Aller à la recetteLes ingrédients, puis les étapes. Ce qu’il faut savoir avant de doser est juste au-dessus de la liste.
On lit couramment qu’une préparation à l’érythritol devient granuleuse au réfrigérateur, et que la faute en revient à la recristallisation. C’est exact pour les sirops et les crèmes très dosés, où le sucrant dépasse ce que l’eau peut tenir en solution. Dans un cheesecake sans cuisson, le calcul dit autre chose — et il conduit à une recette différente.
La garniture qui suit porte 55 g d’érythritol pour environ 615 g d’eau, soit 9 g pour 100 g d’eau. La solubilité de l’érythritol est d’environ 37 g pour 100 g de solution à 25 °C, c’est-à-dire près de 59 g pour 100 g d’eau ; elle baisse au froid, et les valeurs publiées pour la température d’un réfrigérateur varient d’une source à l’autre, mais toutes restent au-dessus de 30 g pour 100 g d’eau. On est à plus de trois fois en dessous de la saturation. Rien, ici, n’a de raison de recristalliser.
Ce qui fait le grain, alors, c’est de l’érythritol qui n’a jamais été dissous. Et sa chimie travaille contre le cuisinier : sa dissolution absorbe beaucoup de chaleur — environ 180 joules par gramme, la valeur la plus élevée des polyols de bouche, et la cause de l’effet de fraîcheur en bouche. Jeter 55 g dans 290 g de liquide fait tomber celui-ci de plus de neuf degrés. Un appareil froid qu’on refroidit encore dissout de moins en moins bien : les derniers cristaux ne partent plus, et six heures au réfrigérateur ne les feront pas fondre.
D’où l’ordre des gestes, qui est toute la recette : l’érythritol se dissout dans la fraction tiède qu’on prépare déjà pour la gélatine, et nulle part ailleurs. Le reste — fromage blanc à 0 % au lieu du fromage à tartiner et de la crème fouettée, un fond de biscuits réduit, des framboises — est ce qui ramène la part à 187 kcal.
Dessert · cuisine américaineLecture 20 min
- Préparation
- 30 min
- Cuisson
- 5 min
- Repos
- 6 h
- Total
- 6 h 35
- Pour
- 8 parts
- Difficulté
- facile
- Coût
- moyen
- Saison
- De juin à septembre
Outils de la recette
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Face au cheesecake sans cuisson classique
La référence est le cheesecake sans cuisson tel qu’on le fait d’ordinaire, calculé sur les mêmes données de composition : 200 g de biscuits et 90 g de beurre au fond, 400 g de fromage frais à tartiner, 200 g de crème à 30 % fouettée, 120 g de sucre, 8 g de gélatine, 25 g de jus de citron, et les mêmes 250 g de framboises. Une part de cette recette pèse 150 g, une part de la référence 162 g : la comparaison se fait donc sur 150 g dans les deux cas, sans quoi l’écart porterait aussi sur la taille de l’assiette.
| Pour 150 g | Cette recette | Cheesecake classique | Écart |
|---|---|---|---|
| Sucres | 7,2 g | 22,7 g | − 68 % |
| Énergie | 187 kcal | 460 kcal | − 59 % |
| Acides gras saturés | 5,0 g | 21,3 g | − 77 % |
| Polyols | 7,0 g | 0,2 g | |
| Nutri-Score | C, 3 points | D, 18 points |
L’érythritol n’explique presque rien de l’écart d’énergie. Sur les 273 kcal de différence pour 150 g, il en vaut 22. Les 251 autres viennent du laitage et du fond : 600 g de fromage blanc à 0 % à la place de 400 g de fromage à tartiner et de 200 g de crème fouettée, 30 g de beurre au lieu de 90, 90 g de biscuits au lieu de 200. Sur les sucres, le partage s’inverse : l’essentiel des 15,5 g d’écart tient au sucrant. Il faut ajouter que cette version est aussi moins sucrée : 55 g d’érythritol valent environ 38 g de sucre en goût, quand la référence en porte 120.
Le fromage frais à tartiner ne figure pas dans l’extrait de table employé par le site : il est compté sur la crème à 30 % de matière grasse, voisine par ses lipides. Les protéines de la référence sont donc un peu sous-estimées, et son énergie très légèrement.
