à 250 g : on obtient 406 g de purée pour deux coupes, à 10,2 g de sucres pour 100 g et 125 kcal la coupe. Ce n’est plus une boisson, et le Nutri-Score se calcule alors sur la grille des aliments solides, bien plus clémente.

Substitutions

  • Le sirop de yacon — le convertisseur sucre – édulcorant donne les doses. Aucun autre sucrant n’apporte de fibres : le sirop est le seul à déplacer cette ligne du tableau, et c’est sa particularité dans ce verre.
  • Le sucre, le miel, le sirop d’agave, le sucre de fleur de coco — environ 10 g pour la même douceur, soit la colonne du milieu du tableau. Le miel est le seul des quatre à parfumer, ce qui est un vrai apport dans une boisson, et il est aussi le plus sucré au gramme.
  • Un édulcorant intense — extrait de stévia ou de fruit du moine, à la dose indiquée par l’emballage : aucune énergie, aucune masse, aucune fibre. Sur une boisson acide, c’est une solution qui fonctionne bien, comme le montre la citronnade à la stévia et à la menthe.
  • Le xylitol — 10 g, à poids égal du sucre, soit 5 g de polyols par verre, ce qui reste modéré. Il apporte une masse qui n’épaissit pas davantage que le sirop, pour les mêmes raisons. Si vous le choisissez, sachez qu’il est toxique pour le chien : ce qu’il faut savoir et que faire en urgence.
  • Le citron vert — du citron jaune, même masse : un peu plus acide à l’analyse, un peu moins parfumé. Ce qu’il fait contre le brunissement de la pomme, rien d’autre ne le fait aussi vite.
  • La menthe — du basilic, de la coriandre, ou quelques feuilles d’épinard pour un vert plus franc. L’épinard ne change ni les sucres ni l’énergie de façon sensible, mais il modifie le goût bien plus qu’on ne l’imagine.

Conservation, avance et congélation

À boire dans l’heure. Ce n’est pas une précaution de principe : la pomme brunit, le vert du kiwi tourne, et la pulpe se dépose. Rien de tout cela n’est dangereux, mais la boisson d’une heure plus tard n’est plus celle qu’on a mixée.

24 heures au réfrigérateur au maximum, dans un bocal plein et fermé — l’air en moins ralentit le brunissement. Secouer avant de verser. Ce qui se prépare à l’avance est la solution de sirop, de jus de citron vert et d’eau, qui se garde une semaine au froid ; les fruits se mixent au dernier moment.

Congélation : en bâtonnets glacés, oui, et ils prennent en quatre heures. En pichet, la texture ne revient pas — ce qui se sépare au froid ne se remélange pas de la même façon après décongélation.

Le matériel

  • Un blender — c’est l’appareil qui décide de la recette, puisque la tenue vient de la finesse du mixage. Un mixeur plongeant y arrive dans un récipient haut et étroit, en deux minutes au lieu d’une.
  • Une balance au gramme pour les 18 g de sirop : à la cuillerée, l’erreur courante est du double, et c’est la dose de fibres fermentescibles qui s’en ressent.
  • Deux verres de 25 cl, et pas plus grands : la recette en fait deux, pas trois.

Questions fréquentes

Le sirop de yacon épaissit-il un smoothie ?
Non, et c’est une surprise pour qui a eu la bouteille en main : un sirop à 70 °Brix coule mal, mais sa viscosité vient de sa concentration, pas de ses molécules. Diluées vingt-cinq fois dans le verre, à 1,8 g pour 100 g, ses chaînes de trois à dix unités de fructose ne construisent aucun réseau. Ce qui épaissit un smoothie est la pulpe, et accessoirement la glace.
En bref : le sirop apporte des fibres et du sucré, aucune texture.

Comment faire un smoothie épais sans banane ?
En jouant sur trois choses, dans cet ordre : mixer plus longtemps, parce que la vitesse de séparation varie comme le carré de la taille des particules ; ne pas allonger au jus mais à l’eau, ou mieux à du fruit congelé ; et choisir les fruits les plus pulpeux — poire, framboise, kiwi plutôt que pomme seule. Aucun de ces leviers ne remplace complètement les 6,8 g de matière non dissoute que la banane apporte par 100 g.
En bref : la finesse du mixage fait plus que n’importe quel ingrédient ajouté.

Pourquoi ce smoothie affiche-t-il 7 g de fibres par verre ?
Parce que 8,1 g des 14 g de fibres de la recette viennent du sirop de yacon, dont 45 g pour 100 g sont des fructo-oligosaccharides, comptés comme fibres par le règlement (UE) n° 1169/2011. Ce sont de vraies fibres au sens de l’étiquetage, et elles sont entièrement dissoutes : elles ne se voient ni ne se sentent dans le verre.
En bref : 7,0 g de fibres par verre, dont 4,1 g apportés par le sirop.

Combien de sirop de yacon par verre, au maximum ?
La question n’est pas celle du goût mais celle de la tolérance : ses fructo-oligosaccharides sont fermentescibles et s’additionnent aux polyols consommés dans le même repas. Cette recette en met 4,1 g par verre ; doubler la dose du sirop les porte à 8,1 g. Le seuil de confort varie fortement d’une personne à l’autre, et il se découvre en montant progressivement.
En bref : 4 g de fructo-oligosaccharides par verre ici, et c’est la tolérance qui borne la dose, pas le goût.

Quel effet ce smoothie a-t-il sur la glycémie ?
Il apporte 17,0 g de sucres par verre, dont 15,2 g venus de la pomme et du kiwi et 1,8 g du sirop, contre 26,2 g pour un smoothie de proportions ordinaires. Les fructo-oligosaccharides du sirop ne sont pas digérés en glucose, ce qui explique que son indice glycémique mesuré soit bas. C’est ce que mesurent les chiffres du tableau ; ce qu’ils signifient dans une alimentation suivie se discute avec un médecin ou un diététicien, qui connaissent le traitement en cours.
En bref : 17,0 g de sucres par verre, dont 89 % viennent des fruits.

Valeurs calculées à partir des données de composition de l’ANSES, et non mesurées en laboratoire. Trois réserves comptent ici. Le sirop de yacon ne figure pas dans la table : sa composition est reprise d’analyses publiées et de déclarations de fabricants, et sa teneur en fructo-oligosaccharides varie fortement selon l’origine et la concentration du sirop — ce qui veut dire que la ligne « fibres », la mention « source de fibres » et le point de fibres du Nutri-Score dépendent de la bouteille employée, et doivent se vérifier sur son étiquette. Le jus de citron vert est compté sur la ligne « Jus de citron, pur jus », la table ne distinguant pas les deux. Les sucres de la pomme et du kiwi varient avec la variété et la maturité, couramment de 9 à 13 g pour 100 g pour la pomme : la lettre du Nutri-Score, qui se joue ici à un demi-gramme pour 100 ml, peut basculer avec un fruit très mûr. La masse finale est la somme des ingrédients, aucune cuisson n’ayant lieu. Si vous le préparez, dites-nous en commentaire quelle dose de sirop vous a convenu, et combien de temps votre blender a dû tourner.

À servir avec, ou à essayer ensuite

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Nicolas Oger

Nicolas Oger édite Xylitol-Sucre.org depuis 2010. Il n'est pas professionnel de santé : sa démarche consiste à lire les publications scientifiques et les avis des agences sanitaires (EFSA, ANSES), puis à les restituer en citant ses sources, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté. Les contenus de ce site sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.