Ingrédients
Pour 8 parts, dans un moule à charnière de 20 cm.
Pour le fond
- 90 g de biscuits secs type petit-beurre
- 40 g de poudre d’amande
- 30 g de beurre doux, fondu
Pour la garniture
- 600 g de fromage blanc à 0 %, non égoutté — c’est la gélatine qui fait la tenue
- 55 g d’érythritol, en poudre fine de préférence
- 40 g d’eau
- 8 g de gélatine en poudre, ou 4 feuilles de 2 g
- 60 g de crème liquide à 30 %
- 25 g de jus de citron, soit environ une demi-pièce
- 1 gousse de vanille, fendue et grattée
Pour le dessus
- 250 g de framboises fraîches
Allergènes présents : Céréales contenant du gluten (biscuit sec petit beurre) · Lait (biscuit sec petit beurre, beurre à 80% mg minimum, doux, fromage blanc, nature, 0% mg, crème 30% mg, fluide, uht) · Œufs (biscuit sec petit beurre) · Fruits à coque (amande, avec peau, sans sel ajouté)
Peut contenir, selon les marques : Soja (biscuit sec petit beurre)
Ces mentions sont déduites de la liste d’ingrédients de cette recette, non d’une analyse. Elles disent ce que la recette apporte, pas ce que votre plat contiendra : en cuisine domestique, la contamination croisée ne peut pas être exclue, et la mention réglementée « sans gluten » suppose une teneur contrôlée inférieure à 20 mg/kg sur le produit fini. Vérifiez toujours les étiquettes de vos produits.
Trois solubilités, et pourquoi celle de l’érythritol se remarque. À 25 °C, l’eau tient environ 67 g de saccharose pour 100 g de solution, 64 g de xylitol, et 37 g d’érythritol — près de deux fois moins que les deux autres. Rapporté à l’eau seule, cela fait respectivement 200 g, 175 g et 59 g pour 100 g d’eau. C’est cette valeur basse qui vaut à l’érythritol sa réputation de sucrant qui « refait des cristaux ».
Elle est méritée là où la concentration est forte : un sirop, un glaçage, une crème très sucrée passent facilement au-dessus, et l’excédent se dépose au froid. Voir ce que la cristallisation demande pour démarrer : une solution sursaturée, et un germe.
Une garniture de cheesecake n’est ni l’un ni l’autre. Ses 55 g d’érythritol se répartissent dans 615 g d’eau — le fromage blanc en apporte à lui seul près de 516 g —, soit 9 g pour 100 g d’eau. Il faudrait en mettre plus de trois fois autant pour atteindre la saturation au réfrigérateur. Le seuil qui commande la dose, ici, n’est pas la solubilité.
Le froid que l’érythritol fabrique lui-même. Dissoudre un solide dans l’eau peut libérer ou absorber de la chaleur. L’érythritol absorbe, et beaucoup : environ 180 joules par gramme, l’enthalpie de dissolution la plus marquée des polyols de bouche. C’est exactement ce qu’on perçoit en le croquant — la salive le dissout, et la bouche se refroidit.
Le même phénomène se produit dans le saladier, et là il ne rend pas service. Les 55 g de cette recette absorbent près de 10 kilojoules en se dissolvant. Versés dans 290 g de liquide, dont la capacité thermique tourne autour de 3,7 joules par gramme et par degré, ils font tomber ce liquide de plus de neuf degrés. Or la solubilité baisse avec la température : le produit s’oppose à sa propre dissolution.
Dans un appareil déjà froid, la spirale se referme — c’est pourquoi la dissolution se fait au chaud, ou ne se fait pas. Chauffer une fraction à 55 °C laisse assez de marge : même après la chute de neuf degrés, elle reste au-dessus de 45 °C, ce que la gélatine demande aussi.
Préparation
- Réduire les biscuits en poudre au mixeur, ou dans un sac au rouleau. Mélanger avec la poudre d’amande, puis avec le beurre fondu, jusqu’à obtenir un sable qui tient quand on le serre dans la main.
- Tasser le fond au dos d’une cuillère dans le moule à charnière chemisé de papier cuisson, en appuyant fermement et en remontant très légèrement sur les bords. Réserver au réfrigérateur pendant toute la préparation de la garniture : c’est le froid qui fige le beurre, et le beurre qui tient le fond.
- Réhydrater la gélatine : verser les 8 g de poudre en pluie sur les 40 g d’eau froide, mélanger, laisser gonfler dix minutes. Avec des feuilles, les tremper dans un grand volume d’eau froide, les essorer, et garder les 40 g d’eau à part — ils serviront à l’étape suivante.
- Chauffer 250 g du fromage blanc avec les 40 g d’eau dans une casserole, à feu doux, en remuant. Viser 55 °C, thermomètre en main. Ne pas dépasser 60 °C : au-delà, un fromage blanc graine et rend son sérum, et rien ne le rattrape.
- Hors du feu, verser l’érythritol en pluie et remuer jusqu’à ce que le liquide soit parfaitement limpide, sans un grain au fond de la casserole. Compter une à deux minutes. Le mélange refroidit pendant ce temps, et c’est normal — c’est la dissolution qui prend la chaleur.
- Ajouter la gélatine gonflée et remuer jusqu’à disparition complète. Le mélange doit être encore à 45 °C au moins ; s’il est descendu plus bas, le remettre dix secondes sur feu très doux.
- Fouetter le reste du fromage blanc — les 350 g — avec la crème liquide, le jus de citron et les graines de vanille, une minute, jusqu’à ce que l’appareil soit lisse.
- Réunir : verser le mélange tiède sur le mélange froid en filet, en fouettant sans arrêt. Dans l’autre sens, la gélatine prendrait en fils au contact du froid.
- Couler sur le fond refroidi, lisser à la spatule, filmer au contact et réfrigérer six heures au minimum, une nuit de préférence.
- Décercler à froid, en passant une lame fine et chaude entre la garniture et le moule. Disposer les framboises sur le dessus juste avant de servir.
Le petit plus
- Le geste qui décide de tout tient en une phrase : jamais d’érythritol dans l’appareil froid. Saupoudré à la fin, même longuement fouetté, il reste en partie sous forme de cristaux — qu’on ne sent pas dans un appareil en cours de travail, et qu’on sent parfaitement le lendemain, quand la gélatine a pris autour d’eux.
- Le calibre compte autant que la température. Un érythritol en gros cristaux met plusieurs minutes là où une poudre fine se dissout en trente secondes. Passé trente secondes au mixeur, un érythritol granulé devient une poudre — et s’incorpore alors en deux fois, ce qui étale la chute de température.
- Le fond tient moins qu’un fond classique. 30 g de beurre pour 130 g de poudre, c’est deux fois moins que l’usage. Il se coupe net à la sortie du réfrigérateur et s’émiette si le gâteau attend à température ambiante : sortir le cheesecake dix minutes avant de servir, pas trente.
- La poudre d’amande n’est pas là pour le goût. Elle apporte sa propre matière grasse — 51 g pour 100 g — et compense une partie du beurre retiré. Remplacée par des biscuits, le fond redevient plus sucré et moins liant.
- Les framboises se posent au dernier moment. Posées la veille, elles rendent leur jus, qui détrempe la surface et la colore de traînées roses. Si le gâteau doit attendre garni, un coulis passé au tamis tient mieux qu’un fruit entier.
Ce que valent vraiment les chiffres
Le tableau ci-dessous est calculé ingrédient par ingrédient à partir de la table de composition des aliments de l’ANSES, sur 1 199 g de matières premières. Rien ne cuit et rien ne s’évapore : la masse finale est égale à la somme des ingrédients, et les valeurs pour 100 g ne bénéficient d’aucune concentration.
Déclaration nutritionnelle
| Pour 100 g | Par part (150 g) | Total pour 8 parts | |
|---|---|---|---|
| Énergie | 125 kcal | 187 kcal | 1 498 kcal |
| Matières grasses | 6,5 g | 9,8 g | 78 g |
| dont acides gras saturés | 3,3 g | 5,0 g | 40 g |
| Glucides | 14 g | 21 g | 169 g |
| dont sucres | 4,8 g | 7,2 g | 57 g |
| dont polyols | 4,7 g | 7,0 g | 56 g |
| Fibres alimentaires | 1,5 g | 2,3 g | 18 g |
| Protéines | 5,8 g | 8,8 g | 70 g |
| Sel | 0,14 g | 0,20 g | 1,64 g |
Si vous changez le nombre de parts ci-dessus, seule la dernière colonne bouge — et c’est normal : doubler la recette double le gâteau, pas la part. Les deux premières colonnes décrivent le gâteau lui-même, elles ne dépendent pas du nombre de convives.
Valeurs calculées à partir des ingrédients, pour 8 parts : 1 199 g de préparation crue, 0 g d’eau évaporée à la cuisson, soit 1 199 g dans le plat. La cuisson n’enlève que de l’eau : les nutriments, eux, sont tous là. Ces valeurs ne remplacent pas une analyse en laboratoire et varient selon les marques employées.
Ingrédients absents de la table de l’ANSES — leurs valeurs viennent d’ailleurs, et nous le signalons plutôt que de le taire :
- Érythritol (E968) — Règlement (UE) n° 1169/2011, annexe XIV : seul polyol affecté d'un coefficient de 0 kcal/g.
- Eau — Eau du robinet ou embouteillée : aucun apport énergétique. Comptée pour sa masse seulement, ce qui dilue les valeurs pour 100 g — indispensable dès qu'une recette est une boisson ou un sirop.
Source des compositions : Table de composition nutritionnelle Ciqual 2025, ANSES, version 2025-11-03, sous Licence Ouverte / Open Licence (Etalab).
Nutri-Score calculé
Le détail du calcul. Points négatifs : énergie 1, sucres 1, acides gras saturés 3, sel 0 — soit 5. Points positifs : protéines 2, fibres 0, fruits et légumes 0 (24 % de la recette) — soit 2. Score : 3, ce qui donne un C.
Une réserve importante, et elle joue en notre faveur. Le Nutri-Score ne compte pas les polyols dans les sucres : il lit la ligne « sucres » de la déclaration nutritionnelle, dont le xylitol est exclu. Cette recette en contient 4,7 g pour 100 g, qui n’entrent nulle part dans le calcul ci-dessus, sinon par leur apport énergétique. Sa note est donc meilleure que celle de la même recette au sucre, pour une raison qui ne dit rien de sa tolérance digestive. Nous préférons l’écrire que de laisser la lettre parler seule.
Calcul effectué par nos soins selon l’algorithme révisé de 2023, à partir des valeurs du tableau ci-dessus. Ce n’est pas le logo officiel — le Nutri-Score est une marque déposée de Santé publique France, dont l’apposition est encadrée par un règlement d’usage et destinée aux produits préemballés. Il s’agit ici d’un repère indicatif sur une recette de cuisine, non d’un étiquetage.
| Indicateur | Résultat | État |
|---|---|---|
| Score unique EF (Agribalyse) | 0,257 mPt/kg | calculé sur 95 % de la recette |
| Émissions de gaz à effet de serre | 0,29 kg CO₂ eq par part | calculé sur 95 % de la recette |
| Bonus et malus du Green-Score — production, saison, origine, emballage | — | en attente |
| Planet-Score — climat | — | en attente |
| Planet-Score — santé environnementale (pesticides) | — | clos sans objet — référentiel non public |
| Planet-Score — biodiversité | — | en attente |
| Planet-Score — bien-être animal | — | sans objet — moins de 5 % d’ingrédients animaux, ou aucun |
Green-Score calculé — 54 / 100 · couverture 95 % · hors bonus et malus
Calcul indicatif à partir de la base AGRIBALYSE® de l’ADEME. Ce n’est pas le logo du Green-Score, et le calcul n’intègre ni les bonus de label, ni l’origine, ni l’emballage. La méthode est exposée ici.
2 lignes renseignées sur 7. Ce tableau n’est pas un affichage officiel et n’a pas vocation à en devenir un : aucun affichage environnemental alimentaire n’est officiel en France, la méthode prévue par la loi Climat et Résilience n’étant pas arrêtée pour l’alimentaire. La lettre ci-dessus est un calcul indicatif, publié avec ses hypothèses : une lettre se recopie sans elles, un tableau d’avancement, non.
Ingrédients sans score unique : Érythritol (E968). Ils sont exclus du score EF et du Green-Score, et leur masse compte comme non couverte. Rien n’est estimé à leur place.
Ce score ne dit pas la même chose que le Nutri-Score. Le Nutri-Score porte sur ce que la recette apporte à qui la mange ; celui-ci, sur ce qu’elle coûte à produire. Les deux divergent souvent, et c’est normal : un légume importé hors saison est bon à manger et cher à produire, un dessert au beurre l’inverse. Une recette peut donc être classée A d’un côté et E de l’autre sans qu’aucun des deux calculs soit faux.
Ce qui pèse le plus dans ce résultat : Fromage blanc nature, 0% MG 37 %, Framboise, crue 27 %, Amande (avec peau) 10 % du score. Les fruits à coque et les graines oléagineuses sont notés très sévèrement par la méthode européenne — l’huile de noisette y pèse quatre fois le beurre — en raison de rendements à l’hectare faibles et d’une consommation d’eau élevée. C’est un choix de méthode, discutable et documenté, non une singularité de ce site : une recette aux oléagineux se retrouve mal classée alors même que ses qualités nutritionnelles sont reconnues.
Ingrédients rapprochés : Eau → Eau du robinet (eau du robinet) ; Crème 30% MG, fluide, UHT → Crème de lait, 30% MG, semi-épaisse, UHT (crème de lait 30 % MG semi-épaisse UHT — même taux de matière grasse) ; Vanille, gousse → Vanille, extrait alcoolique (extrait de vanille — même plante, mais un extrait est dilué : l'impact d'une gousse au kilo est plus élevé). Agribalyse ne publie pas de ligne portant leur code exact ; le produit retenu à leur place est nommé ci-dessus, il n’a pas été deviné.
Qualité de la donnée : DQR 2,2 sur 5, qualité bonne — moyenne des ingrédients, pondérée par leur masse ; la moins bien notée est à 4,1. Un DQR de 1 désigne une donnée très bien documentée, 5 une donnée très incertaine : le nombre de décimales affichées plus haut s’aligne sur cette note, il ne la dépasse jamais.
Source : ADEME et INRAE, AGRIBALYSE® v3.2 — Licence Ouverte 2.0. Données réutilisées sous Licence Ouverte 2.0. Les impacts sont ceux des ingrédients pris séparément : ni la cuisson, ni l’emballage, ni le transport jusqu’à votre cuisine n’entrent dans ce calcul.
Comparée à la même recette au sucre
L’érythritol sucre environ 0,7 fois autant que le sucre : les 55 g de la recette valent à peu près 38 g de sucre en goût. La comparaison se fait donc à goût sucré égal, et non à poids égal.
| Pour 100 g | À l’érythritol | Au sucre |
|---|---|---|
| Énergie | 125 kcal | 140 kcal |
| Sucres | 4,8 g | 8,1 g |
| Polyols | 4,7 g | 0,1 g |
| Acides gras saturés | 3,3 g | 3,4 g |
| Par part | 187 kcal / 7,2 g de sucres / 7,0 g de polyols | 206 kcal / 11,9 g de sucres |
Même recette, 38 g de sucre blanc à la place des 55 g d’érythritol, mêmes données de composition, aucune cuisson dans l’un ni dans l’autre.
41 % de sucres en moins, 11 % de calories en moins. L’écart entre ces deux chiffres dit où sont les calories de ce dessert : dans le fond et dans le laitage, pas dans le sucrant. Et les 4,8 g de sucres qui restent ne viennent d’aucun sucre ajouté à la garniture — 19,7 g du lactose du fromage blanc, 19,8 g du sucre des biscuits, 13,5 g des framboises, sur 57 g au total. Le fond, qui ne pèse que 160 g sur 1 199, porte à lui seul plus du tiers des sucres du gâteau.
Les polyols, pour une fois, ne commandent pas le nombre de parts. Une part en apporte 7,0 g, loin du seuil de tolérance digestive, situé autour de 20 à 30 g en une prise — et l’érythritol est de surcroît le polyol le mieux toléré, parce qu’il est absorbé dans l’intestin grêle et éliminé par les reins sans passer par la fermentation colique. Ce sont les huit parts d’un moule de 20 cm qui font la portion, pas la tolérance.
Le Nutri-Score donne C (algorithme révisé en 2023, régime général) : 1 point pour l’énergie, 1 pour les sucres, 3 pour les acides gras saturés, 0 pour le sel, soit 5 points défavorables, moins 2 points de protéines — 5,9 g pour 100 g —, ce qui fait 3 points. Les framboises et le jus de citron pèsent environ un quart de la masse, sous le seuil de 40 % qui rapporterait le premier point de la composante « fruits et légumes ». La même recette au sucre fait 4 points et reste en C. Et une réserve s’impose sur cet écart : l’algorithme lit la ligne « sucres », dont les polyols sont exclus, et les 4,7 g d’érythritol pour 100 g n’y comptent pour rien. Il voit ce que l’étiquette déclare, pas ce que l’intestin reçoit.
Pour gagner une lettre de Nutri-Score. La lettre se joue sur un seul point, celui des acides gras saturés : 3,32 g pour 100 g quand le seuil est à 3,00. Trente-deux centièmes de gramme séparent cette recette du B.
Le levier le moins coûteux : ramener la crème de 60 à 35 g. Les acides gras saturés tombent à 2,99 g pour 100 g et le cheesecake passe en B. À 36 g il reste en C : la bascule est là, au gramme près. Ce que cela coûte : la garniture perd un peu de rondeur, et l’acidité du fromage blanc ressort davantage — le jus de citron peut alors descendre à 15 g.
Un second levier fait la même chose : le beurre du fond de 30 à 23 g (2,99 g pour 100 g également). Mais 23 g pour 130 g de poudre ne lient plus rien : le fond se mange à la cuillère. Il est calculé, il n’est pas praticable.
Un levier qui ne marche pas, et qu’on croirait évident : diviser les biscuits par deux. Les sucres passent de 4,78 à 4,11 g pour 100 g sans franchir le seuil de 3,4, et les acides gras saturés à 3,11, toujours au-dessus de 3. Deux valeurs améliorées, aucun point gagné, lettre inchangée. Quant aux framboises, il faudrait passer de 250 à environ 600 g pour dépasser 40 % de la masse et gagner le point des fruits — ce n’est plus un ajustement, c’est une autre recette.
Et la marge, dans l’autre sens, est large. Porter la crème à 120 g, ou le beurre à 60 g, ajoute un point d’acides gras saturés : la recette reste en C. Huit points la séparent du D.
Le levier radical est ailleurs, et il est chiffré dans les variantes : sans fond, en verrines, l’appareil et les framboises font 0 point et passent en A. Deux lettres, au prix du gâteau lui-même.
Les mentions que ces chiffres autorisent
Recevables :
- Faible teneur en sucres — 4,8 g pour 100 g, seuil 5 g.
- Source de protéines — 18,7 % de l’énergie, seuil 12 %. Les 600 g de fromage blanc en font tous les frais.
- Réduit en sucres, et avec elle les deux allégations de santé du règlement (UE) n° 432/2012 sur les succédanés du sucre. Elles exigent 30 % de réduction au moins ; nous sommes à 41 % face à la même recette au sucre. Formulation imposée mot pour mot : « La consommation d’aliments contenant de l’érythritol à la place du sucre induit une augmentation plus faible de la glycémie après leur consommation par rapport aux aliments contenant du sucre », et « … contribue au maintien de la minéralisation dentaire ».
Refusées, et il faut le dire :
- « Sans sucres ajoutés » — c’est la mention qu’on attend d’une recette à l’érythritol, et elle ne tient pas. La garniture n’en contient aucun, mais les biscuits du fond apportent 19,8 g de sucres ajoutés : la mention porte sur le gâteau entier, pas sur une de ses parties. En verrines, sans fond, elle deviendrait recevable, à faire suivre de « contient des sucres naturellement présents ».
- « Sans sucres » — 4,8 g pour 100 g, il en faudrait 0,5 au plus.
- « Valeur énergétique réduite » — il faudrait 30 % de moins qu’à la même recette au sucre ; nous sommes à 11 %, parce que ce sont le fond et le laitage qui portent les calories. Face au cheesecake sans cuisson classique, elle devient recevable : 125 kcal pour 100 g contre 307, soit 59 % de moins, à condition de nommer cette référence.
- « Faible valeur énergétique » — 125 kcal pour 100 g, seuil 40.
- « Faible teneur en matières grasses » — 6,5 g pour 100 g, seuil 3 g. L’amande, le beurre et la crème s’y retrouvent.
- « Faible teneur en acides gras saturés » — 3,3 g pour 100 g, seuil 1,5 g, et 23,9 % de l’énergie, seuil 10 %.
- « Source de fibres » — 1,5 g pour 100 g, il en faudrait 3.
- « Riche en protéines » — 18,7 % de l’énergie, il en faudrait 20. Le fromage blanc en approche sans y arriver.
- « Faible teneur en sodium » — 0,14 g de sel pour 100 g, il en faudrait 0,12 au plus. Les biscuits du fond en apportent à eux seuls 0,94 g sur les 1,64 g du gâteau.
Variantes
- Aux fruits rouges mélangés. Fraises, myrtilles, groseilles à la place des framboises, dans les mêmes 250 g. Les groseilles apportent plus d’acidité et moins de sucres, les myrtilles l’inverse : comptez un gramme de sucres en plus ou en moins par part selon le mélange.
- Aux fruits d’automne. Poires en fines lamelles citronnées, ou raisin coupé en deux. Attention aux poires : elles apportent leur propre sorbitol — environ 2 g pour 100 g —, ce qui ajoute près d’un gramme de polyols par part.
- Au citron. Porter le jus à 60 g et ajouter le zeste de deux citrons non traités dans l’appareil froid. La garniture devient franchement acide et se passe de fruit dessus ; comptez 5 g d’érythritol de plus pour équilibrer, ce qui reste très en dessous de la saturation.
- Sans fond. Coulé en verrines avec les framboises, l’appareil seul fait 60 kcal pour 100 g, 78 kcal la part, et passe en Nutri-Score A — à 0 point, exactement à la frontière du B. C’est le fond qui porte les acides gras saturés et plus du tiers des sucres. La recette n’est plus un cheesecake, mais les chiffres valent d’être connus.
- En portions individuelles. Huit cercles de 7 cm, mêmes quantités, même temps de prise. La découpe du fond cesse d’être un sujet.
Substitutions
- L’érythritol — le xylitol convient et se dose à poids égal du sucre, soit 38 g au lieu de 55 : plus soluble, il se dissoudrait même à froid, et sa dissolution refroidit deux fois moins. Il apporte en revanche 2,4 kcal par gramme, ce qui remonte la part d’une douzaine de calories, et il est toxique pour le chien — voir l’avertissement en bas de page. Les glycosides de stéviol conviennent aussi, en quelques gouttes : il n’y a alors plus de polyols du tout, et rien à dissoudre.
- Le fromage blanc à 0 % — un skyr ou un yaourt grec à 0 % égoutté donnent une garniture plus dense et plus protéinée. Un fromage frais à tartiner classique se substitue aussi, mais il change la recette de catégorie : 400 g à la place d’autant de fromage blanc ajoutent environ 90 kcal et 6 g d’acides gras saturés par part.
- La gélatine — 4 g d’agar-agar la remplacent, mais la technique change du tout au tout : l’agar doit bouillir une minute pour s’activer, et il prend en gel cassant plutôt qu’en gel souple. Il rend en revanche la recette végétarienne, ce que la gélatine interdit.
- Les biscuits secs — des flocons d’avoine mixés donnent un fond moins sucré et plus fibreux ; il faut alors remonter le beurre à 40 g, l’avoine liant moins bien qu’un biscuit gras.
- La crème à 30 % — une crème à 15 % la remplace au même poids, avec une garniture moins ronde ; le paragraphe du Nutri-Score dit ce que ces grammes valent en points.
Conservation, avance et congélation
Le cheesecake se garde trois jours au réfrigérateur, filmé, sans les framboises. La gélatine se raffermit avec le temps : au troisième jour la garniture est nettement plus ferme qu’au premier.
Il se prépare la veille, et c’est même préférable : six heures sont un minimum pour la prise, douze heures donnent une découpe franche.
Le fond se prépare deux jours à l’avance, tassé dans son moule et filmé au réfrigérateur.
La congélation n’est pas conseillée. Une garniture à base de fromage blanc rend son sérum à la décongélation, et la surface devient grumeleuse — l’eau qui a gelé en cristaux ne retourne pas dans le gel. Le défaut n’a rien à voir avec l’érythritol, il vient du laitage.
Le matériel
- Un moule à charnière de 20 cm, ou huit cercles individuels de 7 cm.
- Un thermomètre de cuisine. C’est le seul ustensile indispensable de cette recette : 55 °C pour dissoudre, 60 °C à ne pas dépasser, 45 °C au minimum pour la gélatine. Trois seuils qui ne se devinent pas au doigt.
- Une balance, au gramme.
- Un mixeur pour les biscuits, et accessoirement pour affiner l’érythritol.
- Un fouet — un robot n’apporte rien ici, l’appareil ne se monte pas.
Questions fréquentes
Ma garniture à l’érythritol est granuleuse : est-ce de la recristallisation ?
Aux doses d’un cheesecake, c’est peu probable. Il faudrait plus de trois fois les 55 g de cette recette pour saturer l’eau de la garniture au réfrigérateur. Le grain vient presque toujours d’un érythritol incorporé froid, qui ne s’est jamais dissous entièrement. La recristallisation existe, mais elle se rencontre dans les sirops, les glaçages et les crèmes très sucrées.
Peut-on faire ce cheesecake sans chauffer le fromage blanc ?
Oui, à condition de dissoudre l’érythritol ailleurs. Le plus simple serait de le dissoudre dans les 40 g d’eau de la gélatine portés à 60 °C — mais 55 g dans 40 g d’eau dépassent largement la saturation, même à chaud : il faudrait monter à 150 g d’eau, ce qui dilue l’appareil et demande un gramme de gélatine de plus. Chauffer une partie du fromage blanc reste la voie la plus courte.
Pourquoi l’érythritol donne-t-il une sensation de froid ?
Parce que sa dissolution absorbe de la chaleur, environ 180 joules par gramme, et qu’elle la prend à la bouche. L’effet se remarque sur un produit sec qu’on croque ; il disparaît dès que l’érythritol est déjà en solution, ce qui est le cas dans cette garniture.
Combien de temps faut-il pour que la garniture prenne ?
Six heures au réfrigérateur pour une prise sûre avec 8 g de gélatine sur environ 790 g de garniture, soit 1 % — une nuit pour une découpe nette. Le gel continue de se structurer bien après que la surface paraît ferme.
Ce cheesecake est-il moins sucré qu’un cheesecake ordinaire ?
Il porte 7,2 g de sucres pour 150 g, contre 22,7 g pour la référence décrite plus haut. En goût, il est un peu moins sucré aussi : 55 g d’érythritol valent environ 38 g de sucre, là où la recette classique en emploie 120.
À savoir
Valeurs calculées à partir de la table de composition des aliments de l’ANSES, non mesurées en laboratoire : elles varient avec la maturité des framboises et l’égouttage du fromage blanc. La vanille, comptée pour sa masse, n’apporte rien de mesurable. Les solubilités et l’enthalpie de dissolution citées sont des valeurs publiées de la littérature physico-chimique, et les températures indiquées des ordres de grandeur : personne n’a mesuré ce gâteau. Dites-nous en commentaire à quelle température vous avez dissous votre érythritol, et si la garniture est restée lisse.
Si vous avez un chien : cette recette n’emploie pas de xylitol, mais la substitution proposée plus haut, oui. Le xylitol est toxique pour le chien, même en petite quantité. Si vous remplacez l’érythritol par du xylitol, ne laissez ni le sachet, ni le saladier, ni une part à sa portée. Ce qu’il faut savoir et que faire en urgence →
À servir avec, ou à essayer ensuite
- Meringues à l’érythritol2,5 calories pièce, et le seul polyol qui tienne
- Sablés à l’érythritolzéro sucre, et pourtant Nutri-Score D
- Limonade maison à l’érythritolil en faut une fois et demie le poids du sucre, et le verre reste à 7 calories
Choisies parmi les recettes au même sucrant.